Coronavirus au Brésil : Des thérapies en ligne mises en place pour les familles endeuillées

SOUTIEN Dans le pays, le virus a fait plus de 190.000 morts et des centaines de milliers de personnes endeuillées

20 Minutes avec agences
Le Brésil souffre du coronavirus
Le Brésil souffre du coronavirus — Bruna Prado/AP/SIPA

Au Brésil, des thérapies 2.0 sont mises en place pour les personnes par le coronavirus. « On fait le comptage des morts, mais on oublie la douleur des familles », déplore Dieisy Seitenfus, qui a trouvé du réconfort dans un groupe de soutien psychologique en ligne après avoir perdu sa mère, une des 191.000 victimes du Covid-19 au Brésil.

« Les gens ont peur de parler de leur deuil et font semblant que tout va bien. Dans le groupe, on parle de nos angoisses, on raconte comment on vit ce deuil au quotidien », ajoute cette enseignante de 30 ans qui vit dans l’Etat du Rio Grande do Sul, au sud du pays. Après le décès de sa mère, elle s’est connectée avec d’autres personnes endeuillées sur les réseaux sociaux et a connu ainsi l’association Ressignificando o Luto (Redéfinir le deuil).

« Se regarder dans le miroir »

Plusieurs associations brésiliennes de ce type ont mis en place des groupes de soutien en ligne pour pallier les difficultés des familles à bénéficier d’un suivi psychologique présentiel à cause des restrictions liées à la pandémie. Chaque décès lié au Covid-19 cause un impact psychologique sur quatre à dix personnes, selon les spécialistes en santé mentale. Si l’on suit cette logique, au Brésil, où le virus a fait plus de 190.000 morts, on compte donc de 760.000 à 1,9 million de personnes endeuillées. Pour les familles, le deuil est d’autant plus compliqué que les protocoles sanitaires ont bouleversé les rites funéraires, sans veillée funèbre et avec un public réduit.

Au Maranhao, Etat pauvre du nord-est du pays, la famille de Rosinélia Machado, 49 ans, a été touchée de plein fouet par le virus. Sa mère, âgée de 73 ans, s’est remise, mais pas sa fille, Ana Caroline, décédée à 31 ans. « Pendant plusieurs jours, je n’ai rien mangé et je n’ai pas dormi. J’ai même pensé à me suicider », raconte Rosinélia, qui a été suivie par un psychiatre et bénéficie aussi d’un soutien psychologique grâce à l’association Acolher perdas e luto (Accueillir le deuil). « Le plus dur, c’était d’accepter la douleur, me regarder dans le miroir et parler avec moi-même de ce qui s’était passé », confie cette professeure de philosophie.

Le deuil à l’hôpital

Créée en 2018 par la thérapeute Rosana de Rosa, Acolher perdas e luto propose un programme en ligne gratuit en douze étapes pour apprendre à mieux gérer le deuil. Un programme basé sur son expérience personnelle, après la mort de ses deux enfants. Les psychologues et autres intervenants sont bénévoles, pour des activités de dialogue en groupe ou individuels, et de la méditation.

La plupart des hôpitaux brésiliens disposent de cellules d’aide psychologique pour les patients et leurs familles, mais la pandémie a tout changé. « Avant, on pouvait suivre les familles 24 heures sur 24 dans les unités de soins intensifs, mais on a dû arrêter à cause du Covid-19 », explique Giovana Rossilenzi, qui coordonne la cellule d’aide psychologique de l’hôpital privé Santa Catarina, à Sao Paulo (sud-est). « On doit se contenter d’un simple coup de téléphone par jour pour donner aux proches le bilan de l’état de santé du patient », poursuit-elle. Mais pour maintenir le lien entre les malades du Covid-19 hospitalisés et leurs familles, cette psychologue a créé le projet « Lettres thérapeutiques » : les infirmiers remettent des lettres aux patients et organisent des « visites virtuelles » par visioconférence.

Un soutien primordial

Dans ce même hôpital, Manoel Gama, fonctionnaire de 67 ans, a été admis après avoir été contaminé par le virus et a dû être opéré après un infarctus. Mais alors qu’il était encore hospitalisé, son épouse, elle aussi infectée par le Covid-19, est décédée. « Ils ont pris toutes les précautions nécessaires pour me donner la nouvelle. C’est ma pneumologue qui me l’a annoncé. Son soutien était fondamental pour supporter une telle douleur », explique M. Gama.

Durant sa convalescence, il a fait des séances d’orthophonie et de kinésithérapie plusieurs fois par jour. Mais c’est surtout le soutien psychologique qui lui a permis de reprendre le goût de vivre. « La psychologue m’appelait tous les jours. Je n’avais pas demandé de suivi psychologique à la base, mais les médecins m’ont dit que je n’allais pas guérir si j’étais mal dans ma tête », conclut-il.