Alsace : Vers un bio médicament pour réparer « facilement » les cœurs après un infarctus

SCIENCES Une start-up mulhousienne de biotechnologie médicale, Cellprothera, développe un concept thérapeutique unique au monde pour les malades qui ont déjà fait un infarctus sévère du myocarde

Gilles Varela

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Dans un laboratoire de Cellprothera
Dans un laboratoire de Cellprothera — Cellprothera
  • Une start-up alsacienne de biotechnologie médicale, Cellprothera, développe un concept thérapeutique unique au monde.
  • L’idée est de réparer les parties cardiaques endommagées après un infarctus sévère, avec un bio médicament.
  • Des essais cliniques, en phase deux, sont menés actuellement dans plusieurs CHU de France. Des essais qui s’avèrent « extrêmement prometteurs ».

Un concept thérapeutique unique au monde pourrait bien révolutionner la vie des personnes ayant eu un infarctus sévère du myocardeCellprothera, une start-up de biotechnologie médicale basée à Mulhouse, réalise actuellement des  essais cliniques qui s’avèrent prometteurs dans plusieurs CHU de France, dont Toulouse, Montpellier, Bordeaux, Dijon. Mais aussi au Royaume-Uni et même à Singapour. Autant dire que c’est du sérieux et donc plein d’espoir.

Le concept ? Réparer les cœurs endommagés après un infarctus, éviter par un "simple" médicament bien des complications aux patients. Un bio médicament devrait-on préciser car c’est bien sa particularité, relève Matthieu de Kalbermatten, président de Cellprothera. « Il n’y a pas de composants chimiques. Ce sont les cellules-souches du patient qui sont réinjectées et vont lui servir de médicament. L’objectif de cette injection, unique, est de permettre aux patients d’éviter le développement d’une insuffisance cardiaque chronique, ce qui peut impacter leur qualité de vie », explique Matthieu de Kalbermatten.

« Les essais que nous menons permettent d’éviter de multiples hospitalisations, un traitement médicamenteux à vie et dans des cas plus sévères une greffe cardiaque. Le patient devient son propre médicament et aucun rejet n’est possible car le corps se soigne alors de lui-même », précise Cellprothera.

Dans un laboratoire de Cellprothera
Dans un laboratoire de Cellprothera - Cellprothera

Réparer les parties du cœur abîmées

Depuis le CHU de Toulouse, c’est le professeur de médecine Jérôme Roncalli, spécialiste reconnu, notamment dans ce que l’on appelle la thérapie cellulaire cardiaque, qui est aux commandes. La médecine de demain ? « Tout à fait, c’est ce qu’on appelle un MTI, médicament de thérapie innovante. Ce sont des traitements du futur qui sont personnalisés », souligne le professeur, qui rappelle cependant qu’elle s’ajoute à la thérapie conventionnelle. Une fois l’infarctus arrivé, il reste en effet toujours l’artère "à déboucher" lors d’une opération.

« L’injection permet ensuite de réparer, voire de régénérer les parties du muscle cardiaque abîmées, grâce à ces cellules-souches, les CD34, que nous avons sélectionnées. » Des cellules de compétition en quelque sorte. Si le professeur qualifie l’étude en cours « d’extrêmement bonne », il reste comme tout scientifique mesuré et rappelle qu’il faudra attendre la fin de la phase 2, avec des essais sur une cinquantaine de personnes, prévue d’ici à la fin de l’année.

De quoi par la suite entamer une phase de plus grande envergure. « L’idée, c’est de montrer que s’il y a un bénéfice, il faudra le généraliser, avec l’accord des autorités de santé, le faire valider jusqu’au remboursement pour que le plus grand nombre en bénéficie. » Une validation qui pourrait bien arriver en 2022.

Et il n’y a pas qu’à nos cœurs que ce bio médicament pourrait venir en aide. S’il porte l’espoir d’une vie meilleure et plus longue pour des milliers de patients, il présente aussi pas mal d’avantages financiers pour notre système de santé : réduction des coûts de prise en charge des patients, des traitements médicamenteux, de frais d’hospitalisations multiples… De quoi avoir enfin le cœur réjoui.