Coronavirus : Quel impact a le tourisme sur les flambées épidémiques ?

EPIDEMIE De nombreux dirigeants des Alpes-Maritimes pensent qu’un afflux touristique en décembre et janvier est responsable de la situation actuelle dans le département

Jean-Loup Delmas

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La ville de Nice, particulièrement touché par le coronavirus, accuse le tourisme d'être responsable de la flambée épidémique
La ville de Nice, particulièrement touché par le coronavirus, accuse le tourisme d'être responsable de la flambée épidémique — MAGONI PHILIPPE/SIPA
  • Le département des Alpes-Maritimes a une incidence trois fois supérieure à la moyenne nationale, suscitant la mise en place d’un couvre-feu local le week-end sur le littoral.
  • Certains politiques locaux estiment que ces chiffres sont en partie le fruit d’un afflux touristique massif en décembre et janvier.
  • Le tourisme joue-t-il réellement un rôle dans les flambées épidémiques ?

Les Alpes-Maritimes connaissent depuis quelques semaines une flambée épidémique. A tel point qu’un reconfinement local sur le littoral a été décidé lundi, pour les deux prochains week-ends. Au cours des derniers jours, les politiques locaux se sont succédé dans les médias pour pointer du doigt le tourisme, responsable selon eux du taux d’incidence très élevé du département : 588 cas de coronavirus pour 100.000 habitants, alors que la moyenne nationale est à 202 cas.

Sur LCI, la députée des Alpes-Maritimes Marine Brenier (LR) a justifié cette incidence très haute par un afflux touristique durant les fêtes : « Pendant les vacances de Noël, de nombreuses personnes sont venues, de nombreux touristes », a-t-elle déclaré, indiquant que « les zones frontalières [sur la carte de France, N.D.L.R] sont les plus touchées en raison de l’afflux touristique et des allers-retours ». Le maire de Nice, Christian Estrosi (LR), s’était lui aussi montré favorable ce dimanche à un confinement le week-end dans la région afin de « décourager nos visiteurs de venir pendant ces vacances d’hiver ». Le tourisme, vrai coupable ou cible facile ? 20 Minutes fait le point.

Le tourisme peut-il expliquer les flambées épidémiques ?

Dans certains cas précis, oui. « Il est certain que la mobilité de la population est un grand facteur de risque de la pandémie et de création de nouveaux clusters », note Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève. Mais cette certitude s’applique uniquement pour les zones peu ou pas touchées par le coronavirus.

L’Australie, par exemple, très peu impactée par le coronavirus (le pays présente ainsi un bilan de 3,91 morts pour 100.000 habitants contre 117,63 en France), constate que ces clusters viennent de l’étranger. « Dans ces conditions, le contrôle des frontières et du tourisme est une absolue nécessité », avance l’expert. L’Australie a ainsi totalement fermé ses frontières à ses non-citoyens (excepté les membres immédiats de leurs familles), sauf pour raison d’intérêt national. Même ces arrivées doivent subir une quarantaine de 14 jours.

Cela s’applique-t-il au cas niçois ?

Pour Nice et beaucoup de zones touristiques en Europe, la question est beaucoup moins facile à trancher. La docteure Hélène Rossinot, spécialiste en santé publique, rappelle ainsi que l’incidence à Nice est toujours restée très forte et n’est jamais vraiment redescendue de la seconde vague. Idem au Portugal ou en Espagne, deux pays dont la flambée des cas en janvier serait en lien avec les vacances d’hiver, mais qui connaissaient déjà en décembre un niveau très haut de circulation du Covid-19.

Pour Antoine Flahault, « en Europe, ou dans toute zone où le virus circule massivement, on ne peut faire un lien clair entre tourisme et flambée de cas ». Premièrement, parce qu’avec une incidence élevée, une hausse peut être largement multifactorielle. Deuxièmement, parce que le contact tracing étant plus compliqué, « on ne sait pas d’où viennent les clusters et les contaminations, on ne peut donc faire que des suppositions », soupire l’épidémiologiste.

Le tracing est d’autant plus ardu pour les touristes français voyageant en France, que, comme le rappelle Hélène Rossinot : « Les données des tests dans l’outil SI-DEP sont fournies par lieu de résidence principale des patients. » Si un Parisien en déplacement à Nice se fait tester à Nice, il sera compté dans l’incidence de Paris. Difficile d’y voir clair.

Les rares informations sur les cas à Nice ne plaident en plus pas dans ce sens. Les deux experts rappellent que le premier cluster viendrait du quartier de l'Ariane, zone populaire bien plus que touristique de Nice. Encore aujourd’hui, c’est ce genre de quartiers qui flambent dans la métropole. Dans la même veine, le Portugal a vu ses cas réaugmenter peu de temps avant les vacances d’hiver.

Encadrer plus étroitement le tourisme a-t-il quand même du sens dans les zones ayant déjà une forte incidence ?

Quand bien même le tourisme ne serait pas la cause principale de la flambée des cas à Nice ou ailleurs en Europe, vouloir le limiter lorsque les chiffres du coronavirus sont aussi mauvais est plutôt sensé. « C’est une bonne chose de limiter les contacts au maximum y compris avec d’autres pays », tranche Hélène Rossinot. Quand une zone flambe, y limiter les déplacements et les rencontres n’est jamais une mauvaise chose.

D’autant qu’en plus de peut-être baisser la circulation du virus dans son territoire, couper Nice des touristes français peut être salutaire… pour le reste du pays. « Vu que l’incidence y est trois fois supérieure, on peut être heureux que des Français de régions moins contaminées n’y viennent pas – ou moins –, prenant moins de risque d’attraper le virus et de le ramener dans des zones peu touchées », estime Antoine Flahault. En voulant se protéger des touristes, c’est peut-être les touristes que le département protège.