Confinement à Nice : « Des centaines de personnes sont en souffrance psychologique », affirment les psychiatres de l’hôpital Sainte-Marie

EPIDEMIE L’hôpital Sainte-Marie propose des consultations psychiatriques gratuites dans ses locaux du boulevard Delfino

Michel Bernouin (avec Fabien Binacchi)
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Les docteurs Anne-Laure Côte et Michela Giugiario-Gorla, psychiatres au Centre Hospitalier Sainte-Marie.
Les docteurs Anne-Laure Côte et Michela Giugiario-Gorla, psychiatres au Centre Hospitalier Sainte-Marie. — Centre hospitalier Sainte-Marie
  • Une équipe de psychiatres niçois reçoit gratuitement et sur rendez-vous les personnes fragilisées par les confinements.
  • « Nous observons une vague d’hospitalisations et les urgences psychiatriques sont saturées », expliquent les docteures Anne-Laure Côte et Michela Giugiario-Gorla.

Face aux difficultés psychologiques liées à l’épidémie de Covid-19 et aux mesures de confinement, l’hôpital psychiatrique Sainte-Marie de Nice a ouvert un accueil « tout public » boulevard Delfino. Une équipe y reçoit gratuitement. Mis en place « lors du premier confinement », et alors que les responsables observaient « une vague d’hospitalisations » et la « saturation des urgences psychiatriques », « cette consultation de soutien psychologique a un rôle préventif », explique le Dr Michela Giugiario-Gorla, médecin chef du pôle de psychiatrie générale au CH Sainte-Marie.

Les signes de mal-être liés à la pandémie et à ses conséquences sont identifiés et peuvent concerner, a priori, tout le monde. « La souffrance peut se manifester par une aggravation de l’état de personnes déjà suivies en psychiatrie, mais aussi dans la population générale chez des gens qui d’un coup se retrouvent en détresse », avance Anne-Laure Côte, médecin psychiatre.

« Cela peut-être de l’angoisse, des difficultés à dormir, de l’irritabilité, des difficultés de relations l’entourage ou des simplement des difficultés à assurer les activités habituelles du quotidien. Quelqu’un qui va dire : "Je n’y arrive plus, je n’ai plus d’énergie" par exemple. C’est un signal d’alarme si ça dure plusieurs semaines », poursuit-elle.

Ces soignantes appellent à ce que « l’impact sur la santé mentale du confinement et des différentes mesures qui ont été prises soit pris en compte ». « De plus en plus de gens sont en colère – contre le gouvernement, contre ceux qui ne respectent pas les règles du confinement – et cela devient la seule émotion qu’ils ressentent. C’est une défense face à leurs angoisses », note encore Michela Giugiario-Gorla.

« Il ne faut pas avoir honte de demander de l’aide »

La question de l’isolement, de la limitation au maximum des liens sociaux rentre également en compte. « Le fait de ne plus pouvoir voir son entourage ou ni pratiquer des activités sportives et culturelles, cela prive beaucoup les gens des choses qu’ils aiment faire. On a enlevé la majorité des choses qui tiennent les gens debout », dit-elle.

Ces médecins recommandent en tout cas de consulter le plus tôt possible pour éviter que les premiers signes de détresse se transforment en dépression. « Tout le monde peut basculer dans la souffrance psychologique, il ne faut pas avoir honte de demander de l’aide. On estime que des centaines de personnes à Nice ont besoin de ces consultations », appuie la médecin chef du pôle de psychiatrie générale de Sainte-Marie.

Les gens doivent prendre rendez-vous au 04.93.13.71.01 et ensuite ? Une évaluation de la situation sera proposée avec une infirmière et un psychologue. Puis, « la moitié des patients que nous avons eus ont été orientés vers moi ou un autre médecin psychiatre, soit parce que leur état nécessitait une prise en charge médicamenteuse, soit parce qu’il y avait un caractère de gravité, comme des idées suicidaires », détaille Anne-Laure Côte. Dans tous les cas, un deuxième rendez-vous est fixé pour statuer sur l’évolution du patient. « Deux ou trois consultations suffisent dans certains cas, parfois c’est plus long », conclut la médecin psychiatre.