Coronavirus : Le variant anglais est-il plus dangereux pour les enfants ?

EPIDEMIE L’Angleterre et l’Ecosse ont annoncé lundi soir un confinement strict, avec fermeture des écoles. Ce qui alimente les inquiétudes en France, où le variant britannique circule déjà

Oihana Gabriel

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Des parents devant une école primaire à Strasbourg.
Des parents devant une école primaire à Strasbourg. — Jean-Francois Badias/AP/SIPA
  • Le variant britannique du SARS-CoV-2 inquiète car il semble rendre la maladie plus contagieuse et infecter davantage les enfants.
  • L’Angleterre et l’Ecosse repasseront à un confinement total à partir de mercredi, avec la fermeture des écoles jusqu’aux vacances de février.
  • En France, où le variant anglais est déjà présent, certaines voix s’inquiètent de voir les écoles ouvertes.

Ce début d’année 2021 a comme un parfum de mars 2020. Du moins en Angleterre et en Ecosse, où mercredi matin, les écoles resteront fermées jusqu’aux vacances de février. En effet, les autorités britanniques ont annoncé lundi soir un confinement strict jusqu’à mars pour répondre à l’explosion du nombre de cas de coronavirus et aux hôpitaux surchargés.

Face à des chiffres qui ne baissent toujours pas en France – même s’ils sont loin des envolées britanniques : 380 décès et 4.000 nouveaux cas lundi en France contre 407 décès et 58.000 nouveaux cas au Royaume-Uni –, certains s’interrogent. Ne faudrait-il pas garder les écoles fermées et les enfants au chaud ? En cause, le variant anglais du coronavirus.

Une maladie qui infecte davantage les enfants ?

Plus de doute, il est bien présent en France. Une dizaine de cas a été repérée, sachant que le séquençage des tests n’est pas systématique en France et moins développé qu’en Grande-Bretagne. Ce qui alarme encore davantage, c’est que ce variant est soupçonné de rendre la maladie plus contagieuse et d’infecter davantage les enfants que les autres variants du Covid-19. Que sait-on réellement de cette dernière spécificité ?

« Pas grand-chose, c’est ça qui est compliqué, reconnaît Christèle Gras-Le Guen, présidente de la Société Française de Pédiatrie. Une alerte a été lancée par la BBC il y a quelques jours à ce sujet. Des pédiatres anglais ont expliqué qu’ils observaient davantage de cas positifs chez les enfants, sans pouvoir le chiffrer. Mais ils ne sont pas en mesure de dire si c’est parce que le virus circule plus après les fêtes de fin d’année ou si c’est le fait du variant. » Des doutes confirmés par  Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie et membre du collectif Du côté de la science, qui a milité pour l’adoption du masque dès 6 ans à l’école. « Une analyse épidémiologique basée sur le séquençage des génomes viraux des patients montre une croissance exponentielle de ce variant par rapport aux autres, explique-t-il. On peut supposer, mais il faudrait valider scientifiquement cette tendance, que ces patients seraient plus contagieux. » Même les enfants ? « Chez les enfants malades, ce variant est retrouvé de façon plus importante, reprend le chercheur. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont plus contagieux, mais qu’ils sont plus contaminés. Or, on sait que les hôpitaux sont saturés en Angleterre… »

Est-ce à dire que les hôpitaux risquent de ne pas pouvoir prendre en charge des enfants malades du Covid-19 ? « Dans tous les cas, la proportion d’enfants positifs par rapport aux adultes reste minoritaire et on ne constate pas de formes plus graves », rassure la présidente de la Société française de pédiatrie. Ce que ce graphique synthétise bien.

« Comme chez nous, les services de pédiatrie ne voient pas davantage d’enfants, poursuit la pédiatre. Au contraire, alors que d’habitude, on croule sous les grippes et les bronchiolites, cette année, nos services pédiatriques sont vides… » Des informations corroborées par les derniers bulletins de Santé Publique France. Entre le 21 et le 27 décembre (dernières remontées lissées sur une semaine), les passages pour suspicion de Covid-19 étaient en baisse chez les moins de 15 ans (- 24 %) et stables chez les 15-74 ans. Par ailleurs, le 29 décembre, 54 enfants de moins de 14 ans étaient hospitalisés (sur 24.776 personnes hospitalisées), dont 11 en réanimation. C’était la même chose le 22 décembre (55 hospitalisés, 11 en réanimation).

