Coronavirus : « 20 Minutes » répond à vos questions sur les vaccins contre le Covid-19

VOUS INTERROGEZ L’infectiologue Marie Lachâtre apporte son éclairage sur le sujet

Oihana Gabriel
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Dans un centre de vaccination à Lyon.
Dans un centre de vaccination à Lyon. — Bony
  • La vaccination s’est accélérée, avec l’ouverture le 18 janvier des injections aux plus de 75 ans et aux personnes qui souffrent d’une pathologie les rendant vulnérables au Covid-19 depuis.
  • Deux vaccins sont aujourd’hui disponibles en France : celui de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna.
  • 20 Minutes a proposé à ses lecteurs de poser leurs questions sur la vaccination, et voici des éléments de réponse.

Chaque jour, de nouvelles informations… et de nouvelles questions sur la vaccination contre le Covid-19. Pour certains, c’est la lueur au bout du tunnel. Pour d’autres, le sujet de toutes les suspicions. Pour être au plus près de ses lecteurs, 20 Minutes leur a proposé de poser leurs questions sur le sujet. Et répond aujourd’hui à certaines d’entre elles.

Françoise : « Si on a reçu une dose d’un vaccin X, la 2e dose doit être du même vaccin ou peu importe ? »

Non, il ne sera pas possible en France de mélanger les doses et de recevoir, par exemple, une première injection du vaccin de Pfizer et une deuxième du Moderna. Pourquoi ? « Pour des raisons de surveillance des effets secondaires », explique Marie Lachâtre, infectiologue au Centre d’Investigation Clinique en vaccinologie Cochin Pasteur à l’ hôpital Cochin (AP-HP). En effet, si jamais vous avez deux vaccins différents et que vous développez des effets secondaires, comment savoir lequel les a provoqués ?

D’autres internautes s’interrogent sur la durée entre les deux injections. « Aujourd’hui, nous essayons en France de respecter les 21 jours d’intervalle, souligne l’infectiologue. Dans la grande majorité des cas, le deuxième rendez-vous est fixé lors de la première injection. Si, pour X raisons, cette deuxième injection devait être repoussée (pénuries, problème de santé…), il est possible de la décaler jusqu’à J42 [42 jours après la première injection]. Dans les essais cliniques, les personnes qui avaient dû espacer les deux injections ne semblaient pas plus à risque de contracter le Covid-19. »

Voilà pourquoi Olivier Véran a annoncé le 14 janvier que le délai de trois semaines pourrait être rallongé. « Dès la première dose, on peut parler d’une réponse immunitaire au vaccin à partir de J10 ou J14, explique Marie Lachâtre. Le mieux est de respecter le délai de trois semaines pour Pfizer et de quatre semaines pour Moderna. Mais dans un contexte contraint, cela ne paraît pas déraisonnable d’allonger ce délai jusqu’à six semaines. Afin de vacciner un maximum de personnes vulnérables. »

Christian : « Ma belle-fille, qui a eu le Covid-19, n’est plus immunisée après six mois. Si c’est le cas, faudra-t-il faire un rappel de vaccin tous les six mois ? »

La question de la durée de l’immunité est particulièrement intéressante et complexe. « Aujourd’hui, on n’a pas encore suffisamment de recul pour connaître la durée de l’immunité vaccinale, explique l’infectiologue. Toute personne vaccinée aura un suivi et des études vont se mettre en place pour définir cette durée. » En effet, les essais cliniques ayant duré au maximum trois mois, impossible de dire pour le moment si les personnes sont protégées pendant des années…

« Après la phase 3 des essais cliniques, la surveillance du vaccin se poursuit par la mise en place de la phase 4 [après la commercialisation]. Cette étape permettra notamment de recueillir des données de pharmacovigilance et sur la durée de l’immunité, reprend-elle. C’est le processus habituel. Aujourd’hui, on sait que ces deux vaccins ont une efficacité assez incroyable [autour de 95 %] pour protéger les populations les plus vulnérables de la maladie. C’est pour cela qu’il a semblé urgent de vacciner au plus vite celles et ceux qui risquaient de développer un Covid-19 sévère ».

Frédérico : « Je souhaite savoir si les divers variants compromettent les vaccins actuels »

C’est l’inquiétude de nombre de chercheurs et de citoyens. Des études préliminaires montrent que le vaccin Pfizer est efficace contre le variant découvert en Angleterre. Ce qui n’est pas certain pour les variants découverts en Afrique du Sud et au Brésil. « L’avantage, avec les vaccins à ARN messager [le Pfizer et le Moderna], est que cette technique permet une production rapide de nouveaux vaccins le cas échéant, rassure Marie Lachâtre. Dès que la séquence génétique d’un nouveau variant est connue, on peut imaginer produire rapidement un nouveau vaccin adapté et efficace. » En quelques semaines, a assuré Pfizer.

Emeline : « Peut-on choisir son vaccin ? »

Pour le moment, la question ne se pose pas vraiment, car il n’y a, on l’a vu, que deux vaccins disponibles en France : celui de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna. L’agence de santé européenne étudie la demande de mise sur le marché d’un troisième vaccin, d' Astrazeneca. Il est donc envisageable qu’en février, un troisième vaccin soit proposé en France. Rappelons que l’Union européenne a précommandé six vaccins différents.

« Quand on doit vacciner des effectifs aussi importants à l’échelle mondiale, il ne semble pas possible de permettre à chacun de choisir, répond l’infectiologue. Mais la Haute Autorité de Santé pourrait établir des stratégies : tel groupe de population nécessiterait tel vaccin en fonction des données scientifiques. » Si, par exemple, l’Astrazeneca s’avérait efficace pour supprimer la transmission du coronavirus, mais peu utile pour éviter les formes graves, il serait sans doute plus adéquat de le prescrire aux jeunes. Ces éventuels choix, réalisés par les autorités sanitaires, devraient prendre en compte à la fois l’efficacité des vaccins, leur innocuité, l’accès pratique, leur coût…

Dan : « Je suis positif au virus, puis-je me faire vacciner en étant malade ? »

Non, les personnes qui sont en train de faire l’infection ne doivent pas être vaccinées. D’où l’intérêt de la consultation prévaccinale, pendant laquelle le médecin vous demandera si vous avez eu le Covid-19 et quand. « Après avoir fait l’infection, au-delà de trois mois, la balance bénéfice/risque est en faveur de la vaccination des personnes, y compris des asymptomatiques, reprend l’infectiologue. Avant trois mois, l’immunité post-maladie suffit à les protéger. »

Inutile donc de prendre rendez-vous si vous avez eu des symptômes depuis moins de trois mois ou que vous avez le Covid actuellement, le médecin refusera de vous vacciner. Et pour les cas contacts ? « On attend le (résultat du test) PCR à J7. S’il revient positif, on attend trois mois pour faire le vaccin. S’il est négatif, on peut être vacciné. »