Coronavirus : Annoncée pour dimanche, la vaccination en Ehpad ne devrait être vraiment lancée qu’en janvier

VACCINATION Si le gouvernement a annoncé que la campagne vaccinale contre le Covid-19 démarrerait dès dimanche dans les Ehpad, sur le terrain, on table davantage pour un lancement opérationnel courant janvier

Anissa Boumediene
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Du côté des Ehpad, on juge impossible le lancement d'une campagne massive de vaccination contre le Covid-19 dès ce dimanche.
Du côté des Ehpad, on juge impossible le lancement d'une campagne massive de vaccination contre le Covid-19 dès ce dimanche. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Alors que l’Agence européenne du médicament a autorisé lundi le Vaccin de Pfizer-BioNTech, le gouvernement a annoncé dans la foulée le lancement de la campagne vaccinale contre le Covid-19 dès dimanche dans les établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).
  • Mais du côté des Ehpad, la mise en place ne pourra être véritablement lancée que durant le mois de janvier. En cause : le temps nécessaire à l’information des résidents, au recueil de leur consentement éclairé, mais aussi à l’organisation logistique.
  • En pratique, seuls quelques établissements devraient proposer le vaccin avant la fin de l’année.

Rien ne pouvait être lancé avant la décision européenne. Et c’est désormais chose faite. Ce lundi, l’Agence européenne du médicament a donné son feu vert au vaccin anti-Covid de Pfizer-BioNTech. La campagne vaccinale annoncée par le gouvernement va donc officiellement pouvoir être lancée au sein des Ehpad, les résidents et leurs soignants étant le public prioritaire concerné par la première phase. Et c’est imminent : l’exécutif a annoncé dans la foulée que les premiers vaccins développés par l’alliance américano-allemande seraient administrés dimanche en France, premier jour du lancement dans l’UE de cette campagne inédite.

Une annonce qui a surpris par sa rapidité les gestionnaires d’établissements pour personnes âgées (Ehpad), qui seront donc les premiers concernés. Et si au cours de cette première étape, près d’un million de personnes doivent recevoir le vaccin, cela ne va pas s’opérer en un claquement de doigt dans les Ehpad.

« Impossible de lancer une campagne massive d’ici à la fin de la semaine »

En pratique, le démarrage de la campagne dimanche devrait être opéré à « très petite échelle ». « Cette première phase sera très faible, a déclaré ce mardi, lors d’une visioconférence, Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa, syndicat des maisons de retraite privées. Nous savons que cela commencera par les unités de soins de longue durée (USLD) d’Ile-de-France, des établissements publics hospitaliers et peut-être quelques établissements privés », a-t-elle détaillé. Actuellement, « l’Agence régionale de Santé d’Ile-de-France est en train de déterminer les établissements volontaires qui accepteraient de rentrer dans la vaccination dès la semaine prochaine », a ajouté Florence Arnaiz-Maumé. « Cela ne peut être mis en place en si peu de temps que dans très peu d’établissements ».

« La vaccination ne va pas démarrer dans les prochains jours, en tout cas pas de manière massive, confirme à 20 Minutes Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA, l’Association des Directeurs au service des Personnes Agées. Il y a une communication politique du Premier ministre dans un contexte européen. Mais sans précisions sur la logistique, les moyens de communication et d’information et sur les questions de consentement, il n’y a pas un établissement qui soit en mesure de démarrer dans des délais si courts ». Un avis partagé par son collègue Pascal Champvert, président de l’AD-PA, interrogé mardi sur LCI : « Incontestablement, on va pouvoir vacciner dimanche (…). Pour autant, va-t-on vacciner massivement les seniors à partir du 27 décembre ? Évidemment non ». Selon lui, « au-delà de ce lancement symbolique » dimanche, « l’essentiel va commencer courant janvier, probablement plus autour du 10 ou du 15 ».

