Coronavirus : Un troisième confinement est-il inévitable en France ?

EPIDEMIE La reprise épidémique dans certaines régions de France a motivé l’organisation d’un conseil de défense sanitaire ce mardi

Hélène Sergent

— 

Un conseil de défense sanitaire doit se tenir mardi 29 décembre à l'Elysée.
Un conseil de défense sanitaire doit se tenir mardi 29 décembre à l'Elysée. — SADAKA EDMOND/SIPA
  • Avec 12.000 nouveaux cas quotidiens de contamination en moyenne en France ces sept derniers jours, l’objectif des 5.000 cas fixé par le gouvernement à la sortie du précédent confinement semble désormais bien loin.
  • Dans une interview accordée au « Journal du Dimanche », le ministre de la Santé a expliqué que l’exécutif observait la situation « heure par heure » et n’excluait plus de prendre des « mesures nécessaires » pour « protéger les populations ».
  • Plusieurs élus locaux de certaines régions particulièrement touchées par la reprise épidémique appellent désormais à un troisième confinement.

« Nous prendrons les mesures nécessaires si la situation devait s’aggraver ». Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche, le ministre de la Santé Olivier Véran a ouvert la voie à un éventuel troisième confinement. Moins d’un mois après la fin du deuxième confinement - plus souple que celui imposé en mars pour faire face à l’épidémie de coronavirus - la France pourrait donc entamer 2021 avec de nouvelles restrictions sanitaires.

Avec 12.000 nouvelles contaminations quotidiennes en moyenne en France ces sept derniers jours, l’objectif des 5.000 cas fixé par le gouvernement à la sortie du précédent confinement semble désormais bien loin. Dégradée dans certaines régions, à l’Est, en Bourgogne et dans les Alpes-Maritimes notamment, la situation sanitaire a motivé la tenue d’un conseil de défense sanitaire mardi à l’Elysée.

Une situation stable et des hétérogénéités

Redoutées par les autorités, les conséquences des fêtes de Noël sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19 ne sont pour l’heure pas encore connues, précise Martin Blachier, épidémiologiste et médecin de santé publique. « L’impact devrait être connu en fin de semaine et en fin de semaine prochaine en ce qui concerne le réveillon de fin d’année », indique-t-il à 20 Minutes. Mais pour ce docteur, la situation sanitaire est « encore sous contrôle » au niveau national : « On a eu plus de nouveaux cas la semaine passée parce qu’on a beaucoup plus testé. Mais il faut regarder les autres marqueurs, les nouvelles entrées en réanimation ou les appels à SOS médecins pour des suspicions de cas Covid. Or ces marqueurs-là pour l’instant sont très stables ».

En revanche, des disparités importantes existent entre les territoires avec un « taux de variation Est-Ouest très marqué », reconnaît l’épidémiologiste. Certains élus locaux appellent par ailleurs depuis plusieurs jours à un reconfinement localisé. Une option balayée par le professeur Djillali Annane, chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. « Je ne crois pas du tout à un reconfinement territorialisé. On a bien vu que cela n’avait pas fonctionné en Allemagne. Qui en sera responsable localement ? Le préfet ? Les présidents de région ? Et quels seront les critères pour décider des mesures mises en place ? Cela risque d’entraîner trop d’hétérogénéité ».

Des jours à venir décisifs

Contrairement à Martin Blachier, Djillali Annane estime que les autorités sanitaires sont en train de perdre le contrôle de l’épidémie : « À titre d’illustration, sur le week-end qui vient de s’écouler, on a eu autant de cas graves admis dans notre service que sur les 8 jours précédents. À la fin du mois de novembre, on avait un cas tous les 2 ou 3 jours. Depuis la mi-décembre, on était à un cas par jour. Et ce week-end, on a eu 8 cas en l’espace de 2 jours. La situation actuelle me rappelle le mois de mars ».

Pour les deux médecins, le comportement de la population dans les jours à venir sera déterminant. Le couvre-feu, exceptionnellement levé le soir de Noël sera maintenu pour la soirée du 31 décembre. Et la reprise de l’activité à la fin des vacances scolaires pourrait elle aussi jouer un rôle important souligne Martin Blachier : « Si les entreprises imposent un retour au travail massif en janvier, cela pourrait relancer l’épidémie. Le recours au télétravail pendant 3 ou 4 semaines serait préférable ».

Inquiet, Djillali Annane préconise un retour rapide à un confinement strict. « Le deuxième confinement était expérimental. La question posée à l’époque était : Est-ce que l’on peut conserver un certain niveau d’activité économique et contrôler l’épidémie ? La réponse est non, on le voit bien. Donc, si on veut arriver à une reprise de contrôle de l’épidémie, il faut renouveler le confinement de mars mais pour une durée beaucoup plus courte de 10 à 15 jours maximum ».

Une éventualité d’ores et déjà redoutée par les acteurs des secteurs économiques les plus touchés. Dans un communiqué diffusé dimanche, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a appelé à « ne pas banaliser le confinement », jugeant qu’il devait être « la dernière extrémité pour mettre fin à une situation incontrôlable, et non une simple hypothèse parmi d’autres ».