Coronavirus : Les contaminations et les hospitalisations sont stables, mais peut-on vraiment être rassuré ?

EPIDEMIOLOGIE Selon le dernier point épidémiologique de Santé Publique France, les hospitalisations sont restées stables début février et les entrées en réanimation ont même baissé (légèrement)

Oihana Gabriel

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Illustration d'un test de coronavirus.
Illustration d'un test de coronavirus. — Pixabay
  • Chaque vendredi, Santé Publique France décrypte auprès de la presse son point hebdomadaire sur la situation du coronavirus en France.
  • Incidence, décès, hospitalisations, vaccinations… Ces indicateurs permettent de voir les évolutions, semaine après semaine, de l’épidémie.
  • Ce qui interroge cette semaine, c’est la stabilisation de tous les indicateurs – les contaminations comme les hospitalisations, même en réa – alors que les nouveaux variants promettaient une explosion de l’incidence.

Une situation paradoxale. Alors que les variants anglais, sud-africain et brésilien se diffusent en France, les derniers indicateurs de Santé Publique France dévoilent une stabilisation des contaminations. Et même une légère baisse des entrées en réanimation.

Enfin de bonnes nouvelles, qui pourraient conforter le gouvernement dans sa décision de ne pas confiner totalement pour le moment ?

L’incidence et les hospitalisations stables

Selon le dernier point épidémiologique hebdomadaire publié jeudi soir, les contaminations plafonnent à 20.000 cas par jour du 1er au 7 février 2021. Soit « un maintien à un niveau très élevé de la circulation du SARS-CoV-2 », estime le point hebdo de Santé Publique France. Sur cette première semaine de février, le taux d’incidence était de 207 pour 100.000 habitants, en faible diminution par rapport à la semaine précédente (- 4 %). Le taux de contagiosité est resté stable (6,3 % contre 6,7 % la semaine précédente).

Même évolution plutôt rassurante du côté des hôpitaux : les hospitalisations restent stables. Le 9 février, on comptait 27.677 personnes hospitalisées, dont 3.342 en réanimation. « Le nombre d’hospitalisations reste proche de celui de la semaine précédente et on voit une baisse des admissions en réanimation (- 2 %) après quatre semaines d’augmentation », analyse Delphine Viriot, épidémiologiste chez Santé Publique France. Une bouffée d’oxygène pour les soignants, sur le pont depuis mars 2020 ? Pas vraiment. Car en dépit de cette maigre amélioration, « on se rend compte qu’une tension persiste sur le système hospitalier depuis de nombreuses semaines et que le nombre de patients hospitalisés tend à augmenter depuis début janvier », prévient Delphine Viriot.

Deuxième mise en perspective : ces données nationales dissimulent des disparités régionales, et même départementales. Les régions où la tension sur les hôpitaux reste très forte sont la Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Ile-de-France, les Hauts-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Et Santé Publique France confirme que les indicateurs sont inquiétants du côté de la Moselle, où s’est rendu Olivier Véran ce vendredi.

Les trois nouveaux variants poursuivent leur diffusion

Il n’empêche, cette stabilisation de la circulation du coronavirus interroge alors que les trois nouveaux variants, qui rendent la maladie plus contagieuse, continuent de se propager en France. En effet, les résultats préliminaires de la deuxième enquête Flash, réalisée le 27 janvier, confirment une augmentation de la proportion de suspicions de variants : autour de 17,5 % pour les trois nouveaux variants, qu’on appelle désormais V1 (variant anglais), V2 (sud-africain) ou V3 (brésilien).

Les séquençages de ces tests sont toujours en cours et on devrait connaître les chiffres consolidés la semaine prochaine. La première étude flash réalisée les 7 et 8 janvier révélait la présence du variant anglais dans 3,3 % des tests positifs.

Deux épidémies en une ?

Comment expliquer cette situation d’équilibre ? « Nous n’avons pas de donnée scientifique qui invalide la plus grande transmissibilité des trois souches, précise Daniel Lévy-Bruhl, épidémiologiste à Santé Publique France. On interprète plutôt cette stabilisation de l’incidence de la manière suivante : une combinaison entre des souches du coronavirus 2020 avec un taux de reproduction (le R) en dessous de 1 [ce qui veut dire qu’une personne infectée contamine moins d’une personne] et une petite contribution des nouveaux variants, avec un R supérieur à 1. Les deux phénomènes se contrebalancent. »

Une hypothèse qui confirmerait l’expression utilisée par Olivier Véran d’« épidémie dans l’épidémie ». Cet équilibre, certes précaire, pourrait rassurer le gouvernement, qui a choisi de maintenir le couvre-feu à 18h, mais pas de reconfiner. Gabriel Attal s’est d’ailleurs montré plutôt optimiste en assurant mercredi, après le Conseil des ministres, qu'« il existe bien un chemin pour éviter le reconfinement ».

Vigilance, c’est les vacances

Mais ne pas reconfiner est-il raisonnable alors que de nombreux médecins craignent une explosion des cas en mars ? « Il y a plusieurs manières de voir les choses, nuance Daniel Lévy-Bruhl. D’un côté, le pire n’est pas certain. De l’autre, d’un point de vue théorique, on voit mal pourquoi la diffusion des variants telle qu’on l’a observée dans d’autres pays ne serait pas applicable chez nous. Malheureusement, il nous semble que le scénario le plus probable reste une contribution croissante des nouveaux variants et, inexorablement, une augmentation du R moyen. Sachant qu’on est déjà sur un plateau haut des hospitalisations. La stabilisation ne nous paraît pas contradictoire avec ce scénario. »

Un message pas facile à faire passer : malgré les chiffres stables de Santé Publique France, les restrictions sociales qui durent depuis des mois et les gestes barrières doivent être maintenues. Surtout avec les vacances de février, qui pour certains ont débuté depuis une semaine, et qui pour d’autres commencent ce vendredi soir. Une période où les déplacements se multiplient, les familles se retrouvent et passent du temps ensemble à l’intérieur vu la période glaciale…

« Il faut faire en sorte que le virus ne parte pas en vacances avec nous, résume Laëtitia Huiart, directrice scientifique à Santé Publique France. Mais c’est vrai que l’inquiétude était très présente avant Noël et qu’on n’a pas eu d’explosion des contaminations en janvier. La population s’est montrée responsable. »

Difficile, encore une fois, de prévoir l’évolution de cette épidémie qui n’a pas fini de nous surprendre. Le suivi de la diffusion des nouveaux variants va continuer de préoccuper épidémiologistes comme politiques. Une troisième enquête Flash sera réalisée le mardi 16 février, et devrait accoucher d’une photographie région par région de la situation avant la fin février. A temps pour prendre de nouvelles mesures si besoin ?