Coronavirus en Alsace : L'anxiété des étudiants en médecine a augmenté, mais moins pour les volontaires en hôpitaux

ETUDE Plus de 1.000 étudiants en médecine de l'université de Strasbourg ont participé à ces questionnaires

Thibaut Gagnepain

— 

De nombreux étudiants s'étaient portés volontaires lors de la première vague, comme ici à l'hôpital Emile-Muller de Mulhouse
De nombreux étudiants s'étaient portés volontaires lors de la première vague, comme ici à l'hôpital Emile-Muller de Mulhouse — PATRICK HERTZOG / AFP
  • L’université de Strasbourg a mené une étude sur l’anxiété des élèves de médecine. En particulier en cette période de Covid-19.
  • A-t-elle augmenté avec la pandémie ? Oui, mais pas dans des proportions énormes selon le Professeur Thierry Pelaccia, qui dirigeait l’étude
  • Autre conclusion : les étudiants qui se sont portés volontaires dans les hôpitaux notamment pendant la première vague sont moins touchés que les autres.

Les applaudissements leur étaient aussi destinés. Au printemps dernier, en pleine première vague du Covid-19, de nombreux étudiants en santé s’étaient portés volontaires afin de renforcer les hôpitaux, Ehpad, Samu, officines, etc. Dans le Grand-Est, alors particulièrement touché par l’épidémie, l’Agence régionale de santé (ARS) avait même créé une plate-forme Internet de mise en relation afin de gérer au mieux les besoins et les renforts.

Une étude a été menée sur les étudiants en médecine de l’université de Strasbourg, particulièrement sur ceux de 2e à 6e année. Son but ? « A l’origine, le doyen de la faculté voulait valoriser leur engagement dans la lutte contre la pandémie, explique le Professeur Thierry Pelaccia, qui a dirigé ce travail. Cela nous a aussi permis de mesurer leur anxiété et voir si elle avait augmenté ou non avec la crise, d’autant que nous avions une base de comparaison qui datait de 2018. »

La population interrogée est sensiblement plus anxieuse avec le Covid-19

Près de 80 % des élèves interrogés ont répondu, soit 1.165 questionnaires exploitables. Pour un résultat assez prévisible : la population interrogée est sensiblement plus anxieuse avec le Covid-19. Les cas d’anxiété dite « élevée » ont doublé et ceux dite « sévère » ont presque quadruplé.

« Nous ne partions avec aucun a priori et les résultats nous ont surpris, précise le médecin, qui exerce en parallèle au Samu. Car oui, il y a une dégradation mais les chiffres qu’on a obtenus se retrouvent dans les fourchettes hautes des études d’anxiété sur les étudiants en médecine hors situation exceptionnelle. Ce qui n’était pas le cas ici. »

Surtout, et c’est peut-être le constat le plus important que les auteurs tirent de leur étude : l’anxiété touche moins ceux qui se sont portés volontaires pendant cette première vague. Sur les 1.165 interrogés, ils étaient 481 à être répartis dans les différents services d’Alsace, dont 243 qui avaient choisi d’être en première ligne.

« L’activité permet de préserver une certaine santé mentale »

« L’anxiété ne persiste de manière élevée et sévère que chez ceux qui sont restés chez eux, pas forcément par choix. L’idée n’est pas d’opposer d’éventuels héros à des planqués », ajoute Thierry Pelaccia, avant d’expliquer ces résultats. « Deux choses me semblent importantes. D’une part, face à une situation stressante, c’est l’activité qui permet de préserver une certaine santé mentale. D’autre part, ceux qui se sont engagés ont vu la situation comme une opportunité de développer de nouvelles compétences. »

Le professeur, dont l’étude a été publiée dans le journal scientifiqueInternal and
Emergency Medicine
, espère maintenant prendre de nouvelles mesures sur le sujet. Avec des résultats un brin prévisibles là encore. « La souffrance étudiante ne fait que de se dégrader depuis la première vague… »