Coronavirus à Marseille : « L’angoisse du nouveau variant britannique » dans les hôpitaux

EPIDEMIE L’apparition d’un cluster à Marseille lié au variant britannique fait craindre une saturation dans les hôpitaux de la ville déjà bien occupés par les cas de Covid-19 et les autres malades

Mathilde Ceilles

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Une infirmière dans une unité Covid de la Timone
Une infirmière dans une unité Covid de la Timone — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Les soignants de l’AP-HM se préparent à une augmentation de cas lié au Covid-19.
  • L’inquiétude d’une saturation pointe alors que le variant britannique est présent à Marseille.

A l’Assistance publique des Hôpitaux ​de Marseille (AP-HM), certains ont les yeux rivés outre-manche et des sueurs froides sur le front. « Il y a l’angoisse du variant britannique, qui peut conduire à une saturation brutale des services, comme en mars ». Pas du genre alarmiste depuis qu’il est en première ligne, Lionel Velly, anesthésiste en réanimation dans une unité Covid à la Timone, ne cache pas ses craintes, alors qu’un cluster lié au variant britannique a été découvert le week-end dernier dans la deuxième ville de France.

« Si dans trois ou quatre semaines, le variant se développe ici, on sait que, même s’il n’est a priori pas plus dangereux, il va entraîner plus de contaminations, ce qui veut dire plus de patients à prendre en charge. En trois semaines, l’Angleterre est passé d’un taux d’incidence de 250 par 100.000, soit à peu près le taux d’incidence des Bouches-du-Rhône qui est à 211, à 1.000… »

« En espérant qu’on soit moins frappé que les Anglais »

« Je suis beaucoup plus inquiète sur la situation à venir que sur la situation actuelle, abonde Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM. On croise les doigts en espérant qu’on soit moins frappé que les Anglais. Mais on est lucide. On a eu une période vers l’été où on a eu l’impression de souffler. En septembre, ça a repris. Là, on imaginait que ça allait rebaisser et qu’il y a un risque particulier sur ce variant anglais. Les Anglais ont été frappés de plein fouet et on est très inquiets sur notre capacité à continuer à effectuer ce marathon. »

Il faut dire que, à l’heure actuelle, des patients atteints du coronavirus sont encore et toujours pris en charge à l’AP-HM. Selon un dernier bilan statistique communiqué par les hôpitaux marseillais, 120 personnes touchées par le Covid-19 étaient à l’AP-HM, dont 89 en hospitalisation et aux urgences. « Le problème majeur, c’est qu’on ne repart pas de zéro, confie Dominique Rossi, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HM. En juillet, à la fin de la première vague, on avait deux malades en réanimation. Aujourd’hui, on a un arriéré très important encore avec, depuis le 24 décembre, entre 30 et 35 malades en réanimation. Le bruit de fond Covid est toujours très important, et sur une crête haute. »

Un personnel épuisé

« On est face à une hausse d’admission de 1,5 %, constate Lionel Velly. On s’y attendait. On avait prévu, après les fêtes, à une montée en charge progressive. Les personnes contaminées sont essentiellement des résidents en EHPAD et des jeunes entre 20 et 30 ans. Le virus circule comme à la mi-août. » A cela s’ajoute également le flux de patients habituels, particulièrement élevé. « Généralement, la fin d’année est une période de forte activité, avec par exemple plus d’AVC hémorragiques », rappelle Lionel Velly.

« On fera face, affirme Dominique Rossi. Mon inquiétude, ce n’est pas le matériel ou les compétences. On a l’habitude. La vraie question est sur notre personnel, qui n’est pas complètement remis et qui doit tenir le choc. » « Les personnels sont fatigués physiquement, abonde Audrey Jolibois. Le moral n’est pas non plus au beau fixe. La troisième vague risque de submerger les troupes un peu dépitées. Tout le monde se demande : "Combien de temps cela va-t-il encore durer ?" »