Vaccination : Cinq pistes de la commission temporaire du CESE pour améliorer la campagne anti-Covid-19

CORONAVIRUS La commission temporaire qui travaille sur la vaccination anti-Covid-19 depuis décembre faisait un point d’étape ce mardi 

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'une personne se faisant vacciner.
Illustration d'une personne se faisant vacciner. — DEBBIE HILL//SIPA
  • Après 40 entretiens et 70.000 remontées sur la plateforme citoyenne, le Cese rendait quelques recommandations ce mardi.
  • Deux organes travaillent sur la campagne vaccinale et son acceptabilité auprès des Français : la commission temporaire « vaccination » et un collectif de 35 citoyens tirés au sort.
  • Si le collectif de citoyens a besoin de davantage de temps pour publier ses prérogatives, la commission temporaire a insisté sur les questions de logistique, d’accès aux personnes précaires et de communication.

Une lenteur qui questionne. « Si on suivait le rythme actuel, il faudrait attendre septembre 2023 pour avoir vacciné tous les adultes qui le souhaitent », souligne Pierre Lafont, co-rapporteur de la commission temporaire « vaccination ». Loin des engagements d’Emmanuel Macron qui promettait que d’ici la fin août, tous les Français volontaires seraient vaccinés...

Ce mardi après-midi, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) faisait un point d’étape concernant la campagne vaccinale contre le Covid-19. Avec deux travaux en parallèle : ceux de la commission temporaire « vaccination », composée de membres du Cese et ceux du collectif citoyen avec 35 Français tirés au sort. Malheureusement, ces derniers n’ont pu se réunir que deux fois trois jours et demandent davantage de temps avant de rendre leurs conclusions. De son côté, la commission temporaire « vaccination », après 40 entretiens et les remontées de 70.000 contributions sur la plateforme de consultation citoyenne vaccinationcovid.lecese.fr a rendu cinq grandes recommandations. Des pistes qui peuvent sembler un peu à contretemps, alors que la campagne vaccinale a commencé depuis près de deux mois… Et que certaines suggestions sont déjà mises en place, comme l’a souligné Olivier Véran, présent lors de cette restitution. Il n’empêche, reconnaître les ratés et s’appuyer sur les initiatives innovantes pourraient être décisifs alors que la campagne vaccinale devrait s'amplifier en avril. 

Plus de transparence sur la logistique du vaccin

« Les objectifs volontaristes du gouvernement se sont confrontés au réel, constate Stéphanie Goujon, co-rapporteure de la commission temporaire « vaccination ». Malheureusement, l’intendance ne suit pas, car c’est bien plus que de l’intendance. » Le Cese suggère donc d’« optimiser la stratégie vaccinale en intégrant les contraintes de la chaîne logistique ». Notamment en rendant publics les indicateurs détaillés : taux de vaccination par catégorie de population cible, délai d’écoulement, taux de perte, gestion des déchets. Le ministre s’est targué de jouer la transparence : « nous avons publié la totalité des doses reçues, des rendez-vous pris par centre, des 1e et 2e injections… La transparence est un rempart contre la crainte, le doute et parfois le complotisme. »

La question de la licence d’office

Le Cese demande d’envisager le recours à l’octroi de licences d’office portant sur les brevets des vaccins entrés en phase de production. Afin que des entreprises en France puissent fabriquer des vaccins anti Covid le plus rapidement possible. Si la question de libérer les brevets fait couler beaucoup d’encre , des entreprises française participent déjà la fabrication des vaccins. « Sanofi le fait pour plusieurs vaccins, a rappelé Olivier Véran. C’est la première fois qu’un laboratoire arrête ses chaînes de production classique pour produire le sérum d’un concurrent. »

Un pilotage plus localisé

Seule vraie nouveauté, cette commission « appelle à la mise en place d’un pilotage territorialisé de la campagne de vaccination, à un niveau intrarégional, incluant toutes les parties prenantes – organisations sanitaires, sociales et économiques, y compris du secteur non lucratif (associations, mutuelles), experts, praticiens, usagers et élus. » Une demande qui devrait ravir les élus locaux, qui réclament d’être davantage sollicités par le gouvernement.

Allant de pair avec ce désir de proximité, les membres de la commission souhaitent que le gouvernement réfléchisse à des alternatives aux centres de vaccination. En généralisant les unités mobiles, notamment dans les déserts médicaux et en direction des populations éloignées du soin. Réponse immédiate du ministre, « Oui, nous allons développer les démarches d’aller vers pour les publics les plus précaires ».

Autoriser davantage de professionnels à vacciner

Le CESE recommande d’anticiper les démarches réglementaires nécessaires pour permettre aux réseaux de professionnels de santé de proximité (médecins, infirmiers, pharmaciens, voire vétérinaires) de vacciner. Une piste déjà explorée par le gouvernement, puisque, comme l’a rappelé Olivier Véran, les généralistes pourront vacciner dans leur cabinet dès jeudi et les pharmaciens et infirmiers devraient pouvoir mettre la main à la pâte dès mars.

Mieux communiquer

La commission a beaucoup insisté dans ce premier point d’étape sur la question de la communication. Pour convaincre les Français de se faire vacciner, il faudrait parler positivement et clairement de la vaccination. « Aujourd’hui, l’information est insuffisante et saturante », regrette Stéphanie Goujon. Voilà pourquoi les experts invitent à la diffusion de messages sur les bénéfices de la vaccination, accessible pour tous, notamment en braille. « On pourrait réaliser des encarts, des spots télévisés et utiliser des canaux plus appropriés comme les réseaux sociaux et influenceurs » pour faire passer ces informations, reprend Stéphanie Goujon.

Et pour plus de lisibilité, elle insiste sur l’importance de mettre en place un numéro de téléphone et un portail Internet unique regroupant l’ensemble des informations sur la campagne de vaccination.