Pas d’alerte, mais une vigilance

Rien ne sert de paniquer, donc. « Mais il faut qu’on reste vigilant, qu’on continue à tester les enfants. Et s’ils sont positifs, qu’on séquence la souche pour voir si c’est ce variant », nuance Christèle Gras-Le Guen. Pour améliorer le dépistage des enfants, la Société Française de Pédiatrie a proposé un algorithme qui aide à reconnaître les symptômes alarmants. Autre champ à étudier : on sait que ce variant est présent sur notre sol, « mais on ne sait pas dans quelle mesure il circule, il faut se donner les moyens de savoir, et de voir si les enfants sont touchés », reprend-elle.

Même appel à rester vigilant du côté du collectif Du côté de la Science, agacé par le fait qu’en France, on ne reconnaît toujours pas les écoles comme des lieux à risque dans la dynamique de la contagion. Et ce alors qu’en fermant les écoles britanniques, Boris Johnson semble reconnaître, finalement, leur rôle de vecteur de l’épidémie.

« Quel que soit le variant, il faut lutter contre la contagion, martèle Eric Billy. Vouloir protéger les anciens avec un confinement, un couvre-feu, ça a un sens. Mais pas si d’un autre côté, on laisse les enfants diffuser le virus au sein des familles au risque de créer des clusters. Ignorer que les enfants sont des vecteurs asymptomatiques, c’est un peu se tirer une balle dans le pied. »

Une polémique que n’ignore pas Jean-Michel Blanquer. Sur Europe 1, le ministre de l’Education rétorquait mardi matin qu’une rentrée décalée, choisie par plusieurs pays, n’était pas nécessaire en France. « Si on n’envoie pas les enfants à l’école, ils sont ailleurs. Le risque de contamination est plus fort hors du scolaire », selon lui. « Avant de fermer les écoles, les Anglais n’avaient pas les mêmes mesures de précaution que nous, renchérit la présidente de la Société française de pédiatrie. En particulier les masques chez les 6-11 ans. »

Renforcer le protocole dans les écoles ?

Suffisant ? Pas pour Eric Billy. « On sait que l’école est nécessaire, socialement importante, et le plan français de déconfinement en mai était très bon. » Mais celui de novembre s’est révélé nettement moins drastique. Selon lui, on pourrait donc envisager de renforcer certaines mesures avant d’imaginer fermer les écoles. Comment ? En aérant davantage les salles, notamment. « En Allemagne, ils font classe avec leur blouson parce qu’ils aèrent tout le temps, justifie-t-il. Après, dans ce pays, les enfants ont souvent des demi-journées de classe et mangent beaucoup à la maison. » Or on le sait, c’est au moment des repas que les enfants tombent le masque et partagent leurs postillons. « Une cantine n’est pas plus sécurisée que les restos qui sont fermés aujourd’hui », s’agace Eric Billy.

Mieux aérer les salles, faire manger les enfants dans leur classe ou pas petits groupes, faire des demi-journées, doter les écoles de détecteur à CO2 pour savoir quand ouvrir grand les fenêtres… Voilà le genre d’efforts que pourrait consentir l’Education nationale. « Il n’y a pas d’éléments pour dire que les enfants sont un chaînon important de la contamination, contredit Christèle Gras-Le Guen. Il n’y a pas eu des centaines de fermetures d’écoles ou d’hécatombe chez les enseignants ou soignants des crèches… On a beau être des parents inquiets, il faut regarder ce qui se passe : pas grand-chose dans les écoles. » Reste que les prochaines semaines seront décisives. « Il faut voir comment se passe le retour à l’école, reconnaît-elle. Mais tant qu’on n’a pas de signaux d’alerte, je n’irai pas alourdir un protocole avant d’avoir mal… »

La question de l’incidence

Difficile d’y voir clair dans cette polémique sur les écoles, vecteurs de l’épidémie, qui divise largement. L’évolution de l’incidence est très importante à prendre en compte dans la décision d’ouvrir ou de fermer les écoles. C’est d’ailleurs ce que souligne l’Organisation mondiale de la santé dans sa mise au point sur les écoles.