Coronavirus : Y a-t-il un risque de pénurie de vaccins anti-Covid en France ?

VACCINATION Alors que la campagne vaccinale contre le Covid-19 s’accélère en France, la question du nombre de doses de vaccin disponibles se pose

Anissa Boumediene

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Illustration d'un patient recevant le vaccin de Pfizer-BioNTech à l'Hotel-Dieu, à Paris, le 2 janvier 2021.
Illustration d'un patient recevant le vaccin de Pfizer-BioNTech à l'Hotel-Dieu, à Paris, le 2 janvier 2021. — Lewis Joly / JDD/SIPA
  • Critiqué pour sa gestion de la campagne vaccinale contre le coronavirus, le gouvernement a décidé d’élargir la vaccination à un plus grand nombre de personnes.
  • Mais cette accélération fait naître la crainte d’une pénurie de vaccins.
  • Pour l’opposition, la France aurait dû passer des commandes supplémentaires en plus de celles effectuées via l’Union européenne.

Le gouvernement passe la deuxième. Sous le feu des critiques, l’exécutif a décidé d’accélérer la campagne vaccinale contre le Covid-19, jugée trop lente. Si au cours de la première phase, la stratégie établie par le gouvernement prévoyait de vacciner en priorité les résidents d’Ehpad et leurs soignants, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a fait marche arrière et annoncé l’élargissement  à tous les soignants – hospitaliers et de ville, pompiers et aides à domicile de plus de 50 ans. Ainsi qu’à l’ensemble des plus de 75 ans d’ici à la fin janvier.

Soit beaucoup plus de monde que prévu. De quoi susciter la crainte d’une pénurie. Y aura-t-il suffisamment de vaccins pour tout le monde ? Le gouvernement en a-t-il commandé assez ?

Des commandes jugées insuffisantes par l’opposition

Dans l'opposition, des voix s’élèvent pour dénoncer le manque d’anticipation et de clarté du gouvernement et le risque de pénurie qui est à craindre, alors que plusieurs millions de Françaises et de Françaises peuvent dès aujourd’hui prétendre à la vaccination. « Je ne comprends rien à cette campagne, tout cela est aberrant », a lancé le maire LR d’Orléans, Serge Grouard. Mardi matin, c’est Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, qui pointait « l’urgence » de la situation avec « la menace d’une troisième vague », qui pourrait être renforcée par l’arrivée dans l’Hexagone du variant britannique du coronavirus [qui rend la maladie plus contagieuse], craignant que le gouvernement n’ait pas commandé assez de vaccins.

« Dites-nous la vérité ! Combien de doses ont été commandées exactement par la France ? », s’est-il interrogé mardi matin sur RTL. « J’ai ce désagréable sentiment qu’il y a une pénurie de vaccins, un manque de commandes et qu’on est en train, encore une fois, d’avoir une doctrine qui est fixée par la pénurie », a-t-il ajouté, taclant au passage le gouvernement sur sa gestion des masques au printemps. Des critiques également formulées par le chef de file des députés LR. « Il y a des doses », mais « de manière insuffisante », a renchéri sur LCI Damien Abad, qui estime que l’exécutif « trompe les Français en faisant la confusion entre doses et vaccins ».

Des commandes françaises passées via l’UE

Mais combien en a-t-elle, la France, de doses de vaccins ? Combien en a-t-elle commandé ? Et par quel moyen ? Comme les autres Etats membres, c’est par la voie de l’Union européenne (UE) qu’elle a passé ses commandes. La Commission européenne a ainsi commandé en 2020 quelque 2 milliards de doses, pour une population totale de 450 millions de personnes, auprès de six laboratoires pharmaceutiques, ne sachant alors pas quels vaccins seraient disponibles en premier. Dans ces précommandes européennes, 300 millions de doses ont été réservées auprès de Pfizer-BioNTech, premier laboratoire dont le vaccin a été autorisé par l’Agence européenne du médicament, et réparties au prorata de la population de chaque Etat membre. Soit environ 15 % des commandes qui reviennent à la France, et dont la livraison s’échelonnera sur plusieurs mois, à raison d’un demi-million de doses livrées chaque semaine.

Si à ce jour, la France n’a vacciné que 7.000 personnes, elle disposait mercredi d’un million de doses du vaccin de Pfizer-BioNTech. Mais avec un million de résidents et de personnels de santé dans les Ehpad, et quelque 5 millions de personnes âgées de plus de 75 ans, les stocks suffiront-ils pour administrer les deux doses nécessaires ? Ensuite, le gouvernement remplira-t-il son objectif de vacciner 27 millions de personnes d’ici à cet été ? « Est-ce que la France ne doit pas passer des commandes en plus de la commande européenne, ce que visiblement nos voisins allemands ont pu faire ? », a proposé Xavier Bertrand, jugeant que « l’Europe est en retard là-dessus ». Et il n’y a pas qu’en France que cette stratégie européenne de vaccination ne fait pas l’unanimité. Outre-Rhin, la polémique gronde. Ainsi en Allemagne, qui a pourtant vacciné plus de 315.000 personnes contre le Covid-19, on craint aussi une pénurie. L’opinion reproche à Angela Merkel d’avoir « trop compté sur l’Union européenne » pour s’approvisionner. Et un responsable du SPD, le parti social-démocrate, a en outre accusé la France d’avoir fait pression sur l’UE pour qu’elle commande moins de doses du vaccin BioNTech-Pfizer au profit du vaccin français de Sanofi.

Plusieurs autres vaccins bientôt disponibles

A Paris, l’exécutif se défend. « La stratégie vaccinale ne peut pas reposer sur un seul vaccin. D’où l’importance d’avoir fait ce travail européen qui nous garantit l’accès à six vaccins au moins », a estimé mercredi le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, sur CNews. « Six contrats ont déjà été signés, ça fait plus de deux milliards de doses, c’est considérable. Cela permet de couvrir toute la population progressivement, donc il n’y aura pas de pénurie mais tout n’arrivera pas en un seul jour », a-t-il ajouté, rappelant que le gouvernement souhaitait passer une commande allant « au-delà des 300 millions de doses » déjà commandées et réservées. « Il est absurde d’opposer les pays et laboratoires entre eux, tous les pays ont besoin de tous les vaccins, pour vacciner le maximum de personnes d’ici à l’été, a-t-il ajouté. Le cadre européen nous aide à cet égard : il nous permet un accès garanti et moins cher à tous les vaccins ».

Pour l’heure, la France peut compter, on l’a dit, sur la livraison de 500.000 doses du vaccin Pfizer/BioNTech chaque semaine, auxquelles devraient s’ajouter 200.000 doses « le premier mois », puis « 500.000 par mois » du vaccin de l’Américain Moderna, qui a été validé ce mercredi par l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Commission européenne, et qui attend maintenant le feu vert de la Haute Autorité de santé (HAS) en France.

Plusieurs autres vaccins devraient progressivement arriver sur le marché européen. Celui du laboratoire britannique AstraZeneca, déjà autorisé et administré au Royaume-Uni, et qui a l’avantage de se conserver beaucoup plus facilement que les vaccins à ARN messager de Pfizer et Moderna. Puis celui du laboratoire belge Janssen, ainsi que celui de la start-up allemande CureVac. Le vaccin français de Sanofi-GSK, lui, ne devrait pas être prêt avant la fin de l’année.