Coronavirus : Commencer la campagne de vaccination entre Noël et jour de l'an, est-ce bien sérieux ?

CALENDRIER DE L'APRES Si tout va bien, dans dix jours, les premiers résidents et premières résidentes de l’Union européenne seront vaccinées contre le Covid-19 : un défit politique, logistique et symbolique

Rachel Garrat-Valcarcel

— 

Une vaccination dans l'Etat de l'Oregon, aux Etats-Unis.
Une vaccination dans l'Etat de l'Oregon, aux Etats-Unis. — NATHAN HOWARD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
  • C’est désormais confirmé : si le vaccin de Pfizer et BioNTech est autorisé comme prévu par l’Agence européenne du médicament, la campagne de vaccination commencera le 27 décembre dans toute l’Union européenne.
  • Il ne reste que dix jours, mais le délai est raisonnable, car la vaccination ne concernera que quelques milliers de personnes avant la fin de l’année sur le continent.
  • Un symbole ? Oui, mais pas seulement : chaque semaine compte à l’échelle individuelle.

Le Noël vaccinal tombera cette année le 27 décembre. C’est à cette date habituellement calme de « l’entre Noël et jour de l’an » que la campagne de vaccination contre le Covid-19 va commencer. En France, mais plus largement dans toute l’Union européenne, comme l’a indiqué Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, ce jeudi matin. Pourquoi cette date a-t-elle été choisie ? Est-ce crédible de commencer « si vite » ? 20 Minutes vous donne quelques éléments de réponse.

Pourquoi commencer le 27 décembre ?

Car l’Agence européenne du médicament va examiner la demande d’autorisation du vaccin de Pfizer et BioNtech le 21 décembre. Cette décision fera autorité dans les vingt-sept pays membres de l’Union. C’est une semaine plus tôt que prévu, l’Allemagne ayant fait pression.

Imprudent ? Pas vraiment pour Anne Sénéquier, codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale, interrogée par 20 Minutes : « On parle quand même d’un vaccin qui a déjà été validé par plusieurs agences au niveau mondial. Il est très probable que l’Agence européenne du médicament le validera de la même façon. » La date du 27 décembre semble donc plutôt pertinente, au moins politiquement.

On vaccine d’ailleurs déjà pas si loin : au Royaume-Uni, fraîchement sorti de l’Union européenne. « Sans doute que l’agence du médicament locale a profité de moindre lourdeur administrative, mais comme l’Union européenne a centralisé les achats de vaccin, les Britanniques ont sans doute payé beaucoup plus cher leurs doses », précise Anne Sénéquier.

D’un point de vue logistique, est-ce crédible de commencer dès le 27 décembre ?

Sur le papier, les spécialistes interrogés par 20 Minutes sont plutôt d’accord : oui c’est possible. « Mais ça dépend ce qu’on entend par " crédible " », modère Eric Billy, chercheur, du collectif Du côté de la science. « Si on entend par là qu’on veut vacciner dès le 27 décembre quelques centaines ou quelques milliers de personnes, c’est crédible. Dans les grands hôpitaux parisiens il n’y aura aucun problème pour vacciner des soignants et des patients fragiles éligibles. » 

Pareil dans les Ehpad : « C’est un peu plus simple, parce que c’est un nombre limité d’établissements sur le territoire. Mais se pose la question du recueil du consentement pour certains patients souffrant de troubles cognitifs, et l’impact que ça peut avoir chez les antivaccin », prévient Michaël Rochoy, médecin généraliste, lui aussi membre de Du côté de la science. Mais cela doit s’organiser dès maintenant pour être prêt le 27 décembre.

Si, sur le papier, tout est réglé, dans les faits… « En Europe, tout le monde est à peu près d’accord sur la stratégie. Ça, c’est le fond. Sur la forme, c’est différent, note Eric Billy. En Allemagne les vaccinodromes ont déjà fait des tests, chez nous ça reste théorique. » « On n’a pas vu de communication sur une préparation française logistique particulière », abonde Anne Sénéquier.

Car le défi logistique de cette campagne de vaccination réside dans le stockage des doses à -70 °C, au transport dans de telles conditions et au suivi : il y a deux injections à faire à vingt-et-un jours d’intervalle, et chaque flacon contient cinq doses de vaccin. « Si dans les dix jours qui viennent, subitement en France les autorités de santé arrivent à nous présenter une méthode de traçage, pas de problème, ça ne sera pas un gros souci en soi, c’est assez simple. Mais est-ce que ces doses vont rester en stockage longtemps si on n’a pas réussi à trouver assez de monde à vacciner fin décembre ? », s’interroge Eric Billy.

Commencer avant la fin de l’année, une question de communication ?

On ne va pas vacciner des millions de personnes en plus en ayant gagné une semaine sur la décision de l’Agence européenne du médicament, on l’a bien compris. Il y a donc une question de communication et de symbole. Mais, après tout, pourquoi pas ? Ça ne choque en tout cas pas Michaël Rochoy, bien au contraire : « Commencer les vaccinations la même année où on a eu les premiers cas d’une nouvelle maladie en France, c’est un sacré message d’espoir, je trouve ».

Même son de cloche chez Anne Sénéquier : « C’est une manière de dire qu’on commence 2021 sous de nouveaux auspices. L’Union européenne envoie un message au niveau de la population, et un message à l’international pour montrer que l’Europe sait se coordonner et avancer ensemble. »

Si on s’en tient seulement aux chiffres, ce symbole est négligeable à l’échelle des quelque 500 millions d’Européens et d’Européennes, même à celle des 67 millions de Français et de Françaises. En revanche, au niveau individuel, gagner une semaine n’est peut-être pas mineur. « Si on vaccine les soignants, ça peut avoir un impact qui n’est pas anodin, pense Eric Billy. Les vacciner c’est consolider le système de santé. Ça peut aussi ne pas être anodin dans les Ehpad », où les récits de clusters dramatiques se sont succédé au printemps.

« Mais il faut pouvoir le faire », répète-t-il, rappelant que le vaccin n’est efficace le plus souvent que sept jours après la deuxième dose. C’est long. Alors prendre un peu d’avance sur une épidémie qui nous a tant distancés, « c’est déjà ça de pris », conclut Eric Billy.