Coronavirus : « Apaiser son esprit face à la situation actuelle »… La méditation, un outil adapté et de plus en plus adopté face à la crise

BIEN-ETRE Beaucoup de Français se sont tournés vers la méditation pour traverser la période actuelle

Oihana Gabriel

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Illustration de quelqu'un en train de méditer.
Illustration de quelqu'un en train de méditer. — Pixabay
  • La crise sanitaire a poussé beaucoup de Français dans les bras de la méditation, qu’on peut pratiquer seul ou avec une application, en groupe ou avec ses enfants.
  • Cette pratique de bien-être à la mode connaissait déjà un certain engouement. Mais l’angoisse de ces derniers mois, l’enfermement et l’envie de prendre soin de soi, en particulier de son mental, ont amplifié le phénomène.
  • Certains ont développé des techniques originales, notamment les haïkus, pratique proposée sur l’application Petit Bambou.

« Crise de calme », « être ici et maintenant », « laisser passer les pensées comme des nuages »… Si ce genre d’expression ne vous fait pas exploser de rire, c’est que vous êtes familier avec le vocabulaire de la méditation. Une pratique qui a pour objectif de retrouver un peu de calme donc, de recul et de bienveillance en passant par les sensations corporelles et la respiration, afin d’arrêter la course sans fin des pensées. Utile en ces temps où l’anxiété se répand et les perspectives manquent.

Si de plus en plus de Français s’intéressaient à la méditation ces dernières années, la crise du Covid-19, avec ses incertitudes, ses angoisses, l’isolement et l’ennui, semble avoir été un déclencheur pour beaucoup.

Les applications de méditation ont séduit

Les livres sur cette pratique se vendent comme des petits pains (notamment Calme et attentif comme une grenouille pour les enfants), des séances de méditations collectives ont fleuri sur la Toile pendant les confinements… Et même le géant du streaming Netflix propose, depuis le 1er janvier 2021, un documentaire sur la méditation, le Guide Headspace de la méditation, pour déstresser entre deux épisodes de série… Petit Bambou, application qui compte 7 millions d’adeptes, a connu un « effet confinement ». « On est passé de 5.000 nouveaux utilisateurs par jour à 15.000 en mars 2020, explique Benjamin Blasco, son cofondateur. Après, ça s’est stabilisé à 8.000 à 9.000 utilisateurs par jour. »

Mais après avoir testé les séances de découverte ou même payé l’abonnement, les Français l’utilisent-ils réellement hors confinement ? Si tous les apprentis ne méditent pas chaque jour, l’essai est souvent transformé. « Le 7 février 2020, nous comptions 47.000 séances terminées. Le 11 février 2021, 62.000 », reprend Benjamin Blasco. Même topo du côté de l’appli Mind : son utilisation quotidienne a plus que doublé entre le 1er février 2020 et le 1er février 2021.

Et la méditation ne se pratique pas uniquement seul dans son salon, en lotus, avec son portable. « Notre activité pour les entreprises a été multipliée par dix entre l’été 2020 et le début de l’année 2021, reprend le cofondateur de Petit bambou. Beaucoup de représentants du personnel et de Ressources humaines cherchent des solutions en distanciel, moins visuel et plus audio, pour aider les gens à gérer l’angoisse, les contraintes du télétravail… » D’autres ont choisi de tester la méditation avec leurs enfants, surtout lorsqu’il fallait les occuper toute la journée en les gardant à l’intérieur au maximum.

Une petite fille en train de méditer.
Une petite fille en train de méditer. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

« Apaiser son esprit face à la situation actuelle stressante »

Pourquoi un tel enthousiasme ? D’abord pour son côté pratique. « Méditer avec une application mobile reste une des (rares) activités que l’on peut faire sans contraintes particulières », avance Julien Delon, cofondateur de Mind. Pour Benjamin Blasco, cette crise sanitaire nous a invité à revoir nos priorités, à reprendre du temps, à revenir à soi. « Les gens se sont "connectés" au sport pendant cette période, et se sont aussi rendu compte qu’ils ne prenaient pas assez soin de leur mental. Or, la méditation joue un peu le rôle de streching pour le cerveau. »

Ce que confirme Pierre, 55 ans. Il avait lu des ouvrages sur le sujet et entendu parler de méditation sans jamais passer le pas. Le premier confinement l’y a encouragé. « Je pratique activement la méditation de pleine conscience depuis plusieurs mois, confie cet internaute qui a répondu à notre appel à témoignage. C’est indéniablement lié à la situation sanitaire ( confinement, télétravail, couvre-feu). Cela permet d’apaiser son esprit face à la situation actuelle stressante et d’approfondir certains concepts (lâcher prise, empathie, peur, confiance en soi…). »

« Il y a un intérêt grandissant depuis vingt ans pour cette méditation laïque popularisée par Christophe André, et des études ont montré ses bienfaits contre les maladies cardiaques, le diabète, le stress », renchérit Pascale Senk, autrice de livres sur la méditation. En mars 2020, il y a eu selon elle une conjonction de deux facteurs : « une appétence des gens pour trouver une forme d’apaisement et des moyens techniques pour le faire. » Car grâce à Zoom, Teams et autres meeting sur Facebook, certains, en manque de collectif, pouvaient méditer ensemble.

Pour Benjamin Blasco, la méditation va par ailleurs à l’encontre des exigences de performance et de rapidité de la société. « Il n’y a pas de fausse promesse, on ne dit pas "prenez de la méditation en suppositoire, vous irez mieux !" Le fait que ça ne soit qu’un outil sans objectif à atteindre, dans cette période où on nous demande pas mal d’exploits – gérer les enfants, la maison, le travail - avoir un temps où on ne fait rien, on s’arrête, c’est important. D’autant plus qu’il n’y a pas de mauvaise manière de méditer… » Ce qu’apprécie Mireille, 61 ans, qui a goûté à cette pratique lors du deuxième confinement. « J’étais angoissée à l’idée d’être encore seule face à moi-même. Certaines séances sont plus difficiles que d’autres, mais je m’accroche et je sais que c’est un soutien, un moment pour moi. »

Méditer grâce aux haïkus

Pascale Senk a elle développé un concept original de méditations créatives : les haïkus. Des poèmes très brefs évoquant les saisons, la nature, le temps qui passe… « J’avais du mal à méditer seule face au mur, confie-t-elle. Le haïku, c’est le versant littéraire de la méditation zen. C’est devenu une passion, j’en mesurai les bienfaits sur moi-même. »

Après avoir publié L'Effet haïku en 2016, elle propose à Petit bambou des séances pour découvrir l’expérience. « J’avais fait dix méditations en janvier 2020. En mai, ils m’en ont redemandé douze. » Une preuve de plus que la méditation, même dans ses formes méconnues, a pris son envol. Depuis la crise sanitaire, Pascale Senk propose également aux entreprises des ateliers d’initiation à la méditation créatrice. « Et ça décolle, j’ai de plus en plus de demandes !, assure-t-elle. C’est une forme de poésie méditative qui permet aux personnes d’exprimer leurs sentiments et de les partager. »

Pourquoi cet intérêt grandissant ? Pour elle, cette forme spécifique de méditation invite à « se reconnecter au vivant, à la beauté, aux saisons et aux situations drôles, inattendues. Ça nous aide à trouver dans le quotidien mille petites choses remarquables, un chat qui s’étire, la plante qui se déplie… Quand on est enfermé chez soi, c’est très puissant. »