Pollution au chlordécone : Le nouveau plan entre dans sa dernière ligne droite

SCANDALE Le chlordécone est un pesticide utilisé dans les Antilles françaises jusqu’en 1993 alors que sa grande toxicité était connue depuis les années 1960

20 Minutes avec AFP

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Le député de Martinique Serge Letchimy.
Le député de Martinique Serge Letchimy. — DOMINIQUE FAGET / AFP

Le quatrième plan chlordécone, destiné à lutter contre les conséquences de la pollution à long terme de cet insecticide aux Antilles, a entamé sa dernière ligne droite avec une consultation publique en Martinique et Guadeloupe, avant sa présentation officielle début 2021. Dossier ultrasensible aux Antilles, la pollution des sols par cet insecticide considéré comme perturbateur endocrinien et cancérogène probable, a été jugée par Emmanuel Macron lui-même comme un « scandale environnemental ».

Le Plan Chlordécone IV, qui couvrira la période 2021-2027, fait à la suite du rapport d’une commission d’enquête parlementaire, qui en novembre 2019, avait conclu que l’Etat était « le premier responsable » de cette pollution. L’insecticide a été autorisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles et a infiltré les sols pour des centaines d’années, polluant eaux et productions agricoles, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 1960.

90 % de la population adulte est contaminée

Plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et Martinique est contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France, et les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde. Le nouveau plan prévoit par exemple de poursuivre la surveillance des denrées alimentaires mises sur le marché, de développer un service d’analyse gratuit destiné aux agriculteurs et éleveurs pour les sols, l’eau et les fourrages ou de mener des études scientifiques sur les cancers liés au chlordécone.

Le plan prévoit aussi des tests du taux de chlordécone dans le sang pour les populations les plus vulnérables (autoconsommateurs de fruits et légumes ou poissons, femmes enceintes), de lancer une nouvelle étude en 2021 sur l’imprégnation de la population antillaise, et de nouvelles analyses de l’eau du robinet, ou encore de créer un centre Antilles Guyane de consultation des pathologies professionnelles et environnementales.

« Pas sérieux »

« De petites actions cumulées pour essayer de "Vivre avec" le chlordécone, alors qu’il faudrait entrer dans une ère de mutation, de réparation, d’indemnisation. Il faut sortir du chlordécone avec une dépollution massive », regrette Serge Letchimy (député apparenté PS de Martinique), pour qui le budget consacré à ce plan n’est « pas sérieux ». Dans ce nouveau plan figure également un récent décret sur le nouveau fonds d’indemnisation pour les victimes de maladies professionnelles liées aux pesticides. Il rend désormais possible l’indemnisation des agriculteurs empoisonnés par le chlordécone, ainsi que les enfants exposés pendant la période prénatale.

Notre dossier sur le chlordécone

Le sujet est toujours d’actualité : des procédures judiciaires pour « mise en danger de la vie d’autrui », sont en cours depuis des années au sein du Pôle Santé du TGI de Paris, et en mai dernier, 500 habitants des Antilles exposés au chlordécone ont saisi le tribunal administratif de Paris pour voir reconnu un préjudice d’anxiété. Et en Martinique, le sujet est au cœur de nombreuses tensions identitaires, une partie de la population accusant de grandes familles locales (béké), d’être à l’origine de la pollution.