Vaccination : Peut-on espérer un effet boule de neige dans l’adhésion aux vaccins contre le Covid-19 ?

EPIDEMIE Selon une récente étude, plus le nombre de personnes vaccinées augmente, plus le reste de la population adhère au vaccin. Un phénomène à espérer en France ?

Jean-Loup Delmas

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La vaccination en France aura-t-elle plus d'adhésion avec un grand nombre de vaccinés ?
La vaccination en France aura-t-elle plus d'adhésion avec un grand nombre de vaccinés ? — Martin Bureau/AP/SIPA
  • 58 % des Français ne veulent pas se faire vacciner contre le coronavirus, selon un sondage Odoxa-Backbone consulting publié ce dimanche.
  • Comment lutter contre cette défiance ? Selon une étude reprise par le « New York Times », en vaccinant massivement, on augmenterait l’adhésion de la population et on convaincrait les sceptiques.
  • Comment expliquer un tel effet boule de neige ? Peut-il aussi se produire en France ?

Demain, les Français seront-ils massivement pro-vaccin ? Selon une étude de Gallup reprise par   le New York Times, la vaccination contre le coronavirus présente un effet boule de neige : plus le nombre de personnes vaccinées augmente, plus la population adhère au vaccin et souhaite se faire vacciner. Ainsi, le média rapporte qu’aux Etats-Unis, le pourcentage de personnes favorables à la vaccination est passé de 50 % à 73 % depuis le début de la vaccination massive.

Or en France, pour le moment, la tendance est à l'opposé. Le gouvernement justifie la lenteur très critiquée de la vaccination dans le pays par la défiance de la population. Le ministre de la Santé Olivier Véran et Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale anti Covid-19, ont ainsi indiqué que ce rythme de vaccination peu élevé était dû au scepticisme des Français, et servait à rassurer la population, en évitant l’image d’une vaccination à la hâte ou à marche forcée.

La population en attente d’exemple

Et en effet, selon un sondage Odoxa-Backbone consulting pour franceinfo et Le Figaro, réalisé les 22 et 23 décembre et publié ce dimanche, 58 % des Français ne veulent pas se faire vacciner. Une réticence en augmentation de huit points par rapport au précédent sondage datant d’il y a un mois.

Peut-on espérer une adhésion plus importante en France en cas d’accélération de la vaccination ? Oui, à en croire Christian Lehmann, médecin retraité actif qui constate que depuis quelques semaines, ses patients lui demandent systématiquement : « Et vous, le vaccin, qu’est-ce vous en pensez ? Qu’est-ce que vous allez faire ? » La preuve pour lui que la population est avant tout en recherche d’exemples et de comparaisons avant de se lancer elle-même. Il poursuit : « Au fur et à mesure qu’on vaccine des gens, il y aura une preuve supplémentaire que les effets indésirables sont rarissimes, et on s’attend à constater que le vaccin diminue la contamination du virus… Les gens verront les effets bénéfiques dans le réel, ce qui les convaincra. »

Des ambassadeurs du vaccin

Même prophétie chez Hélène Rossinot, médecin et spécialiste de santé publique : « Plus on vaccinera et plus le constat qu’il n’y a pas d’effets secondaires graves et que tout se passe bien convaincra les sceptiques et les craintifs. »

Au-delà des chiffres, Christian Lehmann pense également que les personnes vaccinées deviennent – volontairement ou non – des ambassadeurs du vaccin. « En racontant que ça s’est bien passé, que les effets secondaires se sont arrêtés à de la fièvre quelques jours ou un petit mal de tête, elles promeuvent à leur entourage le vaccin. » De fait, plus il y a de personnes vaccinées, plus il y a de facto de promotion : l’effet boule de neige est là.

Bien choisir les exemples

Et c’est là que le choix des personnes vaccinées devient capital. Christian Lehmann toujours : « Il est d’autant plus important que les médecins de ville se vaccinent, car ils ont une réelle influence sur les choix de santé de leurs patients, et sont souvent pris comme modèle et référence auprès d’eux. Ce que le médecin de ville fait est souvent reproduit par ses patients. »

La même logique s’applique pour les vaccinations des politiques ou des soignants en général. D’autant plus qu’au-delà de donner l’exemple, cela peut aussi chasser quelques peurs complotistes. « Il y a un tel délire actuel sur un vaccin tueur ou une arnaque qui ne seraient appliqués qu’aux populations pauvres que voir les soignants en France réclamaient le vaccin et se battre pour l’avoir va forcément mettre du plomb dans l’aile à cette idée », appuie le médecin.

Désaveu de la stratégie française

La stratégie française pourrait donc ne pas être la bonne. « En voulant se montrer lent pour rassurer les sceptiques et les complotistes, on ne fait que leur donner du grain à moudre. Pourquoi vaccine-t-on si peu ? De quoi a-t-on peur ? Attend-on de voir comment cela se déroule dans les autres pays parce qu’on craint quelque chose ? C’est l’image que cela donne, alors qu’on a aucune raison d’avoir peur et que toutes les études montrent l’efficacité et l’innocuité du vaccin », estime Hélène Rossinot.

Même si les autres pays pourraient bien servir d’effet boule de neige, au-delà des chiffres selon la spécialiste de santé publique : « Quand on verra les Israéliens (pays qui vaccine le plus vite sa population) aller au bar, au restaurant ou en boîte de nuit pendant qu’on sera confinés, la population adhérera massivement au vaccin, pour retrouver cette vie. »

Pourtant, si l’exemple est nécessaire, il ne suffira pas. « Il faut accompagner le tout de pédagogie, d’explications, de transparence, de communication. » Et là non plus, ce n’est pas le point fort du gouvernement en période de crise sanitaire.