Coronavirus : Comment va se dérouler la vaccination chez les généralistes à partir de jeudi ?

VACCIN A partir du 25 février, certains médecins volontaires pourront vacciner les patients de 50 à 64 ans dans leur cabinet, avec l’AstraZeneca

Oihana Gabriel

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Une femme vaccinée à Dunkerque le 17 février 2021.
Une femme vaccinée à Dunkerque le 17 février 2021. — AFP
  • Etape importante dans l’accélération de la vaccination, à partir de jeudi, les patients entre 50 et 64 ans avec comorbidités pourront se rendre chez leur généraliste pour être vaccinés.
  • Comment les médecins peuvent-ils recevoir les doses, dont le nombre est faible ? Qui peut se faire vacciner ? « 20 Minutes » fait le point sur les différentes questions que pose cette nouveauté.
  • Cette vaccination en ville devrait par ailleurs connaître en mars un coup d’accélérateur avec l’arrivée de nouvelles doses et la possibilité, annoncée jeudi par Olivier Véran, pour les pharmaciens de vacciner.

A partir de jeudi, les médecins libéraux pourront commencer à vacciner dans leur cabinet, et non plus seulement dans les centres de vaccination. Au compte-gouttes, puisque les volontaires ne recevront qu’un flacon d’AstraZeneca… Un démarrage en douceur, mais une étape importante. Encore faut-il que les patients et les soignants aient la bonne information. 20 Minutes fait le point.

Comment cela va-t-il se passer au niveau logistique ?

Les médecins libéraux ne pourront vacciner dans leur cabinet qu’avec le produit d’AstraZeneca. Laboratoire britannique qui a annoncé en janvier un gros retard de livraison pour toute l’Union Européenne. Au lieu d’obtenir 700.000 doses comme prévu, seulement 550.000 devaient être reçues par les grossistes partout en France le 18 février. Mais ce retard devrait être comblé par une nouvelle livraison cette semaine, assure le ministère de la Santé, qui parle de « réalocation ».

Le système fonctionne sur un partenariat entre pharmacie et médecin volontaire. Chaque semaine, les médecins volontaires pourront commander de nouvelles doses sur un portail, réactivé du lundi au mercredi. Pour cette première semaine, chaque médecin reçoit seulement un flacon d’AstraZeneca, lequel contient dix doses.

« On ne va pas aller très loin, reconnaît Jean-Paul Hamon, généraliste à Clamart.  Mais les choses se sont faites très simplement. On a commandé auprès de la pharmacie le flacon auquel on a droit, on a bloqué une plage de deux heures ce jeudi pour vacciner dix personnes. » Mais la montée en charge est prévue rapidement : les volontaires devraient recevoir 2 ou 3 flacons maximum pour la deuxième livraison, la semaine du 1er mars, à condition que le laboratoire accélère la cadence de livraison. Selon la DGS, la livraison du 28 février de 830.000 doses n’est pas encore parfaitement arrêtée.

Le gros avantage, avec le vaccin d’AstraZeneca, c’est sa simplicité d’utilisation. Contrairement à Pfizer et Moderna, il doit être transporté et stocké à des températures comprises entre 2 et 8°.

Qui pourra être vacciné ?

Dans un premier temps, uniquement les patients entre 50 et 64 ans (inclus) ayant des comorbidités. Avec quelles pathologies précisément ? Les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension artérielle, le diabète, les pathologies respiratoires chroniques, l’insuffisance rénale chronique dialysée, l’obésité et le cancer évolutif sous traitement, selon la liste du Haut conseil à la santé publique (HCSP) d’octobre 2020. Si beaucoup d’autres patients, notamment atteints de troubles psychiatriques, espèrent leur tour avec impatience, le ministère n’a pas prévu d’élargir la liste pour le moment. Tout en rappelant que dès que le nombre de doses sera suffisant, toutes les personnes de 50 à 64 ans pourront se faire vacciner en ville.

Pourquoi cet âge limite ? Dans son avis, la Haute Autorité de santé a expliqué son choix : « les données d’efficacité du vaccin d’AstraZeneca (…) présentent des résultats tout à fait satisfaisants qui vont de 62 à 70 % d’efficacité. En raison du faible effectif de participants âgés de 65 ans et plus dans les essais, il n’est pas possible de conclure sur l’efficacité vaccinale dans cette population. »

Par ailleurs, l’agence du médicament (ANSM) a relevé 149 déclarations (sur 10.000 vaccinations entre le 6 et le 10 février) de syndromes grippaux, souvent de forte intensité (fièvre élevée, courbatures, maux de tête) chez les personnes vaccinées avec AstraZeneca. Ce qui a pu alimenter une frilosité chez les patients comme chez les médecins. Alain Fisher, le Monsieur vaccin du gouvernement, a voulu rassurer. « C’est un vaccin pour lequel le taux d’efficacité est très bon, a insisté le professeur, invité d’ Europe 1 jeudi, et non un vaccin de seconde zone ».

Comment prendre rendez-vous ?

Comme pour un rendez-vous lambda. Le patient peut soit se rendre sur une plateforme (Doctolib, Maiia, Allodocteur…), soit appeler son généraliste. « Les patients prennent rendez-vous directement au cabinet, je vérifie qu’ils font partie des prioritaires, explique Jean-Paul Hamon, par ailleurs président d’honneur de la Fédération des médecins de France. Si je vois que les dix créneaux ne sont pas pris, je vais appeler certains patients, notamment ceux en chimiothérapie. »

Il faudra pour les généralistes un peu d’anticipation : pour ce vaccin, il faut un délai de 9 à 12 semaines entre les deux injections, selon les recommandations de la HAS.

Qui pourra vacciner ?

Mercredi dernier, à l’heure de la clôture des inscriptions, 30.000 médecins s’étaient inscrits pour vacciner, selon les dires d’Olivier Véran. Des généralistes dans leur écrasante majorité. Cela peut sembler peu, alors que les autorités sanitaires espéraient pouvoir compter sur 70.000 médecins volontaires.

« On regrette que l’information pour commander les vaccins ait été transmise le vendredi 12 février aux médecins généralistes par un simple mail qui a dû tomber dans les spams, quand on sait l’attente et des médecins et de leurs patients d’agir rapidement et efficacement », justifie Jean-Paul Hamon. Haranguant soignants à s’inscrire et patients à solliciter leur médecin. « C’est pas mal comme chiffre, car il y a beaucoup de médecins impliqués dans les centres de vaccination, rappelle-t-il. Et ça va s’accélérer après les vacances. Chez nous, par exemple, sur cinq médecins, je suis le seul à avoir commandé car j’ai trois collègues qui ont pris des vacances. » Les cabinets ne risquent-ils pas de se retrouver sous l’eau ? « Je ne suis pas inquiet sur un éventuel raz-de-marée, rassure-t-il. En revanche, on a quelques patients entre 65 et 75 ans qui râlent. » Car ils ne sont prioritaires ni pour le Pfizer, le Moderna et l’AstraZeneca.

Les généralistes ne sont pas les seuls éligibles. Les spécialistes, notamment les cardiologues, pourront aussi vacciner. Quid des pharmaciens ? Olivier Véran a assuré jeudi soir qu'ils pourraient vacciner dès mars. Mais pour Jean-Paul Hamon, aucun doute, si les doses se multiplient, les médecins seront au rendez-vous. « Avec 30.000 généralistes qui feraient 50 vaccinations par semaine, on arrive facilement à 1,5 million de personnes vaccinées, c’est un bon rythme ! »