Coronavirus : « Je vais enfin travailler plus sereinement ! »… A l’hôpital Saint-Joseph, les premiers soignants vaccinés disent leur soulagement

REPORTAGE Ce mercredi matin, certains soignants de l’hôpital Saint-Joseph, à Paris, pouvaient être vaccinés contre le Covid-19

Oihana Gabriel

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Mercredi 6 janvier 2021, une infirmière de l'hôpital Saint-Joseph vaccine sa collègue contre le Covid-19.
Mercredi 6 janvier 2021, une infirmière de l'hôpital Saint-Joseph vaccine sa collègue contre le Covid-19. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • Depuis samedi, Olivier Véran a autorisé les soignants de plus de 50 ans à recevoir les premières doses du vaccin Pfizer-BioNTech.
  • Mercredi matin, certains soignants de l’hôpital Saint-Joseph tendaient leur bras à l’infirmière pour être vacciné.
  • Ils expliquent combien ce vaccin représente un espoir pour eux. Et comment les soignants peuvent devenir les ambassadeurs pour renouer la confiance entre citoyens français vigilants et vaccins commercialisés rapidement.

« Quel pied ! » A peine sa chemise remise, Jean-Jacques Mourad, 54 ans, chef de service de médecine interne de l’hôpital Saint-Joseph, dans le 14e arrondissement de Paris, se félicite d’avoir pu recevoir la première dose du vaccin Pfizer-BioNTech. Dans un bureau transformé en mini vaccinodrome, ce mercredi matin, quelques soignants font la queue pour se faire vacciner. Et ils ne se font pas prier… Depuis samedi et l’annonce par Olivier Véran de l’élargissement de la vaccination aux soignants de plus de 50 ans (alors que les recommandations de la Haute Autorité de Santé limitaient cet accès aux soignants atteints de comorbidité ou âgés de plus de 65 ans pendant la première phase), certains hôpitaux se sont mis en ordre de marche.

« Allez, au suivant », encourage l’infirmière qui insère délicatement l’aiguille dans le bras des volontaires. Elisabeth Diment, retraitée en vacation au laboratoire de l’hôpital, attend sagement, l’épaule dénudée. « Personne ne vient me tenir la main ? », ironise la sexagénaire à l’attention des soignants, masqués et parfois coiffés d’une charlotte, qui attendent leur tour.

« Ce vaccin, ça vaut toutes les légions d’honneur »

« Je vous mets un petit pansement ? » demande l’infirmière à Marguerite Géraud, 30 ans, qui a pu bénéficier de cette première injection car elle souffre d’une pathologie faisant d’elle une personne à risque. « C’est fait ? J’ai rien senti, vous êtes très douée ! », salue cette dernière. Puis les vaccinés répondent aux questions d’Ondene Ndomdasi, cadre du laboratoire de l’hôpital, qui remplit le formulaire du Système d'information Vaccin Covid, nécessaire pour assurer la traçabilité des doses. Nom, prénom, coordonnées, date de la première injection pour bien définir le rappel dans trois semaines, numéro de lot du vaccin… Charge ensuite à l’Assurance maladie de faire le suivi. En deux minutes, les soignants ressortent soulagés. Pas besoin, donc, de poser une RTT ou de laisser en plan les patients.

Juste après l'injection, une cadre de l'hôpital remplit le formulaire de SI Vaccin Covid, qui assure la traçabilité des doses.
Juste après l'injection, une cadre de l'hôpital remplit le formulaire de SI Vaccin Covid, qui assure la traçabilité des doses. - O. Gabriel / 20 Minutes

Pour beaucoup de ces soignants, qui ont accepté de se faire vacciner parmi les tout premiers, c’est une chance. « On a travaillé et on continue de soigner des patients Covid, insiste Jean-Jacques Mourad. Les voir mourir, parfois des patients de mon âge, ça remue. J’ai deux enfants de 5 et 6 ans, j’adore mon métier, mais je préfère le faire sans avoir l’angoisse de laisser deux orphelins. Je me suis même empêché de les voir pendant deux mois lors de la première vague… D’ici à trois semaines, avec la deuxième injection, je vais enfin travailler plus sereinement. Ce vaccin, ça vaut toutes les légions d’honneur, c’est la plus belle des récompenses pour tous les soignants en première ligne. » Si la peur au ventre va sans doute disparaître, les gestes barrières devront perdurer encore quelques mois. Benoît Pilmis, 36 ans, infectiologue, n’est pas là pour tendre son bras mais pour répondre aux questions des soignants. « Les données actuelles sont rassurantes mais pas formelles sur l’impossibilité de transmettre le virus après le vaccin, il faudra donc garder le masque ».

