Vaccination : Sixième dose, injections en fin de journée… Objectif « zéro-gaspi » pour les vaccins anti-Covid

CORONAVIRUS Alors que l’approvisionnement en vaccins anti-Covid devrait être tendu ces prochains mois, toutes les pistes permettant de réduire le gaspillage de doses sont explorées

Anissa Boumediene

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Alors que la demande de vaccin anti-Covid est très forte, l'objectif des autorités sanitaires est de limiter au maximum le gaspillage des doses.
Alors que la demande de vaccin anti-Covid est très forte, l'objectif des autorités sanitaires est de limiter au maximum le gaspillage des doses. — Soeren Stache/AP/SIPA
  • Alors que le vaccin de Pfizer est assorti de contraintes logistiques, le gouvernement, déjà critiqué pour la lenteur de la campagne vaccinale, a anticipé un risque de perte de « 25 à 30 % des doses ».
  • Pour limiter le gaspillage des vaccins, pour lesquels la demande est très forte et l’approvisionnement tendu, l’Agence européenne du médicament recommande désormais de prélever une sixième dose dans chaque flacon.
  • Et alors que chaque dose doit être administrée dans les six heures après préparation, il n’est pas question de ne pas utiliser les éventuelles doses restantes.

Après une certaine lenteur au démarrage, la campagne de vaccination anti-Covid doit progressivement atteindre son rythme de croisière en France. Avec le déploiement de 600 centres de vaccination d’ici à la fin janvier, l’ouverture avancée de la vaccination aux soignants de plus de 50 ans, aux  plus de 75 ans hors Ehpad et aux personnes ayant des pathologies à haut risque, l’objectif est d’immuniser le plus grand nombre de Français vulnérables le plus rapidement possible.

La diffusion du variant anglais, qui rend le coronavirus 50 à 74 % plus contagieux, et un possible rebond épidémique ajoute une pression supplémentaire sur l’exécutif, qui veut faire de cette campagne un modèle d’exemplarité. Exemplarité qui pourrait être contrariée par une demande de vaccin plus forte que le rythme des livraisons, et par un risque de perte de précieuses doses lié aux contraintes de conservation des deux vaccins disponibles. Alors, face à un risque d’approvisionnement tendu dans les mois à venir, l’objectif est simple : le « zéro-gaspi ».

Un taux de perte anticipé important

La bombe est lâchée le 3 janvier : un conseiller du Premier ministre Jean Castex, cité par Le Figaro, indique qu'« entre 25 et 30 % des doses de vaccin pourraient être perdues » en France en raison de problèmes logistiques. Selon cette estimation, cela signifierait une perte de 50 à 60 millions de doses sur les 200 millions commandées par Paris. Avec le vaccin Pfizer qui doit être conservé entre – 70 et – 80 °C, toute une logistique a dû être établie pour assurer le transport et le stockage sécurisé des doses. Et le risque de gaspillage guette à toutes les étapes. D’abord, toute rupture de la chaîne du froid affecte la sécurité et l’efficacité du vaccin, et rend tous les lots concernés bons à jeter à la poubelle. Le vaccin étant conditionné dans des flacons en verre, tout geste maladroit ne pardonne pas non plus.

Ce qui justifie les craintes de Matignon, c’est en effet le conditionnement du vaccin. « Ce sont des vaccins multidoses. Avec un flacon, on peut vacciner cinq voire six personnes, a précisé le Pr Odile Launay, infectiologue, coordinatrice du centre de vaccinologie Cochin-Pasteur et membre du comité vaccin Covid-19 à France Info. Ces vaccins peuvent être conservés au frigo pendant cinq jours quand ils sont envoyés dans les lieux de vaccination. En revanche, une fois préparés, ils doivent être utilisés dans les six heures ». Au-delà, le reste est jeté.

Un réservoir de 20 % de doses supplémentaires

Premier arrivé sur le marché, le vaccin Pfizer – BioNTech est donc livré en flacons multidoses. Chaque flacon de Comirnaty contient 0,45 ml de produit pur, à diluer avec 1,8 ml de chlorure de sodium, également fourni par Pfizer, par un préparateur. Soit 2,25 ml de produit « fini » à répartir en cinq doses. La dose à injecter étant de 0,3 ml par personne, il reste jusqu’à 0,75 ml de produit inutilisé par flacon. Largement de quoi administrer une sixième, voire une septième dose. Ce qui représente un réservoir de 20 % de doses supplémentaires.

Face à l’urgence, l’Agence européenne du médicament (EMA) a décidé d’autoriser le prélèvement de cette sixième dose. « Le Comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’EMA a recommandé de mettre à jour les informations sur le produit de Comirnaty afin de préciser que chaque flacon contient six doses du vaccin », a annoncé le régulateur européen dans un communiqué. De quoi considérablement accélérer les choses en France et dans le reste de l’Europe. « Des références sont transmises aux différents centres de santé pour extraire cette sixième dose », indique-t-on du côté du ministère de la Santé.

Pas de septième dose

L’EMA a toutefois averti que « si des seringues et des aiguilles standards sont utilisées, il se peut qu’il n’y ait pas assez de vaccin pour extraire une sixième dose d’un flacon », prescrivant l’utilisation de seringues appropriées. L’agence a également prévenu que si une dose complète de 0,3 ml n’est pas disponible dans le flacon après la cinquième dose, « le professionnel de santé doit jeter le flacon et son contenu », et ne pas mélanger les restes de « flacons multiples pour constituer une dose complète ».

Pas question donc d’emprunter la voie d’une septième dose dans un même flacon, comme le préconisent les autorités sanitaires israéliennes. Car en pratique, le vaccin de Pfizer est assez gras, et une petite partie de la dose, « le volume mort », reste sur les parois du flacon et de la seringue, ainsi que dans l’aiguille. D’où la nécessité pour le fabricant de prévoir une marge de sécurité pour anticiper cette perte. Autant de questions qui ne se poseront pas pour le vaccin de Moderna, qui sera livré prêt à l’emploi.

Vacciner des personnes non prioritaires avec les doses restantes

Avec des vaccins à ARN messager (le Pfizer/BioNTech et le Moderna) qui ne se conservent pas indéfiniment une fois sortis des congélateurs, même la possibilité d’extraire une sixième dose ne suffit pas à éviter le gaspillage. D’où l’importance de « bien organiser la prise de rendez-vous, avec des consultations prévaccinales effectuées en amont, insiste le Dr Luc Duquesnel, médecin généraliste et président du syndicat Les généralistes – Confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Un patient qui vient se faire vacciner sans consultation vaccinale préalable, cela ralentit le flux. Avec le risque que s’il ne peut être vacciné, par exemple en raison d’un risque allergique, son créneau ait été bloqué pour rien, et qu’au final la dose réservée soit perdue ».

Autre piste anti-gaspi : vacciner les personnes non prioritaires en fin de journée avec les doses restantes. Des Ehpad les proposent à leur personnel lorsqu’après le passage des résidents et des personnels de plus de 50 ans, la totalité des doses préparées n’a pas été utilisée. Idem dans des centres hospitaliers où ont été installés des centres de vaccination. « Administrer chaque fin de journée les doses restantes à des soignants non prioritaires est une bonne chose, estime le Dr Duquesnel. Il est hors de question de jeter des doses alors que l’on redoute déjà aujourd’hui une pénurie ».

Face à ce risque, l’Union européenne a conclu un accord pour l’acquisition de 300 millions de doses supplémentaires du vaccin Pfizer/BioNTech.