Coronavirus : « On a besoin de tous les bras »… Les pharmaciens veulent prendre part à la vaccination

VACCINATION Lors d’une conférence de presse ce jeudi matin, l’Ordre des pharmaciens a réaffirmé son souhait de vacciner contre le Covid-19 dans les officines

Oihana Gabriel

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Centre de depistage COVID-19 en pharmacie. Les pharmaciens ont joué un rôle fondamental dans la crise sanitaire: masques, tests et peut-être demain vaccins.
Centre de depistage COVID-19 en pharmacie. Les pharmaciens ont joué un rôle fondamental dans la crise sanitaire: masques, tests et peut-être demain vaccins. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Depuis plusieurs semaines, certains soignants, infirmiers et pharmaciens demandent à pouvoir vacciner contre le Covid-19.
  • Lors de ses vœux à la presse, la présidente de l’Ordre des pharmaciens a insisté ce jeudi sur l’intérêt d’une telle ouverture.
  • Avec 22.000 officines réparties sur l’ensemble du territoire et l’arrivée prochaine du vaccin Astrazeneca, plus simple à transporter et conserver, elle estime que la vaccination en pharmacie, par les pharmaciens, permettrait d’accélérer la protection des plus vulnérables.

Ils sont en première ligne depuis mars dernier. Les pharmaciens, en officine comme à l’hôpital ont aidé pour la distribution de masques et pour l’organisation du dépistage grâce aux tests antigéniques. Et veulent participer au grand défi actuel : la vaccination.

Ce jeudi matin, la présidente de l’Ordre des pharmaciens, Carine Wolf-Thal, présentait ses vœux à la presse. L’occasion d’en remettre une couche : la crise sanitaire a montré la capacité de mobilisation des pharmaciens, qui sont prêts à vacciner si les autorités donnent leur feu vert.

La vaccination contre la grippe, un succès

Pour le moment, les pharmaciens sont autorisés à vacciner contre la grippe saisonnière uniquement les personnes majeures ciblées par les recommandations. Une expérimentation peu à peu élargie qui semble avoir porté ses fruits. En 2020, « en une semaine, nous avons vacciné 1,4 million de patients contre la grippe, et 3,7 millions en un mois et demi », se targue Carine Wolf-Thal. Preuve que les officines ont toute leur place dans la stratégie de vaccination contre le Covid-19, selon elle.

D’ailleurs, les pharmaciens sont déjà mobilisés. « Les livraisons de vaccin mobilisent les 100 établissements pharmaceutiques qui ont des super congélateurs, et certaines pharmacies de ville assurent le transfert de vaccins vers certains Ehpad », souligne-t-elle. La profession, Ordre comme syndicats, insiste donc depuis des semaines pour vacciner directement en officine.

22.000 officines partout en France

« Nous n’attendons que ça, et la population également, assure la présidente de l’Ordre. Si les centres de vaccination ont montré leur capacité à vacciner rapidement, il y a quand même des trous dans la raquette. Même 1.000 centres de vaccination, ce n’est pas comparable avec ce que pourraient faire les 22.000 officines partout en France. Des associations de patients se sont exprimées sur la difficulté d’accès à ces centres de vaccination, soit parce que la prise de rendez-vous est complexe, soit parce que l’accès physique n’est pas simple pour une personne âgée qui vit à 20 km. Quoi de mieux que d’aller au coin de la rue vers un professionnel de santé connu ? »

Selon Carine Wolf-Thal, la Haute Autorité de Santé devrait publier de nouvelles recommandations dès la semaine prochaine, qui préciseront si les pharmacies peuvent ou non accueillir les vaccinations. Et dans quelles conditions. Car aujourd’hui, il faut nécessairement qu’un médecin soit présent lors de l’injection. Questionné sur cette possibilité, Olivier Véran avait assuré mi-janvier que les pharmaciens et infirmiers pourraient vacciner quand la logistique serait simplifiée, c’est-à-dire quand des vaccins plus simples à manipuler arriveraient sur le marché français. Justement, AstraZeneca, dont le vaccin se conserve dans un simple réfrigérateur, devrait obtenir le feu vert de l’Union européenne dès vendredi. Problème : le laboratoire britannique a annoncé une baisse de ses livraisons de 60 %.

« On n’a pas assez de doses, mais elles vont arriver »

Est-ce vraiment utile alors d’autoriser les pharmaciens à vacciner pour quelques doses d’AstraZeneca ? « Même s’il n’y en a pas beaucoup, c’est important, nuance Carine Wolf-Thal. Souvenez-vous des masques : on a été capable de mobiliser le circuit de distribution des pharmacies pour les distribuer à l’unité. On pourrait dupliquer ce schéma même avec un faible nombre de vaccins. Certes, on n’a pas assez de doses, mais elles vont arriver. L’important, c’est d’anticiper. »

La présidente de l’Ordre souhaite également que les officines puissent injecter les vaccins de Pfizer-BioNTech et de Moderna. « Le Pfizer se conserve cinq jours dans un frigo normal, argumente-t-elle. Même avec le temps de transport, il reste encore deux ou trois jours où ils pourraient être utilisés en officine. Les questions de logistique ne sont pas rédhibitoires. On le voit bien : des unités mobiles sont en train de se monter pour aller vers les patients. Si un vaccin peut se balader dans un bus ou dans le sac à dos d’un soignant, il peut très bien se retrouver dans un frigo de l’officine ! Aujourd’hui, on a besoin de tous les bras. »