Coronavirus : Le troisième confinement peut-il attendre ?

EPIDEMIE L’exécutif semble jouer la montre pour annoncer un troisième confinement qui apparaît pourtant inévitable au vu de l’augmentation des chiffres du coronavirus

Jean-Loup Delmas

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Le troisième confinement peut-il être retardé ou doit-il être lancé impérativement cette semaine ?
Le troisième confinement peut-il être retardé ou doit-il être lancé impérativement cette semaine ? — Jeanne Accorsini/SIPA
  • La France compte plus de 3.000 patients en réanimation en raison du coronavirus, et une moyenne de 20.000 cas par jour… Des chiffres, en constante augmentation, qui rendent un troisième confinement de plus en plus incontournable.
  • Face à cette échéance, le gouvernement semble vouloir temporiser et attendre le dernier moment pour décider de confiner à nouveau la France.
  • Peut-on réellement jouer la montre face à l'épidémie de coronavirus ?

Confinera, confinera pas ? Loin d’exclure cette hypothèse, l’exécutif semble jouer la montre. Alors que le Journal du Dimanche pensait annoncer  en exclusivité un reconfinement cette semaine, le gouvernement dément à demi-mot, indiquant que rien n’est encore décidé et qu’Emmanuel Macron ne compte pas prendre la parole dans les prochains jours. Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, déclare de son côté dans Libération ce mardi que le confinement « n’est pas à une semaine près ».

Une citation qui fait s’étrangler Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie, inquiet des courbes exponentielles du coronavirus. Le nombre de cas, d’hospitalisations, d’admissions en réanimation et de décès n’augmente pas semaine après semaine de manière linéaire, mais de plus en plus vite. Le médecin rappelle qu’aux alentours du 15 octobre, la France comptait 20.000 cas par jour. Ils étaient 56.000 le 3 novembre, deux semaines et demi plus tard.

Des chiffres déjà alarmants

Or, la France compte à nouveau 20.000 personnes testées positives au coronavirus chaque jour sur les sept derniers jours écoulés ce lundi.  Le pays a également dépassé la barre des  3.000 patients en réanimation en raison du coronavirus. Se trouver en dessous de ce chiffre symbolique était pourtant l’une des deux conditions fixées par Emmanuel Macron pour déconfiner la France le 15 décembre. Le deuxième objectif, de 5.000 cas par jour ou moins, n’a jamais été rempli.

Et encore, en octobre, le pic avait diminué grâce aux vacances scolaires à partir du 17 octobre. Or, les prochains congés scolaires ne débutant que dans dix jours, et ne concernant qu’une partie du territoire, « le pic devrait cette fois monter beaucoup plus haut. Tout annonce une troisième vague plus violente et meurtrière que la seconde », s'inquiète Michaël Rochoy

Confinement retardé, confinement allongé

La situation actuelle semble donc difficilement tenable. La France compte plusieurs centaines de décès par jour dus au coronavirus, les hospitalisations et les réanimations augmentent depuis plusieurs semaines, et même à supposer qu’elles n’augmentent plus, la France se retrouverait sur un très haut plateau. Une ligne de crête qu’avait connue l’Allemagne en décembre, avant de reconfiner face à une nouvelle flambée de l’épidémie. Une situation au combien inconfortable, comme l’explique Antoine Flahault : « La France se retrouve dans une position particulièrement dangereuse, car proche d’un basculement vers une situation de croissance exponentielle non contrôlable et de saturation de ses hôpitaux. »

Toute la question est là pour Michaël Rochoy : pourquoi attendre que la situation devienne incontrôlable pour agir ? « Plus on confine tôt et vite, moins le confinement est coûteux, en temps, en social, en économie, en morts. La France attend toujours le dernier moment pour confiner, ce qui crée des confinements très longs comme le premier, ou peu efficaces pour vraiment stopper l’épidémie, tel le second », déplore-t-il.

L’occasion d’enfin changer de modèle ?

Et si justement, ce troisième confinement qui nous pend au nez, comme à toute l’Europe, était l’occasion de changer de fusil d’épaule au niveau de la stratégie contre le coronavirus ? Constatant l’impossibilité de vivre avec le Covid-19 et l’usure des modes stop-and-go, le Vieux continent pourrait s’inspirer du modèle asiatique : on ne vit pas avec le coronavirus, on ne lui laisse pas la place de se répandre. A la moindre légère hausse de cas, les pays confinent massivement des quartiers entiers ou ferment l’ensemble des lieux clos, pour être sûrs que l’épidémie ne décolle jamais.

A l’heure où l’Allemagne, l’Angleterre ou l’Irlande se reconfinent déjà et que l’Espagne et le Portugal connaissent une flambée massive de cas, Antoine Flahault estime que cela crée « une fenêtre d’opportunité pour toute l’Europe, car c’est peut-être le moment de reprendre la main de façon coordonnée sur la pandémie dans le continent et de ne plus laisser le virus y circuler à un tel niveau d’intensité. » Quitte à subir un troisième long confinement, autant s’arranger pour qu’il soit le dernier.