Un rôle d’ambassadeur

Pour beaucoup de ces vaccinés, les soignants ont un rôle d’ambassadeurs face à la défiance vis-à-vis des vaccins contre le Covid-19. « C’est un engagement citoyen, il faut absolument qu’on sorte de cette pandémie », assure Anne Larinier, 59 ans, coordinatrice paramédicale.

A l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, mercredi 6 janvier 2021, certains soignants de plus de 50 ans se sont faits vacciner.
A l'hôpital Saint-Joseph, à Paris, mercredi 6 janvier 2021, certains soignants de plus de 50 ans se sont faits vacciner. - O. Gabriel / 20 Minutes

Et comme donner l’exemple s’applique à tous, Jean-Patrick Lajonchère, le directeur du Groupe hospitalier Saint Joseph fait partie des premiers vaccinés. « Il paraît qu’on va avoir des dents qui poussent partout… », ironise-t-il, moquant les angoisses décuplées de certains. « C’est important d’embarquer les soignants dans la campagne vaccinale, de les convaincre d’être des porteurs de messages, appuie le directeur. La voix d’un ministre est importante, la voix de centaines de milliers de soignants, c’est une résonance dans toute la France. On ne pouvait pas rêver meilleurs vœux… »

Pour le Groupe hospitalier Saint Joseph, présent sur deux sites, il y avait donc une première session ce mercredi à 9h dans le 14e, et une seconde à 14h à l ’hôpital Marie-Lannelongue, au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine). La campagne durera dix jours, à raison de 250 vaccinations quotidiennes pour couvrir les quelque 2.000 soignants volontaires. Car l’injection est une option, désirée ardemment par certains, mais pas par tous. « On va faire ce qu’on peut pour donner envie, mais il n’y aura pas d’obligation, promet Jean-Patrick Lajonchère. Les soignants, c’est un corps social représentatif des Français : on a eu 50 % de favorables et vraiment ravis et 20 % environ qui nous ont dit "merci d’avoir commencé vite, mais on va attendre un peu avant de le faire"… »

Un choix respecté ? Oui, aux dires des soignants que nous avons pu interroger. « Il n’y a aucune pression, assure ainsi Elisabeth Diment. J’ai une collègue de 40 ans qui n’a pas envie pour le moment. J’accepte cette prudence, sans vraiment la comprendre. On a vu dans l’Histoire que les vaccins permettent d’éteindre les épidémies. J’ai 64 ans, mon mari 68, je m’occupe de ma mère de 88 ans, alors j’ai sauté sur l’occasion et je ferai campagne auprès de mes fils pour qu’ils se fassent vacciner. » 

Même enthousiasme du côté de Frédérique Perrotte, sage-femme de 51 ans. « C’est une protection pour moi, les miens, et les plus vulnérables. On voit bien que les gestes barrières, même bien respectés, ne suffisent pas. La troisième vague ne va pas tarder… » Ondene Ndomadasi, toujours penchée sur le fichier de traçabilité, l’interrompt. « Vous avez déjà eu le Covid ? » « Oui, en mars. Et même si je n’ai pas été très malade, je n’ai pas tellement envie de recommencer… C’est marrant comme ce vaccin, qui a tout de même été testé, évalué par plusieurs agences, dans le monde entier, suscite autant de craintes, alors que ce qu’on mange tous les jours, ce qu’on respire, ça ne pose pas de problème ! » Et la sage-femme de conclure avec philosophie : « La vie est un risque. Entre le risque Covid et le risque vaccin, j’ai choisi ! »