Du temps pour informer et recueillir des consentements éclairés

Préalable avant toute injection, les représentants des Ehpad attendaient mardi la publication imminente d’un protocole du ministère de la Santé. Un guide d’une quarantaine de pages qui doit détailler « la recherche du consentement, la visite prévaccinale, et les détails sur qui peut vacciner et avec quel type d’équipements ». Une chaîne d’éléments qui doivent s’imbriquer. « Car pour vacciner massivement dans les Ehpad, il faudrait que les plannings de livraison et de vaccination soient déjà établis, avec des professionnels de santé susceptibles de vacciner déjà planifiés également, souligne Romain Gizolme. Pour cela, il faut déjà savoir le nombre de personnes que l’on vaccine, pour que les doses soient commandées. Or, au préalable, il faut que les consentements aient été recueillis, ce qui n’est possible que si une information claire est communiquée aux résidents, qui doivent tous passer en consultation prévaccinale avec un médecin. Puis, il faudra encore laisser du temps aux résidents pour réfléchir en toute connaissance de cause et être en capacité d’exprimer un consentement éclairé. Tout cela ne va pas se faire en un clin d’œil ».

Pour le moment, les Ehpad attendent donc « que l’Etat transmette les éléments d’information », poursuit Romain Gizolme, pour appuyer le discours auprès des personnes âgées « L’enjeu sera de faire dans les prochains jours un recueil d’intention et de créer de la pédagogie », a abondé la déléguée générale du Synerpa, rappelant que sans le consentement du résident, de l’un de ses proches ou de sa « personne de confiance » il n’y aurait pas de vaccination.

Le recueil délicat des consentements à la vaccination

Un recueil des consentements qui s’annonce déjà délicat. « Il y a trois cas de figure, explique Romain Gizolme. D’abord les résidents qui ont toutes leurs facultés et peuvent consentir ou refuser d’eux-mêmes. Ou les personnes qui ont des fragilités mais bénéficient de dispositions permettant de se tourner vers un tuteur ou une personne de confiance légalement désignée. Là, c’est simple. Mais le problème, c’est que nombre de personnes âgées vivant en Ehpad ont des difficultés à formuler seules un consentement éclairé, mais n’ont pas de mandataire désigné. L’Etat va devoir se pencher sur cette problématique très vite ».

Et même lorsqu’une personne de confiance est désignée, tout ne coule pas de source. « L’Ehpad m’a demandé l’autorisation de vacciner ma mère, mais je n’arrive pas à prendre de décision », confie Lydie, qui s’estime encore trop peu informée et pointe « le manque de recul. Si je refuse la vaccination et que ma mère décède du Covid-19, je m’en voudrais pour le restant de mes jours, et si j’accepte et qu’elle a des effets secondaires lourds, je m’en voudrais aussi ».

Une logistique compliquée à orchestrer

En outre, toute la logistique liée au transport et à la livraison des vaccins doit être assurée sans le moindre accroc, en tenant compte des contraintes et difficultés liées au vaccin de Pfizer-BioNTech, qui doit être conservé à – 80 °C. La « chaîne logistique est opérationnelle pour démarrer dès la fin de cette semaine », a assuré lundi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. « L’approvisionnement pour l’Europe sera assuré par les sites de production de Pfizer en Belgique (Puurs) et de BioNTech en Allemagne. (…) Les doses arriveront par route pour la France hexagonale et par avion pour les territoires d’Outre-Mer », a indiqué de son côté le laboratoire américain.

Les deux fabricants ont conçu un conteneur d’expédition isotherme qui « peut maintenir la température pendant dix jours sans être ouvert » et « jusqu’à 30 jours » en renouvelant la glace carbonique qui le remplit, précise Pfizer. « Une fois décongelé, le flacon de vaccin peut être conservé en toute sécurité pendant cinq jours au maximum dans des conditions de réfrigération (à 2-8 °C) », ajoute le laboratoire. Dans l’Hexagone, il y aura « six plateformes logistiques réparties de façon homogène sur le territoire », précise le ministère de la Santé. Ces plateformes approvisionneront les Ehpad qui se fournissent habituellement auprès de pharmacies hospitalières qui ne seront pas équipées en « super-congélateurs ». Les doses seront transportées vers « une centaine de sites avec des congélateurs dédiés, qui seront la plupart du temps des sites hospitaliers, à raison d’environ un par département, pour pouvoir vacciner l’ensemble des Ehpad qui sont en lien avec ces hôpitaux », a détaillé mardi le ministre de la Santé Olivier Véran, en visite dans la plateforme logistique de Chanteloup-en-Brie (Seine-et-Marne). « On est largement capable d’accueillir et stocker toutes les doses qui nous seront allouées par le laboratoire Pfizer-BioNTech », a ajouté le ministre, qui devait donner plus de détails ce mardi soir au JT de TF1.