Coronavirus à Marseille : Les marins-pompiers observent une explosion de la présence du virus

EPIDEMIE La trace de Covid-19 détectée dans les eaux usées de Marseille a été multipliée par trois en une semaine

Mathilde Ceilles
Des marins-pompiers relèvent la trace de Covid-19
Des marins-pompiers relèvent la trace de Covid-19 — Christophe Simon / AFP
  • La présence de Covid-19 détectée dans les eaux usées de Marseille a été multipliée par trois en une semaine.
  • Cette hausse inhabituelle, concentrée dans les quartiers Nord, demeure inexpliquée.
  • Elle suscite l’inquiétude chez les soignants.

Les chiffres  ont de quoi donner des sueurs froides. La semaine dernière, les marins-pompiers, qui procèdent chaque semaine à des relevés dans les eaux usées de Marseille, avaient décelé 695 copies du Covid-19 par millilitre, soit une légère hausse par rapport à la semaine précédente. Cette semaine, selon les dernières données publiées par le bataillon ce mercredi, ce chiffre s’élève à… 2.271. Soit un taux multiplié par trois en quelques jours seulement.


« Jusqu’ici, nous avions connu une situation très stable, une sorte de palier qui durait depuis trois à quatre semaines, analyse le contre-amiral Patrick Augier, commandant du bataillon des marins-pompiers de Marseille. Mais le week-end dernier, nous avons connu une nette accélération du phénomène. Nous ne sommes pas au taux maximum, de plus de 3.000, que l’on a pu observer, en octobre, mais nous ne sommes pas loin. On n’a toutefois jamais vu ça, une telle explosion en si peu de temps. »

Concentrée sur quelques arrondissements

Cette hausse exponentielle se fait de manière concentrée, sur les arrondissements les plus défavorisés de Marseille. « Le phénomène se produit sur une sorte de frange littorale du Nord de Marseille, qui va en gros du quartier de la Belle-de-Mai aux quartiers Nord », note le contre-amiral. Et d’ajouter : « Cela fait déjà une semaine que nous devons mettre en place une activité renforcée. Nous faisons beaucoup d’interventions dans les écoles pour des tests et de la désinfection. Ainsi, avant Noël, nous faisons entre cinq et dix interventions par jour. Maintenant, on oscille entre 25 et 30, et on va prioriser les zones en alerte rouge. »

« Les chiffres des marins-pompiers sont un indicateur à prendre en compte, note l’épidémiologiste Pascal Auquier, professeur de santé publique à l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM). Il faut surveiller cela. Pour autant, il faut le prendre avec pondération, puisqu’on note que le taux d’incidence se stabilise ces cinq derniers jours dans le département. »

« On va se prendre un coup de boost copieux »

Ainsi, ce taux s’élève cette semaine à 395 cas pour 100.000 habitants, contre 397 la semaine dernière et 327 la semaine précédente. « Mais il faut attendre une deuxième semaine pour savoir s’il s’agit d’un plateau, ou si au contraire cela peut exploser », rappelle Pascal Auquier.

Pour autant, l’épidémiologiste ne cache pas son inquiétude. « Si la flambée observée par les marins-pompiers se confirme dans quinze jours dans les hôpitaux, on va se prendre un coup de boost copieux ». Les services de réanimation à l’AP-HM se remplissent en effet à vue d’œil. « Ces chiffres ne m’étonnent pas, s’alarme Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM. On voit du monde arriver tout le temps. Et le souci, c’est qu’on n’est pas capable de faire face à une vague fulgurante. On manque de personnel ! Et les équipes sont fatiguées. Le physique n’est plus là depuis longtemps. Le moral non plus. »

Une inquiétude d’autant plus vive que, pour l’heure, cette explosion reste inexpliquée. Plusieurs sources évoquent une présence accrue du variant du Covid-19 dans la deuxième ville de France, sans certitude. Interrogée sur ce sujet, l’Agence régionale de santé, habilitée à communiquer sur ces questions, n’a pas donné suite à nos sollicitations à l’heure où ces lignes sont écrites.