Coronavirus : Six mois après avoir été infecté par le Sars-Cov2, il y a 84,8 % de chance de ne pas le recontracter

ETUDE Dans une étude menée à partir des tests sérologiques réalisés sur son personnel soignant, le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse a démontré que le taux de protection à six mois des personnes infectées était de plus de 84 %

Béatrice Colin

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Dans un laboratoire de virologie. (Illustration)
Dans un laboratoire de virologie. (Illustration) — Fabien Dupoux/SIPA
  • En juin et Juillet, le laboratoire du CHU de Toulouse a procédé à un test sérologique sur plus de 8.700 de ses salariés et a suivi l’évolution à six mois des taux d’anticorps des cas positifs au coronavirus.
  • Selon une étude publiée dans la revue Clinical Infectious Diseases, l’équipe du laboratoire de virologie du CHU de Toulouse démontre qu’après avoir été infecté une première fois le Sars-Cov2, il y a 84,8 % de chance de ne pas la recontracter dans les six mois.
  • Il y a parmi les cas positifs, 1,8 % de cas de réinfection à six mois selon cette étude.
  • Si la protection naturelle grâce aux anticorps est importante après une première infection, elle est loin d’être aussi importante que les 95 % d’immunité conférés par les vaccins, selon la biostasticienne Chloé Diméglio, auteure de l’étude.

Est-on protégé une fois qu’on a eu le coronavirus ? Doit-on se faire vacciner après une première infection ? Peut-on avoir deux fois le Sars-Cov2 ? Autant de questions que l’on se pose régulièrement et auxquelles l’étude menée par le laboratoire de virologie du CHU de Toulouse, et publiée cette semaine dans le Clinical Infectious Diseases, apporte des réponses.

En juin et juillet dernier, alors que la première vague est en fin de course, l’établissement hospitalier décidé de mener une vaste menée auprès de ses soignants et réalise 8.758 prélèvements sérologiques pour connaître le taux de positivité. « Nous en avions 276 positifs au Sars-Cov2 en sérologie Elisa. Nous les avons passés en neutralisation, nous avons recherché s’il y avait la présence d’anticorps neutralisants contre le Sars-Cov2. C’était le cas, dans plus de 95 % des cas », explique Chloé Diméglio, biostatisticienne au sein du laboratoire de virologie CHU de Toulouse et auteure principale de l’étude.

Après six mois, anticorps en hausse ou stable

Parmi ces cas, l’équipe de scientifiques n’établit clairement aucun lien entre la présence d’anticorps neutralisants et le fait d’avoir développé une infection symptomatique ou pas.

Pas question de se satisfaire de cette photographie à l’été. Les chercheurs ont décidé de suivre à six mois ces cas positifs pour déterminer s’ils conservaient ces fameux anticorps neutralisants longtemps après leur première infection. Ils ont donc fait l’objet d’un nouveau prélèvement sérologique entre le 30 décembre et le 9 décembre.

« Au bout de ces 167 jours de suivi, le titre d’anticorps neutralisants était pour 96,7 % d’entre eux soit stable soit à la hausse. Ce qui veut dire que les anticorps contre le Sars-Cov2 a six mois se maintiennent, voir augmentent. Ce qui est une très bonne nouvelle », plaide Chloé Diméglio.

1,8 % de réinfections

Parmi ces 276 positifs suivis, il y a eu cinq réinfections. « Ce n’est pas énorme, cela correspond à un taux de 1,8 %. Il n’y avait pas de lien entre le fait de s’être réinfecté et le taux d’anticorps neutralisants, c’est-à-dire qu’il y avait des réinfections avec des taux forts et des taux faibles. Il n’y a pas non plus de lien entre la réinfection et la clinique, ce n’est pas parce qu’ils ont développé une infection symptomatique la première fois qu’ils avaient forcément une version asymptomatique la seconde, et inversement », détaille la biostatisticienne.

Mais comme il n’y a eu que cinq cas de réinfections, difficile pour elle d’en tirer une analyse scientifique. Seul fait tangible, aucun d’entre eux n’a été hospitalisé, ni à la première, ni à la deuxième infection. Difficile aussi de déterminer si la réinfection est due à un variant, car la seconde fois les charges virales étaient plus faibles et les séquençages difficiles à réaliser.

84,8 % de chance de ne pas être réinfecté à six mois

Ce taux de réinfection de 1,8 % chez des gens qui avaient déjà contracté le Sars-Cov2 lors de la première vague a été comparé avec le taux d’infection des gens qui avaient une sérologie négative en juin et juillet. « Nous avons regardé si ces cas négatifs avaient entre-temps eu des tests PCR parce qu’ils étaient symptomatiques ou cas contacts. Nous avons établi qu’il y avait un taux d’infection chez ces gens négatifs, de 12,1 % », pose Chloé Diméglio.

Pour établir un taux de protection, elle a donc comparé le taux d’infection en décembre de ceux qui n’avaient pas le Sars-Cov2 la première fois et le taux de réinfection à la même période des cas positifs cet été. « Cela montre que le fait d’avoir contracté une première infection à Sars-Cov2 induit une protection d’à peu près 84,8 % : quand vous avez contracté une première infection, vous avez 84,8 % de chance de ne pas la recontracter », conclut la chercheuse.

Moins protectrice que le vaccin

Mais si les anticorps développés lors de la première infection permettent d’avoir un taux de protection dû à une immunité naturelle de 84,8 %, cela reste plus faible que le taux d’immunité apporté par les vaccins. « Le taux d’immunité conféré par les vaccins est de l’ordre de 95 % avec Pfizer et Moderna. Il y a donc tout intérêt à aller se faire vacciner même dans le cas d’une première infection, au-delà de trois mois », plaide la biostatiscienne.

En attendant, pour les soignants du CHU de Toulouse qui ont attrapé une infection à coronavirus lors de la première vague, et restent très exposés encore aujourd’hui où le nombre de cas ne cesse d’augmenter, la bonne nouvelle c’est qu’ils restent protégés en majorité contre une deuxième infection.