Coronavirus : La Haute autorité de santé réserve le vaccin AstraZeneca aux moins de 65 ans

VACCINATION La Haute autorité de santé a rendu ce mardi son avis sur le vaccin d’AstraZeneca et sa place dans la stratégie vaccinale française

Anissa Boumediene

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La Haute Autorité de santé a rendu ce mardi son avis sur l'utilisation en France du vaccin AstraZeneca.
La Haute Autorité de santé a rendu ce mardi son avis sur l'utilisation en France du vaccin AstraZeneca. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Quelques jours après l’autorisation du vaccin d’AstraZeneca par l’Agence européenne du médicament, la Haute autorité de santé (HAS) l’a autorisé à son tour pour le marché français, dans un avis rendu ce mardi.
  • La HAS a toutefois décidé de réserver l’utilisation de ce vaccin pour les seules personnes de moins de 65 ans.
  • Une décision qui s’explique par le manque de données sur l’efficacité du vaccin AstraZeneca sur les plus de 65 ans, chez qui il pourrait être moins efficace, et qui rejoint la stratégie adoptée par plusieurs pays européens.

Et de trois. Après les vaccins de Pfizer-BioNTech et de  Moderna, celui du laboratoire AstraZeneca vient à son tour d’être autorisé en France, après avoir été validé vendredi par l’Agence européenne du médicament (EMA). Dans un avis rendu ce mardi, la Haute autorité de santé (HAS) a autorisé l’utilisation du vaccin AstraZeneca et détaillé sa place dans la stratégie vaccinale française. La HAS a ainsi décidé de recommander son utilisation aux seules personnes de moins de 65 ans, en raison du peu de données disponibles sur l’efficacité de ce vaccin sur les populations plus âgées.

Une décision qui rejoint la stratégie de plusieurs pays européens, et qui devrait donner le coup d’envoi prochain de la vaccination anti-Covid dans les cabinets de médecine générale ou encore dans les pharmacies.

Recommandé aux moins de 65 ans et aux professionnels de santé

« Aujourd’hui, c’est un vaccin à vecteur viral qui arrive et nous nous réjouissons de son arrivée », qui présente « entre 62 et 70 % d’efficacité selon les études », a déclaré Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, qui « espère 10 millions de doses, ce qui permettra de vacciner 5 millions de personnes ».

En revanche, « il manque des données pour les patients de plus de 65 ans, a précisé Dominique Le Guludec. Ces données vont être disponibles prochainement, mais dans l’intervalle, nous recommandons son utilisation chez les moins de 65 ans ». L’avis de la HAS « sera revu à la lumière de données cliniques complémentaires que nous attendons », a indiqué la présidente de la HAS.

Pour l’heure, les recommandations ciblent « deux populations : les professionnels de santé et les personnes âgées entre 50 et 65 ans, en commençant par celles et ceux qui présentent des comorbidités et qui étaient prévus dans la phase 3 de la stratégie vaccinale », a ajouté Dominique Le Guludec, précisant « que le ministère de la Santé va préciser les modalités d’utilisation du vaccin AstraZeneca ». Un vaccin « qui n’est pour l’heure pas recommandé chez les femmes enceintes », a complété le Pr Elisabeth Bouvet, présidente de la commission technique des vaccinations.

Comme l’Allemagne, l’Autriche, la Suède…

« Ce vaccin est semble-t-il moins efficace que les vaccins à ARN​, il repose sur une technologie différente et son efficacité a été moins évaluée chez les plus de 65 ans », a précisé Mylène Ogliastro, virologue à l’INRA de Montpellier, vice-présidente de la Société française de virologie, ce mardi sur franceinfo. Or, « on sait que les personnes âgées en règle générale répondent moins bien à la vaccination. Réserver les vaccins à plus haute efficacité aux personnes les plus fragiles me semble être une bonne solution », estime-t-elle.

« Les soignants et les personnes plus jeunes ayant des facteurs de comorbidités sont à privilégier », a commenté mardi matin sur France 2 le Pr Alain Fischer, le Monsieur vaccin du gouvernement.

Dans plusieurs pays européens, les autorités sanitaires ont émis des réserves plus ou moins fortes sur son efficacité pour les personnes âgées. L’Allemagne, l’Autriche et la Suède ont ainsi décidé de restreindre son utilisation aux seules personnes de moins de 65 ans. Et en Italie et en Bulgarie, un « usage préférentiel » du vaccin AstraZeneca est préconisé aux moins de 55 ans.

Pharmaciens et médecins généralistes prêts à vacciner

Côté logistique, ce nouveau vaccin disponible, qui ne repose pas sur la technologie à ARN messager des vaccins de Pfizer et de Moderna, devrait permettre un déploiement plus large de la vaccination. « Comme c’est un vaccin facile à manier, et qui est bien toléré, donc nous nous prononçons en faveur de l’élargissement des compétences vaccinales concernant ce vaccin AstraZeneca, a indiqué Dominique Le Guludec. Nous recommandons que les pharmaciens et les sages-femmes, en plus des infirmiers et médecins, puissent vacciner ».

« Les conditions de transport et de conservation [du vaccin AstraZeneca] sont beaucoup plus simples que les vaccins à ARN utilisés jusqu’à présent. Donc cela devrait permettre, d’ici à quelques semaines, que les médecins généralistes et les pharmaciens puissent vacciner », s’est réjoui ce mardi le Pr Alain Fischer. Les premières vaccinations en France avec le vaccin d’AstraZeneca devraient ainsi débuter « aux alentours de la mi-février », a-t-il ajouté.

Moins contraignant que les vaccins de Pfizer et Moderna, le vaccin AstraZeneca, conditionné en flacons de dix doses, peut se conserver six mois au réfrigérateur et pourrait rapidement être distribué aux médecins généralistes et aux pharmaciens, prêts à vacciner. Très vite, les pharmaciens « vont pouvoir vacciner évidemment, on a besoin d’eux, on a un maillage d’officines sur le territoire qui est extrêmement dense », a déclaré lundi soir le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur France 5. En précisant que « s’ils ne pouvaient pas le faire jusqu’à maintenant, c’est parce qu’on a des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna qui ont des nécessités de conservation […] qui, objectivement, rendent très difficile pour un pharmacien de le faire dans son officine, ce qui n’est pas le cas pour AstraZeneca ».