Coronavirus : L’arrivée d’AstraZeneca en France signe-t-elle un tournant dans la campagne vaccinale ?

EPIDEMIE Depuis ce week-end, la campagne de vaccination bénéficie du renfort du vaccin AstraZeneca, plus facile à transporter, à conserver et qui s’adresse à un nouveau public

Hélène Sergent

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Un salarié de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon, reçoit une dose du vaccin AstraZeneca, samedi 6 février 2021.
Un salarié de l'hôpital Edouard Herriot à Lyon, reçoit une dose du vaccin AstraZeneca, samedi 6 février 2021. — Olivier Chassignole/AP/SIPA
  • 273.000 doses du vaccin développé par Oxford/AstraZeneca seront réparties cette semaine en France.
  • Ce troisième vaccin diffère des deux premiers – Pfizer et Moderna – et cible notamment d’autres catégories de population.
  • Plus facile à conserver, ce vaccin pourra être injecté par de nombreux professionnels de santé.

À Nancy, Lyon ou Bordeaux, les mêmes scènes se sont répétées tout le week-end dans les hôpitaux. Depuis samedi 6 février, les soignants et professionnels de santé peuvent bénéficier d’un nouveau vaccin pour lutter contre l’épidémie de coronavirus.

Public ciblé, technologie, méthode de conservation, ce produit développé par Oxford-AstraZeneca, se distingue des deux autres vaccins – Pfizer et Moderna – déjà délivrés en France. Si ses particularités peuvent avoir un impact non négligeable sur la campagne vaccinale en cours, la vigilance doit rester une priorité pour l’ensemble de la population, préviennent les scientifiques.

  • Une augmentation des doses

Première bonne nouvelle, l’arrivée d’un nouveau vaccin en France est synonyme d’une augmentation des doses. Et qui dit plus de doses dit augmentation du nombre de personnes vaccinées. Dans un communiqué diffusé le 6 février, le ministère de la Santé précise que 273.000 doses seront réparties cette semaine « dans des établissements de santé pivots, puis attribuées par les ARS aux différents lieux de vaccination ».

La semaine suivante, 304.800 nouvelles doses seront distribuées sur le territoire. Pour accompagner ces livraisons, le gouvernement a annoncé que de nouveaux créneaux d’inscription pour la vaccination allaient être proposés aux populations concernées avec pour objectif 1,7 million de nouveaux rendez-vous entre mi-février et mars.

  • Mais des retards de livraison

Mais cette accélération pourrait être de courte durée. AstraZeneca, dont le produit « allait être le vaccin de masse pour le premier trimestre » 2021, n’a pu garantir que 25 % des plus de 100 millions de doses promises à l’échelle de l’Union européenne, ce qui représente « un vrai problème » pour les Vingt-Sept, a déclaré en début de semaine dernière la directrice générale de la Santé au sein de la Commission, Sandra Gallina, devant des députés européens. Un retard qui a poussé la Commission européenne à se tourner vers les vaccins fabriqués par les laboratoires BioNTech/Pfizer et Johnson & Johnson.

  • Un nouveau public ciblé

En France, comme dans de nombreux pays européens, la Haute Autorité de santé a recommandé l’utilisation de ce vaccin aux seules personnes de moins de 65 ans, en raison du peu de données disponibles sur l’efficacité de ce produit sur les populations plus âgées. Deux publics vont donc être vaccinés en priorité : les professionnels de santé de moins de 65 ans et les personnes âgées entre 50 et 65 ans qui présentent des comorbidités.

« Il est vraiment indispensable que les soignants soient vaccinés. Puisque l’OMS a précisé que l’objectif initial d’immunité de groupe ne serait pas atteint avant 2023, il faut parvenir à protéger les personnes les plus fragiles et celles qui sont les plus exposées au virus », souligne Mylène Ogliastro, virologue à l’INRA de Montpellier, vice-présidente de la Société française de virologie.

« L’objectif n’est pas d’avoir 100 % de vaccinés. Mais si on arrive à 60 ou 70 % de vaccinés, on aura une couverture qui nous permettra à la fois de lutter contre la circulation du virus au sein de l’hôpital et d’autre part, d’avoir des gens en capacité de s’occuper des malades », détaillait samedi sur France Info l’infectiologue Christian Rabaud, président de la commission médicale d’établissements du CHRU de Nancy.

  • Une transmission du virus réduite

Selon une étude d’Oxford, qui doit encore être examinée par des pairs avant d’être publiée, la transmission du Covid-19 après l’injection de la première dose du vaccin AstraZeneca serait réduite de 67 %. Non seulement les personnes vaccinées seraient protégées de la maladie, mais elles seraient donc moins à même de la transmettre à d’autres. Mylène Ogliastro explique : « Avec les vaccins Pfizer et Moderna, des doutes subsistaient sur ce point. Or là, si AstraZeneca bloque la transmission, cela signifie une plus grande protection en empêchant le virus de rentrer dans les cellules. Et c’est cela qui, à terme, nous permettrait de retrouver une vie plus ou moins normale ».

  • Une logistique simplifiée

C’est l’autre nouveauté apportée par l’arrivée d’AstraZeneca. Reposant sur une technologie plus classique, ce vaccin peut se conserver six mois au réfrigérateur. Très vite, les pharmaciens « vont pouvoir vacciner évidemment, on a besoin d’eux, on a un maillage d’officines sur le territoire qui est extrêmement dense », a déclaré lundi 2 février le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur France 5. La Haute Autorité de santé (HAS) de son côté s’est dite en faveur d'un élargissement des « compétences vaccinales » aux sages-femmes.

Une bonne nouvelle là encore qui ne doit pas s’accompagner pour autant d’un relâchement généralisé de la population, insiste la virologue Mylène Ogliastro : « Dans le contexte, toute avancée technologique est une raison de se réjouir. Mais il ne faut surtout pas se relâcher. L’enjeu est vraiment là. Parce que si on laisse circuler tous les variants existants, la conséquence c’est qu’on risque, à terme, de permettre au virus d’échapper au système immunitaire et de réduire l’efficacité des vaccins. Or c’est le scénario qu’il faut éviter »