Vaccination : « Les Français ont besoin de transparence et il faut y répondre », lance le docteur Joëlle Micallef

PANDEMIE La pharmacologue marseillaise Joëlle Micallef est chargée par l'ANSM de recenser et analyser les effets indésirables du vaccin contre le coronavirus 

Propos recueillis par Mathilde Ceilles

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Vaccination à l'Ehpad des Magnolias, à Loos (Nord), lundi 28 décembre 2020.
Vaccination à l'Ehpad des Magnolias, à Loos (Nord), lundi 28 décembre 2020. — AFP
  • La pharmacologue marseillaise Joëlle Micallef est chargée par l'agence nationale de sécurité du médicament d’analyser les effets indésirables du vaccin contre le coronavirus.
  • Une mission qu’elle entend mener en toute transparence et indépendance pour rassurer les Français sur ce sujet.

S’il y a le moindre pépin, c’est pour elle. Joëlle Micallef, directrice du Centre régional de pharmacovigilance Marseille-Provence-Corse au sein de l’AP-HM a été chargée, avec un confrère bordelais, de recenser et analyser tous les effets indésirables graves du vaccin Pzifer- Biotech contre le coronavirus, semaine après semaine. Alors que la campagne de vaccination s’intensifie, la professeur marseillaise en pharmacologie revient pour 20 Minutes sur son rôle et l’enjeu de cette mission que lui a confié l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

En quoi consiste très concrètement votre rôle de rapporteur ?

Il s’agit de faire l’analyse chaque semaine de tous les cas d’effets indésirables du vaccin survenus en France. On reçoit tous les jours des signalements, traités et documentés au préalable par les centres régionaux de pharmacologie. Moi, en tant qu’experte nationale, je fais la synthèse de tous les cas que je vais avoir tous les jours. Notre métier n’est pas tant de recenser, comme un comptable. On a avant tout un rôle médical : comme un médecin face à un symptôme questionne son patient, on va investiguer à partir des éléments transmis. Ensuite, on fait remonter ces analyses chaque semaine lors d’une réunion avec l’agence du médicament pour avoir une discussion scientifique sur ces questions, au regard des données cliniques et des informations qu’on recueille de par le monde.

Cela veut dire que vous vous attendez à faire face des effets indésirables ?

La pharmacologie est un système ouvert : nous n’avons pas d’a priori dans un sens comme dans un autre. Il y aura peut-être des choses qui nous seront remontées. C’est évident que plus on a de personnes vaccinées, plus on risque d’avoir des remontées, par un simple effet chronologique. Mais nous allons réaliser un travail d’investigation, en tant que pharmacologue, pour dire si tel ou tel effet est bien lié au vaccin. Il faut être très prudent. On peut attribuer à tort des maladies au vaccin, alors que la vie continue, et qu’on peut contracter d’autres maladies dans d’autres circonstances. Ce sont des choses qu’on a l’habitude de faire et qui permettent de diminuer l’incertitude.

Pourquoi mettre en place un tel système ?

Ce n’est pas un système nouveau : en France, cela fait 40 ans qu’on a ce système de pharmacologie pour des médicaments, qui permet de faire des points réguliers sur les médicaments dès qu’ils arrivent et faire remonter les effets graves à l’agence européenne du médicament. Là, pour le vaccin, il a été décidé de mettre en place un dispositif renforcé. Les Français ont besoin de transparence, c’est une demande légitime sur cette question. Ce qu’ils veulent, c’est avoir des informations validées par des experts indépendants, dans un monde où il y a des fake news. Il faut répondre à cette attente de la meilleure façon possible en dissipant les malentendus et remettant de la sérénité dans tout ça, en se fondant sur des faits. Or, quand on est pharmacologue, on travaille en toute indépendance, dans une structure publique qui n’a pas de lien de près ou de loin avec les laboratoires. On est droit dans nos bottes depuis des années.

Quels sont les premiers retours que vous avez sur les effets du vaccin ?

Pour l’instant, on reçoit les choses au fil de l’eau. La campagne s’est intensifiée. Il faut donc voir si cela fait remonter des effets nouveaux graves ou inattendus. Au moment où je vous parle, on n’a pas reçu des choses dans ce sens. Nous allons rédiger une synthèse pour cette semaine. On se réunit demain avant la publication d’un communiqué en fin de semaine, et le bulletin sera disponible sur le site de l’agence du médicament.