Coronavirus : « Un bel espoir », « Pour moi c’est non »… Pour ceux qui ont un proche en Ehpad, les avis sur le vaccin sont partagés

VACCINATION Alors que le vaccin anti-Covid arrivera dès les prochains jours en France, celles et ceux qui ont un parent proche en Ehpad ont des avis divisés sur la vaccination prioritaire des plus vulnérables

Anissa Boumediene

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Alors que les vaccins anti-covid devraient bientôt arriver dans les Ehpad, les proches des résidents sont partagés entre confiance et craintes face au vaccin.
Alors que les vaccins anti-covid devraient bientôt arriver dans les Ehpad, les proches des résidents sont partagés entre confiance et craintes face au vaccin. — Frderic Scheiber/SIPA
  • L’agence européenne du médicament a autorisé ce lundi le vaccin de Pfizer-BioNTech.
  • Dès les prochains jours, le vaccin anti-Covid sera disponible en France et sera inoculé en priorité aux résidents d’Ehpad.
  • Pour leurs proches, la nouvelle est accueillie tantôt avec joie, tantôt avec inquiétude.

Ça y est ! La décision était attendue : l’Agence européenne du médicament a donné ce lundi son feu vert pour la distribution du vaccin Pfizer – BioNTech. Ce n’est désormais plus qu’une question de jours avant que les premières doses de vaccin ne soient livrées sur le continent, et inoculées selon le plan vaccinal établi par chaque Etat membre. En France, il est prévu que ce soient les résidents en Ehpad qui soient les tout premiers à bénéficier du vaccin contre le Covid-19. Le gouvernement a ainsi choisi de vacciner en priorité les personnes âgées les plus vulnérables, alors que nombre d’Ehpad de l’Hexagone ont été durement touchés par l’épidémie de coronavirus.

De quoi satisfaire les premiers concernés et leurs proches ? Eh bien, les avis divergent. Entre la joie de voir leurs proches vulnérables enfin protégés contre le Covid-19 pour les uns et la crainte de voir les plus âgés essuyer les plâtres d’un tout nouveau vaccin pour les autres, les lecteurs de 20 Minutes ayant un proche en Ehpad sont partagés.

« Je ne souhaite pas que ma maman en Ehpad soit vaccinée, et elle ne le souhaite pas non plus »

Si les premières publications scientifiques validant l’efficacité des vaccins sont aujourd’hui disponibles, une partie du grand public s’estime trop peu informée pour faire confiance à ce nouveau venu. « Pour l’instant, nous ne savons absolument rien, s’inquiète Juliette, dont la mère vit en Ehpad et qui redoute les effets secondaires sur les plus vulnérables. Ces vaccins ARN n’ont jamais été utilisés sur l’homme auparavant, il serait peut-être plus judicieux de commencer à vacciner des personnes en bonne santé, plutôt que de commencer par nos parents qui sont les plus fragiles. Ce ne sont pas des rats de laboratoire ! ». Alors que l’arrivée des vaccins en Ehpad est imminente, Juliette a discuté avec sa mère de l’opportunité de se faire vacciner au sein de son Ehpad et la mère partage les craintes de sa fille. « Elle souhaite attendre que le vaccin ait fait ses preuves, tant sur son efficacité que sur son innocuité, donc pour l’instant c’est non ». Un avis partagé par Muriel : « Moi aussi, j’ai des craintes sur ce vaccin, je ne souhaite pas que ma maman en Ehpad soit vaccinée et elle ne le souhaite pas non plus ».

« Nous avons très peur des conséquences, abonde Alain. Vacciner les plus âgés est irresponsable, parce que leur fragilité les rend susceptibles de mourir en tant que cobayes ». Adeline, dont la grand-mère vit en Ehpad, « appréhende énormément l’arrivée de cette vaccination prochaine sur laquelle nous n’avons pas assez de recul ». Avec ses proches, Adeline a « commencé à parler à notre grand-mère de la vaccination contre le Covid 19. Pour le moment elle ne nous a pas donné de réponse, mais sachant qu’elle a ses facultés intellectuelles, son choix sera le nôtre, mais cela m’inquiète beaucoup ».

Une crainte partagée par beaucoup de Français, comme l’a démontré notre second Baromètre sur les Français et le coronavirus​, puisque 57 % des personnes interrogées pensent ne pas se faire vacciner, invoquant le manque de recul sur l’efficacité du vaccin (46 %) et la crainte des effets secondaires (31 %).

