Greffe d’utérus : « J’ai toujours dit que si je pouvais le faire, je le ferais », dit la mère qui a donné son utérus à sa fille

INTERVIEW Brigitte, toute jeune grand-mère, a donné son utérus à sa fille qui a pu devenir mère à son tour alors qu’elle avait été privée d’utérus à la naissance par un syndrome rare

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel
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Brigitte, à gauche, et sa fille, Déborah, peu avant le don et la greffe réalisés à l'hôpital Foch de Suresnes en 2019.
Brigitte, à gauche, et sa fille, Déborah, peu avant le don et la greffe réalisés à l'hôpital Foch de Suresnes en 2019. — ©Ibar Aibar / Zone interdite M6 / Nova production
  • Misha est née prématurée la semaine dernière à Suresnes mais c’est déjà un petit miracle : sa mère, née sans utérus, a pu tomber enceinte grâce à une greffe.
  • C’est sa mère, Brigitte, qui lui a donné, sans l’ombre d’un doute.
  • Leur histoire est racontée dans un documentaire qui sera diffusé dans Zone Interdite, dimanche soir, sur M6.

C’est un cas médical qui accumule les premières : Deborah, 34 ans, a été la première femme en France à recevoir une greffe d’utérus en 2019. La semaine dernière, elle est devenue la première en France à donner naissance à un bébé grâce à cet utérus greffé. La jeune femme, professeure de natation à Cannes, est née sans la totalité de ses organes reproducteurs : elle avait des ovaires et des gamètes, mais pas d’utérus, à cause d’un syndrome rare. C’est seulement en 2014 que la première greffe de ce genre a eu lieu. Depuis, une vingtaine de bébés sont déjà nés.

Le magazine de M6, Zone Interdite, a suivi, pour un documentaire qui sera diffusé dimanche soir, le parcours de Deborah, avant la greffe jusqu’à la naissance de la petite Misha. Les caméras du réalisateur Ibar Aibar et de Nova production filment bien sûr les équipes médicales, Deborah, son mari mais aussi sa mère, Brigitte. C’est elle qui lui a donné son utérus. Sereine vis-à-vis de ce protocole encore inédit en France et en attendant de pouvoir rencontrer Misha pour la première fois, elle a répondu aux questions de 20 Minutes.

Les dons d'organes en famille ce n’est pas rare mais en l’occurrence il s’agissait d’une première en France. Pourtant, ce don a l’air d’avoir été une évidence pour vous ?

Tout à fait. Je l’ai toujours dit : si un jour ça pouvait se faire de lui donner mon utérus, je n’aurai pas de souci. Maintenant, bien sûr, dans ce type d’opération le risque zéro n’existe pas. Alors Deborah a quand même voulu demander l’avis à ses frères, au vu des risques, sans même parler de la mort. C’était important que tout le monde soit sur la même longueur d’onde.

A un moment dans le documentaire qui sera diffusé dimanche dans « Zone interdite » sur M6, vous expliquez que vous vous en êtes en quelque sorte « voulu » de ne pas avoir « donné » d’utérus à votre fille. Ça veut dire que vous avez vu votre geste comme une réparation ?

Non, pas du tout. Je n’ai pas cherché à me « racheter ». Mais vous savez, quand vous mettez au monde un enfant, on se sent toujours un peu responsable de ce qui lui arrive. C’est comme un enfant qui « tourne mal » on se demande ce qu’on a loupé au niveau de son éducation. Là, c’est ce syndrome qui fait qu’elle est née sans utérus. On sait bien que ce n’est pas de notre faute, ça arrive à une naissance sur 4.500, c’est très rare… Mais il y a toujours ce petit quelque chose. Elle aurait eu un problème de rein, je me serais sentie pareil.

L’équipe médicale n’a vu aucun inconvénient à ce que ce soit vous la donneuse ?

Dans les précédentes greffes d’utérus qui ont été réalisées, en Suède ou ailleurs, c’est souvent la maman qui est la donneuse. Ce n’était pas obligatoire : ça aurait pu être une sœur de Deborah, mais elle n’en a pas ; ça aurait pu être une cousine à elle, mais elles ont à peu près le même âge que Deborah, or il faut avoir minimum 40 ans pour être donneuse. Moi-même, même si je suis sa mère, j’aurai très bien pu ne pas être compatible. Et si on n’avait pas matché, l’histoire se serait arrêtée là. Il aurait éventuellement fallu attendre qu’une de ses tantes lui propose. Mais de toute façon, l’enfant de Deborah est son enfant et celui de son mari, je n’ai juste fait que donner un « petit nid ».

La greffe a eu lieu il y a deux ans, mais il y a eu un gros contretemps pour l’implantation des embryons fécondés in vitro à cause de la pandémie de Covid-19. Avez-vous eu peur qu’après tant d’efforts le processus tombe à l’eau ?

Non, la preuve Deborah a encore l’utérus. Il n’est pas encore enlevé pour éviter des complications. En Suède, certaines femmes qui ont bénéficié d’une greffe ont même eu un deuxième enfant. Et même si elles doivent le faire dans les six mois, elles ont quand même gardé l’utérus plus longtemps. Cela aurait peut-être été plus compliqué si la pandémie était arrivée au moment du processus de greffe : avec les déplacements limités, les hôpitaux surchargés. Il faut de toute façon bien comprendre que tout au long du processus on a eu de la chance : entre le moment où on a signé le protocole et le moment de la greffe, le temps de faire tous les examens ça a mis un an.