Vaccination : Faut-il retarder l'administration de la deuxième dose du vaccin de Pfizer contre le Covid-19 ? Les experts sont partagés

FAKE OFF Le Royaume-Uni, le Danemark et désormais la France ont choisi de retarder l'injection de cette dose afin de vacciner, même partiellement, un plus grand nombre de personnes contre le Covid-19. Une stratégie qui divise les experts

Mathilde Cousin

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Des doses du vaccin de Pfizer/BioNTech sont transportées, le 27 décembre 2020.
Des doses du vaccin de Pfizer/BioNTech sont transportées, le 27 décembre 2020. — Thomas Samson/AP/SIPA
  • Le premier vaccin contre le coronavirus à avoir été autorisé en Europe, développé par les laboratoires Pfizer et BioNtech, a la particularité d'être inoculé en deux doses à trois semaines d'intervalle.
  • Les Etats-Unis respecteront les recommandations issues des essais cliniques des fabricants, a expliqué le docteur Anthony Fauci. Ce n’est pas la stratégie adoptée par le Royaume-Uni, qui fait face à une variante plus contagieuse du Covid-19, ni celle du Danemark, qui ont choisi de retarder la deuxième injection afin de vacciner, même partiellement, un plus grand nombre de personnes. La France a également fait ce choix, a annoncé Olivier Véran jeudi 7 janvier.
  • Selon Public Health England, l'agence anglaise de santé publique, l’efficacité du vaccin est de 89 % 15 à 21 jours après l’injection de la première dose. Elle monte à 95 % après la deuxième injection.

Edit du 7 janvier à 18h45 : ajout de la décision de la France de retarder l'injection de la deuxième dose annoncée par Olivier Véran

Y a-t-il un risque de diminuer l’efficacité du vaccin de Pfizer et BioNTech contre le Covid-19 en retardant l’injection de la seconde dose ? Si les deux laboratoires recommandent de procéder à la seconde injection 21 jours après la première, plusieurs pays ont choisi de décaler l’injection de cette seconde dose afin d’offrir une couverture, même partielle, à un plus grand nombre de leurs citoyens.

C’est notamment la stratégie adoptée par le Royaume-Uni, où les vaccinés pourront patienter jusqu’à 12 semaines avant de recevoir la seconde dose, et au Danemark, où ce délai pourra s’étendre à six semaines. L’Allemagne pourrait aussi adopter cette stratégie.

En France, le délai pourra être allongé jusqu'à six semaines

Ce jeudi, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a précisé jeudi soir qu'en France ce délai d'injection pourrait être « différé » jusqu'à six semaines, afin « de disposer de davantage de doses disponibles tout de suite. » Cette extension est « sans risque » et « sans perte d'efficacité », a-t-il soutenu.

BioNTech a publié une mise en garde lundi, prévenant que « l’efficacité et la sécurité du vaccin n’ont pas été évaluées pour d’autres calendriers de dosage ». L’efficacité du vaccin est de 89 % 15 à 21 jours après l’injection de la première dose, selon Public Health England, l’agence anglaise de santé publique, citée par le British Medical Journal. Elle monte à 95 % après la deuxième injection, d’après les données des essais cliniques.

Dans un contexte où la demande pour le vaccin excède pour le moment les capacités de livraison, plusieurs spécialistes se sont penchés sur cette question. Des experts du groupe sur la vaccination de l’OMS recommandent d’administrer la deuxième dose « dans un délai de 21 à 28 jours », mais que celle-ci pouvait être retardée « dans des circonstances exceptionnelles de contextes épidémiologiques et de contraintes d’approvisionnement ». Kate O’Brien, directrice du département « immunisation et vaccination » de l’organisation internationale, a prévenu toutefois que ce décalage ne pouvait pas dépasser six semaines.

Aux Etats-Unis, le docteur Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et maladies infectieuses, a indiqué le 1er janvier dans une interview à CNN que son pays suivrait les recommandations issues des essais cliniques. Lundi, c’était au tour de la FDA  de recommander de suivre les préconisations des fabricants. L’organisme fédéral, chargé d’autoriser la commercialisation des médicaments, prévient qu’un changement dans l’administration de la deuxième dose, que ce soit pour le vaccin de Pfizer ou celui de Moderna, qui vient d’être approuvé par l’Agence européenne des médicaments et requiert également une deuxième dose après 28 jours, est « prématuré » et « n’est pas solidement ancré dans les preuves disponibles ».

L’Agence européenne des médicaments préconise de ne pas dépasser 6 semaines

L’agence américaine ajoute que 98 % des participants aux essais cliniques du vaccin de Pfizer-BioNTech et 92 % de ceux des essais pour le vaccin de Moderna ont reçu une dose au bout de respectivement 21 ou 28 jours, ne permettant pas de savoir quelle serait l’efficacité de la première dose au-delà de ces délais.

L’Agence européenne des médicaments, pour sa part, préconise de ne pas reculer l’injection de la deuxième dose au-delà de 42 jours (soit six semaines), rapporte l’agence de presse Reuters.

Débat entre médecins au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, la décision fait débat. Une association de médecins britanniques a souligné plusieurs difficultés créées par ce report, dont celle de réorganiser des rendez-vous pour des patients âgés.

Independent SAGE, un groupe de médecins organisé comme une réponse au comité scientifique qui conseille le gouvernement britannique, soutient toutefois ce changement, soulignant que la campagne de vaccination débute alors qu’un nouveau variant du Covid-19 se répand dans le pays. Celui-ci est « substantiellement plus transmissible » que les variants antérieurs. La pandémie est « hors de contrôle » et le système de santé britannique, le NHS, « est en difficulté », soulignent-ils. La vaccination d’un grand nombre de personnes, ainsi qu’une autre batterie de mesures, telles que des restrictions de circulation, sont, selon ce groupe, les armes pour limiter la diffusion de nouveau variant.