Coronavirus : La communication autour de l’épidémie peut-elle être légère et drôle ?

MEDIAS Emmanuel Macron a chargé deux célèbres youtubeurs de réaliser une vidéo didactique et légère sur les gestes barrières contre le coronavirus

Jean-Loup Delmas

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Les youtubeurs Mcfly et Carlito feront une vidéo de prévention sur les gestes barrières à la demande d'Emmanuel Macron
Les youtubeurs Mcfly et Carlito feront une vidéo de prévention sur les gestes barrières à la demande d'Emmanuel Macron — Capture d'écran Youtube
  • Ce vendredi, les youtubeurs Mcfly et Carlito ont annoncé qu’Emmanuel Macron leur avait lancé un défi : réaliser une vidéo sur les gestes barrières.
  • L’un des objectifs de cette vidéo, tenter une communication plus légère et drôle autour du coronavirus pour la jeunesse, public cible des vidéastes.
  • Cette forme de communication peut-elle fonctionner au sujet d'une pandémie meurtrière ?

Ce vendredi soir, le duo de youtubeurs Mcfly et Carlito, qui culminent à plus de six millions d’abonnés, ont annoncé qu’ Emmanuel Macron leur avait demandé de réaliser une vidéo autour des gestes barrièrescontre le coronavirus. Si la vidéo atteint les dix millions de vues, les deux lurons pourront tourner avec le président (un concours d’anecdote est notamment prévu).

Le choix de l’Elysée pour ces deux vidéastes ne doit rien au hasard. L’exécutif cherche à mieux communiquer auprès des jeunes, et Mcfly et Carlito sont connus pour leur jeune communauté, principalement adolescente. Si le choix des communicants semble donc bon, la manière l’est-elle ? Vouloir traiter le coronavirus avec légèreté et humour, dans une période où celui-ci tue en moyenne 300 personnes par jour, semble un pari risqué.

Les vertus communicatives de l’humour

Pourtant, utiliser l’humour pour soigner sa communication est un ressort connu, comme le rappelle Ilaria Montagni, postdoctorante spécialiste de la communication et autrice d’une thèse « Communication, Internet et recherche translationnelle appliqués à la santé mentale ». L’experte en vante les différents bienfaits : « L’humour permet de favoriser la mémorisation et la rétention de certains messages. ​On parle même de marketing de l’humour tant la méthode fonctionne. »

Sans parler d’une plus grande contagiosité par l’humour. Il suffit de voir les reprises des précédents messages de communication d’Emmanuel Macron sur Républigram (les internautes imitaient la police d’écriture des messages pour écrire n’importe quoi), qui ont inondé Twitter pendant plusieurs jours. Où même ce vendredi soir, de multiples détournements de cette future collaboration entre le Président et les youtubeurs ont été réalisés, se moquant de ce drôle de featuring. Or, c’est bien connu, en communication, tant qu’on parle de vous, vous avez réussi. Axel Assouline, conseiller en communication et intervenant à la Sorbonne, explique : « Même si cela est moqué, cela permet au message initial d’être repris et donc d’être bien plus intégré qu’un message traditionnel. »

Peut-on rire de tout ?

Malgré cet étalage de bons points, l’annonce de cette vidéo a également suscité des messages indignés, certains regrettant une telle communication à l’époque des files d’attente des étudiants pour l’aide alimentaire ou du grand nombre de morts du Covid-19 en France. « L’humour permet à un message d’être bien plus efficace, mais génère en contrepartie de nombreuses réactions négatives. De moqueries, de personnes qui pensent que cela n’est pas approprié… Tout l’équilibre est là. Est ce que cela vaut le coup ? », s’interroge Axel Assouline, qui rappelle néanmoins que les réactions négatives restent des façons de faire parler du message et de lui donner vie.

Pour Ilaria Montagni, les jeunes sauront comprendre le but de ce ton léger, l’excusant de facto. Ce n’est pas de l’humour gratuit, il a un rôle et une fonction. Non pas banaliser ou se moquer de la pandémie, mais rendre plus accessible certaines informations qui échappent à la jeunesse ou dont la communication passe mal. Pour l’experte, peut-être plus que faire des messages légers, il y a une nécessité de s’écarter du type de message actuel, jugé par les jeunes trop classique et sombre. Elle indique : « Les jeunes rejettent la communication autoritaire et effrayante autour du coronavirus fait par les autorités de santé. Ça ne marche pas sur eux, ils cherchent quelque chose d’un peu plus décalé. Evidemment, l’humour doit être dosé et maîtrisé, mais c’est une bonne chose d’essayer. »

Lassitude du message actuel

Une imperméabilité à la communication gouvernementale accentuée par le fait que celle-ci dure depuis plus d’un an sans vraiment se renouveler. Axel Assouline : « A force, les messages traditionnels ne sont plus intégrés, tellement ils font partie du bruit ambiant. Changer un peu la façon, la forme et les émetteurs des messages peut contribuer à leur donner un nouveau souffle et à éviter une lassitude bien normale. »

Même constat pour Ilaria Montagni qui rappelle qu’il ne faut jamais installer une routine ou une monotonie dans la communication et au contraire toujours chercher à se réinventer pour renouveler l’information. « Bien sûr qu’on a compris au bout d’un an qu’il fallait se laver les mains et porter un masque, mais un énième spot de prévention n’aura plus aucun effet tant il a été rabâché », souffle-t-elle. Plus que nous faire rire, charge à la communication gouvernementale de nous surprendre.