Vaccination : A Bordeaux, une start-up « suit en temps réel tous les effets indésirables de la campagne »

EPIDEMIE La surveillance des effets indésirables des vaccins Pfizer ou AstraZeneca contre le Covid-19 se fait avec l’appui d’une plateforme d’intelligence artificielle. Celle-ci a été développée par Synapse, une start-up issue du CHU de Bordeaux

Mickaël Bosredon

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La campagne de vaccination avec l'AstraZeneca a démarré ce dimanche au CHU de Bordeaux
La campagne de vaccination avec l'AstraZeneca a démarré ce dimanche au CHU de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • La plateforme Synapse permet le pré-traitement des déclarations d’effets secondaires liés à la campagne de vaccination contre le coronavirus.
  • Elle vient en appui aux 31 centres régionaux de pharmacovigilance répartis sur toute la France, qui analysent quotidiennement les rapports de ces effets secondaires.
  • Le centre de pharmacovigilance de Bordeaux est un des centres rapporteurs pour le vaccin Pfizer en France. Il suit avec attention les effets indésirables concernant ce dernier.

Des effets indésirables en trop grand nombre ? Un peu plus d’une semaine après le début en France de la campagne de vaccination avec le sérum AstraZeneca, essentiellement auprès du personnel soignant, plusieurs hôpitaux ont suspendu, momentanément, le processus, observant un grand nombre de symptômes grippaux après l’injection. Cela a été le cas par exemple pour les hôpitaux de Rouen (Normandie), Brest ou Morlaix (Bretagne). A Périgueux (Dordogne), le Comité hygiène et sécurité estime que ces effets indésirables sont trop nombreux, et demande le remplacement de ce vaccin par celui de Pfizer ou Moderna.

Les effets indésirables de ces trois vaccins contre le Covid-19, sont particulièrement bien suivis en France. Les déclarations de ces effets sont transmises quotidiennement aux 31 centres de pharmacovigilance répartis sur le territoire. Elles sont ensuite prétraitées par une plateforme d’algorithmes d’intelligence artificielle, déterminant de manière automatique la gravité des cas. Cette plateforme a été développée par une start-up bordelaise issue du CHU de Bordeaux, Synapse, dans le cadre d’une collaboration avec l’Agence nationale de sécurité du médicament, et l’ensemble des centres de pharmacovigilance en France.

« Les effets indésirables de la campagne de vaccination » suivis en temps réel

« Avec une campagne de vaccination d’une telle ampleur, on s’attendait à beaucoup de déclarations d’effets indésirables, c’est tout simplement mathématique, explique Clément Goehrs, médecin de santé publique, et cofondateur de Synapse. On savait donc que l’enjeu de cette campagne serait d’être très réactif et transparent sur ce qu’il se passe. C’est là où notre plateforme intervient, car elle offre un gain de temps précieux dans le traitement des données par les médecins et les pharmacologues, ce qui permet de sortir des rapports de pharmacovigilance tous les vendredis, ce que ne font pas les autres pays. En gros, on suit en temps réel tous les effets indésirables de la campagne de vaccination. »

C’est d’ailleurs le dernier rapport de pharmacovigilance qui a commencé à pointer les effets constatés sur le vaccin Astrazeneca. « Il s’agit d’effets qui étaient attendus, assure Clément Goehrs, à savoir un syndrome grippal et des céphalées, mais avec une intensité et une fréquence inattendues. C’est ce qui a surpris, et c’est ce qui explique des désorganisations dans certains services d’hôpitaux, car le véritable problème est que les hôpitaux concernés ont vacciné massivement avec l’AstraZeneca l’ensemble de certains services, si bien que les effets indésirables se sont concentrés sur ces services, avec pour conséquence des arrêts maladie en chaîne et des désorganisations. »

Cinq cas de choc anaphylactique dus au vaccin Pfizer

Clément Goehrs insiste par ailleurs sur un point : « L’ensemble de ces effets indésirables régresse en 24 ou 48 heures. » Il n’y a donc pas lieu « de s’inquiéter et cela ne remet pas en cause la campagne vaccinale, en revanche cela demande une réorganisation ». L’Agence nationale de sécurité du médicament a déjà demandé d’essayer de ne plus vacciner de services hospitaliers d’un coup, mais d’échelonner.

Des effets indésirables ont par ailleurs aussi été constatés sur le vaccin Pfizer, un vaccin à ARN-messager. Le centre de pharmacovigilance (CRPV) du CHU de Bordeaux suit ces données avec une grande attention, puisqu’il est un des deux centres rapporteurs en France pour ce vaccin avec celui de Marseille.

« Ce vaccin semble provoquer un peu plus de réaction d’hypersensibilité que d’autres, note Francesco Salvo, co-directeur du CRPV de Bordeaux. En France, nous avons ainsi relevé cinq cas de choc anaphylactique après la vaccination par le vaccin Pfizer, mais tous les patients ont immédiatement été pris en charge et l’effet s’est résolu sans séquelle. Il y a aussi des réactions d’hypersensibilité retardées bénignes, comme des effets cutanés, pour lesquelles le rôle du vaccin pourrait être un peu plus évoqué. »

Des coups de stress liés à « l’effet blouse blanche » ?

« Il a été constaté un signal que l’on n’attendait pas avec le Pfizer, c’est-à-dire qui n’avait pas été vu durant les essais cliniques, à savoir 73 signalements de poussée hypertensive symptomatique, dont 36 graves, ajoute Clément Goehrs. Cela a été jugé suffisamment préoccupant pour que cela fasse l’objet d’un signal de pharmacovigilance au niveau européen, et d’une surveillance renforcée. » Une poussée hypertensive se traduit par une montée brutale de la tension artérielle avec pour conséquence des maux de tête, des troubles visuels ou des palpitations.

« Cela peut être lié à l’acte vaccinal en lui-même, il s’agit alors de stress que l’on appelle communément "l’effet blouse blanche", analyse Francesco Salvo. Mais on a aussi des cas qui sont survenus un peu plus loin par rapport à l’acte vaccinal, qui pourraient donc évoquer davantage un rôle du vaccin, c’est ce qu’il nous faut étudier. Nous avons par ailleurs trouvé quelques altérations du rythme cardiaque, ce qui peut être lié au stress également, mais là encore il faut investiguer davantage. »

Des cas de mortalité après la vaccination dans quelques Ehpads

Le co-directeur du CRPV de Bordeaux, souligne toutefois que l’on a vacciné en tout 3 millions de personnes en France, « et autour de 2 millions de personnes ont reçu une dose du vaccin Pfizer, pour quelque 2.000 notifications, c’est donc quelque chose qui est totalement attendue pour un vaccin si efficace. » Il rappelle aussi que la France « a décidé de démarrer la vaccination par les patients âgés et fragiles. » Ainsi, « s’il y a pu y avoir dans quelques Ehpad des cas de mortalité après la vaccination, cela entre aussi dans l’attendu, car chez des sujets fragiles des réactions fréquentes, type fièvre, peuvent précipiter une situation déjà compromise de base. »

« On savait que ces vaccins pouvaient donner ce type de réactions », résume Francesco Salvo, qui ajoute que « les syndromes grippaux du Pfizer se mesurent un peu plus à la deuxième injection qu’à la première, alors qu’on s’attend plutôt au contraire pour ceux de l’AstraZeneca. » « Il faut bien comprendre, martèle quant à lui Clément Goehrs, que l’on est sur de petits effets, rares, et sur une population très ciblée, il n’y a donc aucune raison de ne pas aller se faire vacciner, et au contraire on peut se satisfaire de voir que notre système de pharmacovigilance fonctionne bien ».