Coronavirus : L'isolement plus long des personnes contaminées par les nouveaux variants est-il réaliste ?

MESURES SANITAIRES Dans une note urgente publiée dimanche soir à destination des professionnels de santé, la direction générale de la Santé (DGS) annonce « un renforcement spécifique » des mesures sanitaires pour les variants brésilien et sud-africain

Anissa Boumediene
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Le délai d'isolement des personnes contaminées par les variants brésilien et sud-africain va passer de 7 à 10 jours, voire sept jours de plus.
Le délai d'isolement des personnes contaminées par les variants brésilien et sud-africain va passer de 7 à 10 jours, voire sept jours de plus. — UGO AMEZ/SIPA
  • L’émergence ces dernières semaines de variants plus contagieux et moins sensibles à la vaccination inquiète les autorités sanitaires.
  • Dimanche soir, la DGS a décidé de renforcer les dispositions concernant les personnes contaminées par les variants brésilien ou sud-africain et leurs cas contact.
  • Elle a ainsi décidé d’allonger la durée de leur isolement, qui passe de sept à dix jours.

Tester. Isoler. Contrôler. Et ne surtout pas se laisser déborder. Alors que trois vaccins sont désormais disponibles en France, ouvrant l’espoir d’un retour à la vie sans Covid-19, l’apparition ces dernières semaines de variants du coronavirus suscite de vives inquiétudes. Et il y a de quoi : plus contagieux et potentiellement moins sensibles aux vaccins, les variants du coronavirus sont aujourd’hui surveillés comme le lait sur le feu.

Alors, la France augmente sa vigilance pour contenir la progression du variant anglais, qui pourrait contraindre le gouvernement à reconfiner le pays, et renforce ses mesures contre le sud-africain et le brésilien, moins répandus mais potentiellement encore plus problématiques. Au programme : un isolement plus long pour les personnes contaminées par les variants brésilien et sud-africain et qui pourra être prolongé davantage si nécessaire.

Dix jours d’isolement contre sept

« Un renforcement spécifique est prévu » pour ces deux variants, explique la Direction générale de la santé (DGS), qui dépend du ministère, dans une note urgente publiée dimanche soir à destination des professionnels de santé. Car si leur circulation est « aujourd’hui minoritaire », ils « présentent un risque d’échappement immunitaire et vaccinal ». En clair : les vaccins pourraient être moins efficaces contre ces deux variants, suspectés en outre de provoquer des réinfections, en raison de caractéristiques génétiques particulières.

Alors la DGS a décidé de renforcer le protocole sanitaire entourant les personnes contaminées par l’un ou l’autre de ces deux variants, identifiés par le séquençage de leur test PCR. Objectif : garder le contrôle de l’épidémie en contenant la propagation de ces variants au plus tôt dans la chaîne de contamination. Désormais, l’isolement des personnes contaminées par le variant sud-africain ou brésilien passera donc à dix jours, contre sept en cas d’infection par la souche classique ou par le variant britannique.

« Au début de la pandémie, les autorités sanitaires prescrivaient un isolement de quatorze jours. Un délai ensuite raccourci à sept jours en adoptant les mesures barrières, rappelle le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste dans les Hauts-de-Seine et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF). Ce délai de sept jours, nous étions nombreux à le trouver trop court : il fallait au moins sept jours d’isolement, et, pour les gens symptomatiques, au moins deux jours supplémentaires après l’arrêt des symptômes, soit en moyenne dix jours. Pour ma part, quand j’ai contracté le Covid-19, j’ai eu de la fièvre pendant douze jours, et j’ai repris le travail deux jours après l’arrêt des symptômes, soit quatorze jours. Ramener ce délai à dix jours d’isolement semble raisonnable, cela correspond à la réalité de la maladie ».

Jusqu’à 17 jours d’isolement en cas de nouveau test PCR positif

Mais la levée de l’isolement ne sera pas automatique. « Du fait de la contagiosité de ces deux variants, un test de sortie d’isolement doit être systématiquement réalisé pour les personnes qui en sont porteuses », prévoit la DGS. A l’issue de ces dix jours, la personne contaminée par le variant brésilien ou sud-africain devra donc passer un nouveau test PCR. S’il est négatif, pas de problème : elle pourra reprendre ses activités et retourner au travail si elle ne peut pas bénéficier du télétravail. En revanche, « si le test revient positif, l’isolement est prolongé de sept jours après ce résultat », ajoute la DGS. Soit au moins dix-sept jours au total. « On se marre tous, réagit le Dr Hamon. On sait que les tests PCR mettent du temps à "se négativer". Des malades ont eu des tests PCR positifs jusqu’à 50 jours après le premier test positif. Les débris de virus qu’on détecte dans la PCR ne signifient pas qu’on est encore contagieux ».

Si la DGS et le gouvernement imposent cette mesure, « ce ne sera pas nécessaire de reconfiner, il n’y aura plus personne au boulot, prévient le Dr Hamon. Faites le calcul : 20.000 personnes chaque jour, si ces variants s’imposent, on pourrait donc avoir potentiellement 600.000 personnes concernées chaque mois par cette mesure, et qui pour certaines ne pourraient pas reprendre le travail avant 50 jours ! Exiger une PCR négative, c’est complètement irréaliste ».

Vigilance renforcée sur les cas contact

Du côté des cas contact de personnes infectées par les variants brésilien et sud-africain, la DGS élève aussi le niveau de vigilance. Ils doivent ainsi « bénéficier d’un test PCR à J0, dès l’identification », précise-t-elle. Et même en cas de résultat négatif, elle insiste sur « l’importance de bien respecter la période de quarantaine de 7 jours depuis le dernier contact à risque et sur la nécessité de réaliser un test RT-PCR à J7, à l’issue de cette période ».

« En cas de symptômes, l’isolement immédiat et la réalisation d’un test dans les plus brefs délais sont indispensables », rappelle santé publique France. L’agence sanitaire, dont la deuxième enquête flash réalisée le 27 janvier a révélé que plus de 14 % des nouvelles contaminations seraient dues les variants, confirme ainsi la hausse de leur circulation dans l’hexagone.

Face à la progression des variants, la Haute autorité de santé (HAS) « encourage la mise en place d’études spécifiques pour mesurer de manière robuste l’efficacité de la vaccination sur les nouveaux variants de SARS-CoV-2 ».