Coronavirus : Pourquoi plane-t-il encore tant de mystères autour des Covid longs ?

EPIDEMIE Ce mardi, l’Organisation mondiale de la Santé se penche sur les Covid longs, dont certains symptômes perdurent pendant plusieurs mois

Jean-Loup Delmas

— 

Un centre de vaccination à Séoul, illustration. Les effets du vaccins sur le Covid long sont pour le moment totalement inconnus.
Un centre de vaccination à Séoul, illustration. Les effets du vaccins sur le Covid long sont pour le moment totalement inconnus. — Kim Hong-ji/AP/SIPA
  • L’Organisation mondiale de la Santé organise ce mardi un séminaire autour des Covid longs, dont certains symptômes persistent pendant plusieurs mois.
  • Un phénomène dont on ne sait pour le moment pratiquement rien et dont le flou autour a bien du mal à se dissiper.
  • Pourquoi ces cas sont-ils si mystérieux et si peu de connaissances ont-elles pu être récoltées sur le sujet ?

Jamais, au cours de l’histoire de l’Humanité et de la Santé, autant d’éléments et d’informations n’auront été récoltés en si peu de temps sur un virus. Un peu plus d’un an après l’apparition du coronavirus, plusieurs vaccins ont été découverts, le séquençage du virus a été réalisé, les connaissances n’ont cessé de se multiplier et les prises en charge des patients se sont nettement améliorées.

Si les informations sur le Covid-19 s’empilent à une vitesse jamais observée, un phénomène lié au virus reste mystérieux : ce qu’on appelle les « Covid longs », des personnes présentant des symptômes plusieurs mois après une -supposée- infection, principalement de la fatigue, une incapacité à l’effort et des douleurs musculaires, respiratoires ou thoraciques. Un voile de mystère si épais que l'Organisation mondiale de la Santé a décidé d'organiser un séminaire ce mardi autour de ce phénomène, dans le but d’en savoir plus.

Des symptômes difficilement objectivables

Pour le moment, les connaissances sur ces cas sont très maigres. Les Covid longs concerneraient 10 % des personnes symptomatiques au coronavirus, ayant présenté des formes légères de la maladie voire une quasi-absence de symptômes, en majorité des femmes et des jeunes. « Mais il faut manier ces données avec une grande prudence », avertit le docteur Florian Zores, qui s’est penché sur ces étranges cas dans le cadre du collectif « Côté de la Science ». Il pourrait en effet y avoir de nombreux biais de recrutement, par exemple, les femmes pourraient plus déclarer les symptômes que les hommes, socialement encouragés à taire leurs douleurs.

L’infection elle-même n’est que supposée, car dans la plupart des cas, les personnes, principalement lors de la première vague, n’ont pas pu être testées – faute de tests disponibles à l’époque. « Cela les rend d’autant plus difficilement objectivables : de nombreux patients sont en quelque sorte triples négatifs : pas de tests PCR, ils ont une sérologie négative (les anticorps ayant peut-être disparu), et n’ont aucune lésion visible par scanner ou autre », note le docteur.

Une maladie virale ou des symptômes psychiques ?

« Rien n’indique même que c’est une maladie », note la pneumologue Corinne Depagne, qui s’est également beaucoup penchée sur ces cas. Elle n’exclut pas l’hypothèse de symptômes qui viendraient à la suite d’un stress et un choc post-traumatique avec la crise sanitaire, économique et sociale, plus qu’issus d’une charge virale. « Cela ne veut pas dire que les symptômes sont inventés, ils existent, c’est certain », note-t-elle. Juste qu’ils ne sont pas nécessairement virologiques. Quelques mois après l’épidémie de SARS en Asie au début des années 2000, les mêmes symptômes étaient apparus. « On peut donc exclure la thèse d’une fabulation, car ces symptômes étaient inconnus du grand public. Mais ça peut être là aussi issu d’un choc post-traumatique. »

Et dans le cas où les symptômes apparaitraient bien à la suite de la charge virale, on ne sait pas de quelle façon cela opérerait. Florian Zores présente ainsi deux hypothèses : les symptômes persistants sont-ils dus des séquelles de l’infection virale ou le virus agit-il encore présentement sur les organes ?

Quelle efficacité pour les vaccins ?

Tant de pistes, de flou et de données subjectives qui ne font que compliquer encore plus la tâche : « Comme tout phénomène ne présentant que des entités symptomatiques, sans lésions apparentes, il y a un risque qu’on mette un peu de tout dedans, des cas post-traumatiques, des personnes ayant perdu leur forme physique avec le confinement, des malades, etc.… Même aujourd’hui, on englobe sans doute dans le terme Covid long plusieurs formes de maladies très différentes », souligne Florian Zores.

Autant dire qu’avec tous ces mystères, on ne connaît pas du tout les effets des vaccins et leur efficacité sur ces cas-là. Risquent-ils d’exacerber une réaction virale déjà présente, peuvent-ils guérir du Covid long, ou même l’empêcher pour des personnes ne l’ayant pas encore eu ? « Aucune idée », concède le médecin.

Difficile amas de connaissances

Voilà pour tout ce qu’on ne sait pas. Reste la question : comment se fait-il qu’il y ait si peu de connaissances sur ce phénomène, pourtant présent dans de nombreux pays ? Plusieurs raisons expliquent toutes ces inconnues : premièrement, le principe même du Covid long est qu’il est… long, il a donc mis du temps à être répertorié. Les premiers cas recensés datent de mai-juin, et ils avaient tendance à être niés ou balayés tant cela paraissait incongru. Ensuite, une fois les symptômes réellement reconnus, ils ont davantage été envisagés comme une conséquence du confinement – avec perte d’activité musculaire et motrice – qu’une maladie. Enfin et peut-être surtout, les Covid longs sont rarement hospitalisés, et le cas échéant, montrent peu de lésions ou séquelles « objectives » (visibles par scanner), ce qui rend difficile leur recensement et la récolte de données.

A ce titre, Corinne Depagne plaide pour une stratégie à l’échelle nationale : « De plus en plus de centres prennent en charge les Covid longs, mais ils ont tendance à peu communiquer entre eux. Il faudrait pourtant mieux se partager les données sur ces cas afin d’essayer d’établir des facteurs. » Et de peut-être, enfin, percer le mystère de ces bien étranges Covid longs.