Coronavirus : Un an après le premier décès officiel du Covid-19, les origines toujours floues du virus

ENQUETE L’enquête se poursuit pour savoir comment le Covid-19 a été transmis aux humains, mais elle est ardue

Rachel Garrat-Valcarcel

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Des visons élevés pour leur fourrure, au Danemark. (archives)
Des visons élevés pour leur fourrure, au Danemark. (archives) — Mads Claus Rasmussen/AP/SIPA
  • L’enquête pour trouver les origines du coronavirus fait du sur place, un an après le premier mort officiel de la pandémie.
  • Cette recherche est pourtant cruciale pour prendre des mesures de prévention.
  • Forte de son succès face à la pandémie, la Chine freine de quatre fers dans cette investigation.

Pangolin ? Chauve-souris ? Vison ? Italie ? Chine ? Depuis un an, et le premier décès officiel des suites du nouveau coronavirus en Chine, la course aux origines du Covid-19 est lancée. Pour l’instant, elle est toujours sans succès. Et les chances d’élucider ce mystère s’amenuisent à mesure que la Chine, dans les cordes il y a un an, reprend de la force. Alors que l’épidémie a quasiment (officiellement) disparu du pays, Pékin met le frein à main à toutes les initiatives internationales pour tenter de trouver comment le Covid-19 est arrivé jusqu’aux humains.

Une équipe de l’Organisation mondiale de la santé, qui aurait dû arriver en Chine la semaine dernière, a été bloquée au dernier moment, Pékin disant « négocier » encore avec l’OMS sur le déroulement de la mission. S’il est à peu près certain que l’épidémie a commencé à se manifester sur le fameux marché de Wuhan, cela ne veut pas dire que le virus a été transmis pour la première fois aux humains au même endroit. Le fait que le virus était très contagieux lors de son signalement en décembre 2019 signifie qu’il circulait déjà depuis longtemps. « Il n’est absolument pas plausible » que le virus ait pris naissance au marché de Wuhan, dit même l’épidémiologiste Daniel Lucey, de l’université Georgetown à Washington à l’AFP. « Il est apparu naturellement plusieurs mois auparavant, peut-être un an avant, peut-être même encore plus tôt ».

Une découverte fondamentale

Et découvrir les origines du virus est crucial : cela permettrait d’orienter les mesures de prévention vers certaines espèces animales, d’interdire leur chasse ou leur élevage et d’éviter les interactions avec l’homme. « Si nous parvenions à comprendre pourquoi [les épidémies] apparaissent, nous pourrions combattre leurs vecteurs », plaide Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance, une association basée aux Etats-Unis et spécialisée dans la prévention des maladies, auprès de l’AFP.

Le nouveau coronavirus est une zoonose qui est d’abord apparue chez un animal : la chauve-souris. Mais, comme le précise Le Parisien Dimanche, le virus ne peut pas passer directement de la chauve-souris aux humains. Il faut donc retrouver le ou les animaux « supports » qui ont mené le virus à devenir contagieux pour l’espèce humaine. Au printemps dernier, on a beaucoup glosé sur le pangolin, qui serait finalement peut-être « innocent ». Aujourd’hui, l’enquête s’oriente plutôt vers le vison.

La piste des visons

La fin de l’année 2020, avant la panique autour des variants sud-africains et britanniques, plus contagieux, a en effet été occupée par les contaminations massives dans des élevages de visons d’Amérique, notamment au Danemark. A tel point que les spécialistes en viennent à se demander si le pont entre les chauves-souris et les humains ne serait pas à chercher par ici, les chauves-souris pouvant très bien nicher dans les hangars d’élevage de ces mammifères. « Ce qui est intrigant c’est à quel point la maladie semble passer de l’homme au vison et réciproquement, comme si le chemin était déjà tracé », note Alexandre Hassanin, zoologue au Muséum national d’histoire naturelle dans Le Parisien Dimanche.

Cette théorie paraît aussi cohérente avec une naissance en Chine : c’est le premier producteur mondial de fourrure. Mais l’Italie aussi produit beaucoup de fourrures de visons, et notamment l’Italie du nord, où l’épidémie a émergé en Europe. Assez pour que la Chine insinue que le virus ne vient peut-être pas de chez elle. D’autant plus qu’au printemps 2020, on l’a oublié, mais le variant italien a vite supplanté le variant chinois. « Je trouve cette hypothèse moins solide. La Lombardie est aussi une région d’échanges intenses avec la Chine », pense Jean-Luc Angot, président de l’Académie vétérinaire de France, dans Le Parisien.

« Je suis convaincu qu’on finira par trouver l’espèce de chauve-souris qui l’a transmis ainsi que la voie probable de contamination », espère auprès de l’AFP Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance, une association basée aux Etats-Unis et spécialisée dans la prévention des maladies. « On n’en aura jamais la certitude mais on aura sûrement des preuves solides. » Mais la question de l’espèce est secondaire pour la biologiste Diana Bell, de l’Université d’East Anglia au Royaume-Uni. « La source importe peu : il faut simplement mettre fin à ce satané mélange d’espèces dans les marchés. Il faut arrêter le commerce d’animaux sauvages destinés à l’alimentation. »