Coronavirus : La purification de l’air intérieur, la clé de la réouverture des salles de spectacle ?

INNOVATION Alors que des concerts-test vont être organisés pour mesurer les risques de propagation du Covid-19, les dispositifs de purifications de l’air intérieur pourraient être la solution pour rouvrir les lieux publics clos

Anissa Boumediene

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La ville de Barcelone a déjà organisé un concert test.
La ville de Barcelone a déjà organisé un concert test. — Copyright 2020 The Associated Pr
  • Après de long mois à l’arrêt, l’espoir d’une reprise de la vie culturelle renaît avec l’organisation prochaine de concerts-test.
  • L’objectif : évaluer les risques de diffusion du Covid-19 dans les lieux publics clos et élaborer des protocoles sanitaires permettant de les limiter au maximum.
  • Le recours à des purificateurs d’air intérieur pourrait représenter une solution intéressante en éliminant quasiment toute la charge virale présente dans l’air.

Retrouver la vie d’avant le coronavirus, redécouvrir le plaisir oublié d’assister à un concert, se plonger au milieu d’une foule de spectateurs et simplement savourer l’instant. Est-ce seulement envisageable aujourd’hui ou dans un avenir proche ? Alors que la vie culturelle est à l’arrêt depuis de longs mois en raison de la pandémie, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, a annoncé cette semaine l’organisation de concerts tests, avec du public.

Des expérimentations devraient être menées au printemps par l’AP-HP et l’Inserm, à Paris et à Marseille, pour évaluer les risques potentiels d’une réouverture des salles de spectacle au temps du Covid-19, et imaginer les protocoles sanitaires pour assurer la sécurité du public. Port du masque et dépistage pour tout le monde seront de rigueur. Mais qu’en est-il de la qualité de l’air au sein de ces lieux clos ? N’y aurait-il pas un intérêt sanitaire à le désinfecter pour réduire au maximum les risques de transmission ?

Surrisque de cluster ?

Dans la capitale comme dans la cité phocéenne, le port du masque sera, on l’a dit, évidemment obligatoire pour tous les participants aux concerts, qui se verront également remettre du gel hydroalcoolique, et seront soumis à un dépistage. Roselyne Bachelot a toutefois précisé qu’à Marseille, les cas positifs « ne seront pas filtrés, parce qu’il faut se mettre en situation où il y aura un brassage ». Si des personnes infectées sont ainsi autorisées à assister à des événements culturels dans des lieux publics clos, même masqués, y a-t-il un surrisque de cluster ? « Cela permettra de le savoir car, selon nous, à l’avenir, nous ne pourrons pas tester tout le monde à l’entrée, ce serait trop coûteux », estime Aurélie Hannedouche, du SMA (Syndicat des musiques actuelles).

« C’est assez incompréhensible de laisser entrer les personnes contaminées, s’étonne le Dr Jérôme Marty, médecin et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). Mme Bachelot entend-elle devenir créatrice de cluster ? Parce que si à l’intérieur, vous avez un supercontaminateur, il peut facilement contaminer des dizaines de personnes ». « Avec des protocoles bien stricts, on pense qu’il n’y a pas de surrisque d’infection lors d’un concert. Mais cela, il faut le prouver et donc faire une étude scientifique », répond le Dr Vincent Estornel, médecin urgentiste et membre du collectif Do3me, qui réunit professionnels de la musique, de l’événementiel et du monde médical à Marseille. Pour rappel, aucun cas de contamination n’avait été relevé après un concert-test debout de 500 personnes masquées en décembre à Barcelone.

Désinfecter l’air l’intérieur, « une priorité »

« Même si le virus n’est pas encore éradiqué, il faut revenir à une vie sociale et à une vie culturelle », insiste Carine Rolland, adjointe à la Maire de Paris chargée de la Culture. Mais « on sait qu’en milieu clos où l’air n’est pas renouvelé, les contaminations se font principalement par aérosolisation, rappelle le Dr Marty. Il faut effectivement rouvrir les lieux culturels, les commerces et les restaurants. Mais pour le faire, il faut un protocole sanitaire où la purification de l’air intérieur devient une priorité, c’est déterminant dans le contrôle de l’épidémie ».

Un avis partagé par Alexandre Okorokoff, fondateur d’OKO Pur, qui a décidé de miser sur les purificateurs d’air intérieur par rayonnement UV. « Ce qui m’intéressait, c’était de proposer un dispositif capable de tuer tous les germes et virus tout en éliminant les odeurs », explique celui qui distribue dans l’Hexagone les appareils mis au point par la société Sanuvox, l’un des leaders mondiaux du secteur.

« Cette technologie de pointe fonctionne en émettant deux longueurs d’onde identiques à celles produites par le soleil : 95 % d’UVC ayant un effet germinicide, et 5 % d’UVV permettant de détruire les odeurs, avec une efficacité de 99,9999 % dans la destruction de bactéries, virus et spores », expose-t-il. Ces lampes, qui viennent de recevoir leur certification CE, équipent déjà la gare centrale de Montréal au Canada, « ainsi que des écoles et crèches d’Ile-de-France », indique Alexandre Okorokoff.

« Si on est bien équipés, on peut tout rouvrir ! »

Un dispositif qui a l’avantage de « ne pas nécessiter l’utilisation de liquides virucides chimiques », précise l’entrepreneur. Installées au niveau des gaines d’aération, ces lampes désinfectent en continu l’air intérieur et éviteraient ainsi le brassage d’air contaminé. « Un dispositif qui vient compléter les gestes barrières, il ne s’agit pas de retirer son masque, mais de renforcer la protection », souligne-t-il. Si de nombreux dispositifs sont disponibles sur le marché, la plupart ciblent en majorité une utilisation domestique, pour purifier l’air intérieur d’un logement. « Nous, on adapte l’appareillage en fonction de la taille de l’espace à couvrir, qui peut donc aller du petit restaurant à la grande salle de spectacle en passant par les salles de cinéma », ajoute-t-il.

Une innovation intéressante pour le Dr Marty, « alors que beaucoup de purificateurs commercialisés pour les lieux publics clos s’appuient sur des technologies pas assez performantes ». Depuis plusieurs mois, le médecin plaide pour que soient généralisées mesures de purification de l’air dans les lieux publics clos. « Le président Macron vient seulement de mettre l’accent sur l’aération, alors que c’est du bon sens élémentaire. C’est presque aussi important que le masque, assure-t-il. Imaginez qu’il y a dix personnes contaminées dans une salle de spectacle. Tout le monde est masqué, le risque de contamination est réduit parce que le masque diminue la charge virale dans l’air, il retient 90 % des excrétions virales. Mais si en plus vous avez des purificateurs d’air performants, qui reconstituent à l’intérieur la qualité de l’air extérieur, la sécurité est maximale. Si on est bien équipés, on peut tout rouvrir ! »