Coronavirus : Une étude lève un coin de voile sur le rôle des restaurants dans les contaminations

EPIDEMIE Les repas, pris au restaurant ou lors de réunions privées, augmentent les risques de contamination par le coronavirus, selon une étude publiée ce jeudi

20 Minutes avec AFP
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Les repas pris au restaurant ou lors de réunions privées augmentent les risques de contamination par le coronavirus, selon une étude publiée ce jeudi
Les repas pris au restaurant ou lors de réunions privées augmentent les risques de contamination par le coronavirus, selon une étude publiée ce jeudi — Daniel Cole/AP/SIPA

Aller dans les restaurants ou les bars augmente le risque d’attraper le Covid-19, et les repas en général jouent un rôle central dans les contaminations, selon une étude très attendue rendue publique jeudi, sur laquelle s’appuie le gouvernement pour justifier les fermetures. « On voit dans cette étude une augmentation du risque associée à la fréquentation des bars et restaurants », explique son auteur principal, Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et membre du Conseil scientifique qui guide le gouvernement.

Mais « il faut être prudent » dans l’interprétation de ces résultats « sur un sujet éminemment sensible », insiste-t-il. L’étude, baptisée ComCor, a été menée en octobre/novembre, pendant le couvre-feu puis le confinement, quand les établissements étaient partiellement voire complètement fermés. Il est donc difficile de savoir « quelle est la part réelle des restaurants et des bars dans la transmission » du virus, puisque cette période ne correspondait pas à leur fonctionnement normal.

Déterminer les facteurs et lieux à risques

Selon l’étude, le risque augmente même davantage pendant le confinement que pendant le couvre-feu, ce qui semble paradoxal puisque les établissements étaient alors censés être totalement fermés. « Cela laisse entendre qu’il y a eu des bars et restaurants ouverts de façon clandestine pendant le confinement » et que les personnes qui s’y sont rendues, même moins nombreuses, « s’y sont beaucoup exposées », avance le Pr Fontanet.

Ces dernières semaines, les restaurateurs ont protesté contre les fermetures, en estimant qu’elles n’étaient pas justifiées scientifiquement. Des accusations rejetées par le Premier ministre Jean Castex : « On dispose d’études internationales », a-t-il dit mardi sur Europe 1, en assurant que pour le côté français, l’étude ComCor allait « confirmer » que la fermeture des restaurants et des bars était « nécessaire ».

Deux études américaines pointaient récemment le rôle des restaurants dans les contaminations. L’une a été publiée en septembre par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta, l’autre en novembre dans la revue médicale Nature. « Il y a un faisceau d’arguments. L’ensemble montre que c’est un lieu à risques, en revanche, l’ampleur du risque doit être réévaluée dans des conditions d’ouverture beaucoup plus classiques » que celles de son étude, juge Pr Fontanet.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs de ComCor ont interrogé 3.400 volontaires infectés par le Covid-19 et 1.700 autres qui n’ont pas été contaminés. Le but : définir des facteurs de risques (profession, mode de déplacement, endroits visités…) en comparant infectés et non-infectés. C’est ainsi qu’ils ont déterminé que la fréquentation des restaurants, bars ou salles de sport était associée à une augmentation du risque, contrairement aux transports en commun ou aux commerces (alimentaire, habillement…).

Les réunions privées, « principale source d’infection »

En plus de ce volet sur les facteurs de risques, l’étude ComCor comprend une autre partie, sur les circonstances de contamination. Elle porte sur 25.600 personnes infectées tirées des fichiers de l’Assurance maladie (Cnam), interrogées par questionnaire. Elle montre que « les repas jouent un rôle central dans ces contaminations, que ce soit en milieu familial, amical ou à moindre degré professionnel », puisqu’on y est proche les uns des autres, et sans masque.

« Les réunions privées – familles, amis – constituent la principale source d’infection », rappelle le Pr Fontanet. « Si les gens organisent des dîners amicaux chez eux plutôt qu’aller au restaurant, ça ne change rien ». 44 % des personnes infectées savaient comment elles l’avaient été. En outre, un très grand nombre (97 %) s’est isolé, mais souvent trop tard, par exemple en attendant d’être testé.

« Ce n’est pas un outil de censure »

Là encore, il faut toutefois prendre en compte le fait que la période particulière de l’étude ComCor ne permet pas de tirer de conclusion définitive. Elle sera poursuivie ces prochains mois pour affiner ces premiers résultats et en savoir plus sur la transmission du virus dans d’autres endroits, comme les lieux de culture. « Ce n’est pas un outil de censure pour dire « Attention, c’est chez vous que ça se passe », mais au contraire un outil qui accompagnera les réouvertures pour voir si on détecte un surrisque », conclut le Pr Fontanet.

Reste que d’emblée quatre organisations professionnelles de l’hôtellerie-restauration ont vigoureusement dénoncé l’étude de l’Institut Pasteur. L’Umih, principale organisation patronale du secteur, le GNI (indépendants), le GNC (chaînes hôtelières) et le SNRTC (restauration commerciale), « continuent de dénoncer l’absence de preuves scientifiques justifiant la fermeture des restaurants et des bars », indiquent-ils dans un communiqué commun jeudi.

« C’est une insulte aux professionnels »,

L’étude ComCor de l’institut Pasteur qui devait attester d’un « sur-risque de contamination à la Covid-19 » dans leurs établissements, publiée jeudi, « vient dire ce que l’on veut lui faire dire, au moyen s’il le faut de déclarations purement scandaleuses et diffamatoires », estiment-ils. « Cette étude n’est pas sérieuse, on veut prouver sans preuves, c’est une insulte aux professionnels », a déclaré Didier Chenet, président du GNI.

Pour les organisations professionnelles, l’étude « tente de confirmer la politique du gouvernement ». Et elles pointent, dans les enquêtes réalisées, un échantillon « non représentatif » de la population, une méthode qui « n’a rien de scientifique » car elle recueille des déclarations de personnes « qui dans deux cas sur trois ignorent encore la personne source de leur contamination », et une période où leurs établissements étaient soit fermés soit « astreints à une activité très réduite ».