Coronavirus : Efficacité de 89 % pour le vaccin de Novavax mais de 60 % contre la souche sud-africaine

SCIENCES Le laboratoire assure toutefois qu'il va développer un nouveau vaccin pour ce variant très contagieux

20 Minutes avec AFP

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15.000 personnes ont participé à l'essai clinique de phase 3 du vaccin contre le Covid-19 de Novavax.
15.000 personnes ont participé à l'essai clinique de phase 3 du vaccin contre le Covid-19 de Novavax. — Alastair Grant/AP/SIPA

C’est une bonne nouvelle vu la pénurie actuelle. Les essais cliniques du vaccin contre le Covid-19 en deux doses de Novavax ont montré une efficacité de 89,3 %, a affirmé jeudi l’entreprise de biotechnologie américaine dans un communiqué affichant les résultats des essais de phase 3. Mais la nouvelle a été contrebalancée par l’annonce conjointe que le vaccin est bien moins efficace face au variant identifié en premier en Afrique du Sud (60 %), que les scientifiques considèrent comme plus contagieux.

« NVX-CoV2373 a le potentiel pour jouer un rôle important dans la résolution de cette crise sanitaire publique mondiale », a affirmé le PDG de l’entreprise Stanley Erck. L’entreprise va se lancer immédiatement dans le développement d’un nouveau vaccin ciblant ce variant, précise le communiqué. A l’inverse des vaccins de Pfizer et Moderna qui utilisent la technologie de l’ARN messager, l’injection du vaccin de Novavax comprend des fragments de coronavirus qui permettent de provoquer une réponse immunitaire du corps humain.

Le Royaume-Uni devrait commander 60 millions de doses

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s’est réjoui sur Twitter de ces « bonnes nouvelles » en ajoutant : « Nos autorités de régulation médicale vont désormais évaluer le vaccin (…). S’il est autorisé, nous avons une commande de 60 millions de doses ».

https://twitter.com/BorisJohnson/status/1354901600242905088

Le vaccin était l’un des six candidats soutenus par le gouvernement américain qui avait financé le projet à hauteur d’1,75 milliard de dollars. Des essais cliniques sont également en cours aux Etats-Unis et au Mexique, avec respectivement 16.000 et 30.000 participants. Les essais cliniques, conduits au Royaume-Uni, ont impliqué 15.000 personnes âgées de 18 à 84 ans, dont 27 % avaient plus de 65 ans.

La première analyse intermédiaire s’est fondée sur 62 cas de Covid-19, dont 56 ont été observés parmi le groupe placebo, contre six cas parmi ceux ayant reçu le vaccin NVX-CoV2373. L’analyse préliminaire de l’entreprise indique que le variant identifié en premier en Angleterre, B.1.1.7, a été détecté dans plus de 50 % des cas confirmés. L’efficacité du vaccin par souche du coronavirus a été estimée à 95,6 % contre la souche initiale, et à 85,6 % contre le variant apparu au Royaume-Uni. Mais l’efficacité apparaît bien plus basse dans une étude de plus petite ampleur conduite en Afrique du Sud.

Essais cliniques à venir pour la souche sud-africaine

Cette dernière a impliqué un peu plus de 4.400 patients, de septembre à mi-janvier, période durant laquelle le variant B.1.351 s’est fortement répandu à travers l’Afrique du Sud. Selon l’entreprise, ce variant a été responsable de 90 % des cas qui ont fait l’objet d’un séquençage.

L’efficacité globale du vaccin était de 49,4 % dans ces essais, mais le nombre montait à 60 % parmi les 94 % de participants séronégatifs au VIH.

Novavax a déclaré avoir commencé ses recherches sur de nouveaux vaccins contre les variants émergents début janvier, et s’attend à sélectionner les candidats vaccins optimaux dans les jours qui viennent, avant de commencer les essais cliniques au second trimestre.

Détail préoccupant, Novavax a affirmé qu’un tiers des participants des essais sud-africains avaient déjà été infectés par la souche originelle du virus, tandis que les infections qui ont eu lieu durant l’étude étaient largement issues du variant apparu en Afrique du Sud. « Ces données suggèrent qu’une infection antérieure au Covid-19 ne protège pas forcément complètement contre une infection ultérieure au variant d’Afrique du Sud », a indiqué l’entreprise.

« 60 % contre le variant reste assez bon »

Mais pour Amesh Adalja, un docteur et professeur au Centre pour la sécurité sanitaire de l’université Johns Hopkins aux Etats-Unis, il est important de garder en contexte cette baisse d’efficacité. Le vaccin de Novavax est tout de même un succès, a-t-il affirmé à l’AFP.

« Soixante pour cent (d’efficacité) contre le variant, c’est encore assez bon » a déclaré le Dr Adalja.

« Clairement le vaccin Novavax a empêché les formes graves de la maladie, ce qui est ce qu’il y a de plus important finalement », a-t-il ajouté.

Les résultats sont les premiers à évaluer l’efficacité des vaccins contre les variants britannique et sud-africain, dans le monde réel. Pfizer et Moderna ont affirmé précédemment que leurs vaccins respectifs demeuraient efficaces contre les variants, mais leurs études ont eu pour cadre un laboratoire.

Les autorités de Caroline du Sud ont indiqué jeudi que deux cas du variant sud-africain avaient été identifiés pour la première fois aux Etats-Unis, provoquant l’inquiétude sur la possibilité que le taux d’infection y reparte à la hausse après près de trois semaines de déclin. L’annonce de Novavax a mis une certaine pression sur un autre fabricant de vaccins, Johnson & Johnson, dont les résultats des essais de phase 3 sont attendus la semaine prochaine.