« Un bel espoir pour retrouver une vie normale »

Mais pour beaucoup, la vaccination, c’est surtout le moyen de retrouver au plus vite sa vie d’avant. Une vie où il est possible de voir ses proches sans restriction et sans risque d’être malade. « Le vaccin, c’est un bel espoir pour retrouver une vie normale », estime Marie-Pierre, qui pense à ses parents de 79 et 80 ans. « Ils m’ont dit "qu’est ce que tu veux qui nous arrive, à notre âge ? Si on peut reprendre une vie normale, voir nos petits enfants et nos amis sans crainte. Sinon qu’est ce que tu veux qu’on attende de la vie ?". Et ils ne sont pas les seuls à le penser. En décorant l’Ehpad, un pensionnaire de 84 ans avec qui je discutais m’a dit "Bientôt libre !" Je pense qu’il faut faire confiance à ces vaccins, nous commençons à avoir du recul dessus grâce aux études scientifiques qui définissent les sujets qui ne pourraient pas le recevoir pour des raisons de santé, les risques sont au maximum écartés ».

Alors, pour se libérer de la peur du coronavirus, beaucoup font le choix de la confiance envers le vaccin. « Lorsque j’ai demandé à ma maman qui vit en Ehpad si elle était d’accord pour se faire vacciner, elle m’a répondu qu’elle était prête à tout pour améliorer la situation même à être un cobaye, raconte Claire. Je suis un peu plus inquiète au sujet de ce nouveau type de vaccins qui n’ont encore jamais été utilisés. Mais je ne m’opposerai pas à son avis ». Marc, lui, refuse de se laisser gagner par l’inquiétude. « J’ai une sœur en Ehpad et je suis heureux qu’elle puisse venir chez moi pour Noël. Le vaccin, c’est le seul moyen de se sortir de cette crise et d’éviter des décès supplémentaires. J’espère que chacun fera preuve de responsabilité en n’écoutant pas les discours des antivax ».

La vaccination des résidents déjà infectés en question

Mais pour d’autres, se décider sur l’intérêt du vaccin anti-Covid tourne au casse-tête. A l’instar de Louis. « Ma mère âgée de 98 ans a été testée positive mais sans aucun symptôme, elle est considérée comme guérie. Mais doit-elle être vaccinée, puisque théoriquement elle a développé des anticorps ? », s’interroge-t-il. Une question que se pose aussi Annie : « je ne suis pas certaine de savoir si ma mère doit ou non se faire vacciner, elle a 100 ans et a déjà eu le Covid, sans développer de symptôme ».

Pour l’heure, « la durée de l’immunité à long terme conférée par le Covid-19 n’est pas connue », indique la Haute Autorité de santé (HAS), soulignant toutefois que « bien que la fréquence réelle des cas de réinfection soit difficile à connaître, le nombre de cas publiés de réinfection dûment documentés reste faible (une dizaine environ) à ce jour ». Alors, faut-il vacciner les résidents d’Ehpad déjà infectés ? « Il n’y a pas de données qui permettent actuellement de savoir s’il y a un bénéfice à vacciner les personnes qui ont déjà été infectées par le Covid et si oui, quand et comment », reconnaît la HAS. Mais « les données dont on dispose avec un recul moyen de 3 mois, permettent, à ce stade, de considérer qu’il n’y a pas d’effet indésirable grave particulier dans cette population », a-t-elle assuré dans son avis publié le 17 décembre portant sur la stratégie vaccinale présentée par le gouvernement. La HAS estime donc à ce stade, qu’il n’y a « pas lieu de vacciner systématiquement les personnes ayant déjà développé une forme symptomatique du Covid-19. Toutefois, dans le respect des recommandations préliminaires du 30 novembre, ces personnes doivent pouvoir être vaccinées si elles le souhaitent à l’issue d’une décision partagée avec le médecin. Dans ce cas, il paraît alors préférable de respecter un délai minimal de 3 mois à partir du début des symptômes ».

« L’enjeu de la réussite de la vaccination, c’est la compréhension des principaux intéressés »

La HAS se veut donc rassurante sur la vaccination des résidents d’Ehpad, mais certains proches de résidents s’estiment trop peu informés pour le moment pour trancher. « Je me sens lâche car Ehpad m’a demandé l’autorisation de vacciner ma mère, mais je n’arrive pas prendre la décision », confie Lydie, pointant « le manque de recul sur les vaccins. Si je refuse la vaccination et qu’elle décède du Covid-19, je m’en voudrais pour le restant de mes jours. Et si j’accepte et qu’elle a des effets secondaires, je m’en voudrais aussi ».

Pour accompagner les résidents et leurs proches dans leur réflexion sur l’intérêt de se faire vacciner, Yann Reboulleau insiste sur la nécessité de « rassurer et de faire preuve de pédagogie ». Et le dirigeant du groupe d’Ehpad Philogeris est même prêt à montrer l’exemple. « J’ai déclaré publiquement être volontaire pour être vacciné avant mes résidents, explique-t-il à 20 Minutes. Lorsqu’on les interroge, et j’en parle régulièrement avec eux dans nos établissements, ils sont plutôt favorables à la vaccination. Mais ils demandent à être complètement informés sur le vaccin qui leur sera proposé. L’enjeu de la réussite de cette opération de vaccination, ce n’est pas les formulaires que l’on fera signer, c’est bien la compréhension des principaux intéressés ».