Coronavirus : « Les gestes barrières ne disparaîtront pas lors des premiers mois de vaccination »

INTERVIEW Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg, revient sur les délais prévus avant qu’une campagne de vaccination ne montre ses effets

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Margaret Keenan, une Britannique de 90 ans, est devenue mardi la première patiente au monde à recevoir le vaccin Pfizer/BioNTech
Margaret Keenan, une Britannique de 90 ans, est devenue mardi la première patiente au monde à recevoir le vaccin Pfizer/BioNTech — Jacob King/AP/SIPA
  • Ce mardi matin, le Royaume Uni a débuté une grande campagne de vaccination contre le coronavirus.
  • Un événement historique qui mettra toutefois des mois à réellement influencer la courbe épidémique.
  • Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg, explique pourquoi la vaccination mettra du temps à avoir un réel impact.

Ce mardi, le Royaume-Uni a lancé sa campagne massive de vaccination contre le coronavirus, devenant le premier pays au monde à utiliser le vaccin Pfizer-BioNtech, autorisé outre-Manche dès le 2 décembre. Margaret Keenan, Britannique de 90 ans, a été ce matin la première personne à recevoir l’injection tant attendue.

Un moment historique, certes, mais avec quelle incidence sur l’épidémie ? Combien de personnes après elle devront être vaccinées au Royaume-Uni pour créer un réel impact sur la transmission du virus et combien de temps cela mettra-t-il ? Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg et membre du collectif Du côté de la science, explique pour 20 Minutes quels sont les délais estimés.

Quel impact le vaccin peut-il avoir sur la transmission du virus ?

L’impact du vaccin sur la diffusion du virus va dépendre de plusieurs axes. Premièrement, est-ce que le virus agit sur la diffusion ? On ne sait pas encore si le vaccin nous protègera nous seulement ou nous protège tout en empêchant d’être transmetteur. Si une fois vacciné, lorsqu’on est infecté, en deux ou trois jours on élimine le virus grâce à un système immunitaire accru et donc qu’on n’a pas le temps de devenir contaminant, cela changera évidemment l’impact du vaccin.

Deuxième axe, l’effet sur les formes graves. Les personnes fragiles, de par leur âge ou leur comorbidité, ont un système immunitaire qui répond plus lentement à la charge virale, et on va leur donner grâce aux vaccins une réponse immunitaire adaptée.

Combien de temps ces effets mettront-ils à être observés ?

Ce qu’on devrait voir en premier, au vu non seulement de la stratégie vaccinale choisie, à savoir en priorité les personnes fragiles et âgées et du faible nombre de doses disponibles, c’est un pourcentage de formes graves en forte diminution dans les premiers mois grâce aux vaccins, car les personnes les plus à mêmes de les développer seront protégées grâce à la vaccination.

C’est évidemment un immense progrès et cela changera absolument tout pour les personnes concernées, néanmoins cela ne devrait pas trop influencer l’évolution épidémique. On parle de plusieurs milliers/dizaines de milliers de personnes qui vont être vaccinées, ce n’est donc pas cela qui fera baisser le R ou la propagation du virus. D’autant plus que si les personnes âgées sont celles qui développent le plus les formes graves, elles ont des contacts sociaux assez réduits, ce ne sont pas elles qui participent activement à la propagation du virus.

En ce qui concerne la circulation épidémique, quel délai peut-on attendre ?

On verra les premiers effets sur la transmission du virus quand 20-40 % de la population totale sera vaccinée, et on devrait atteindre l’immunité une fois dépassés les 60 %, ce qui prendra des mois, selon les doses disponibles.

Bien sûr, il y aura un impact sur les prochaines vagues grâce à la vaccination des personnes fragiles. Les vagues seront non seulement moins mortelles, mais elles satureront moins les hôpitaux car il y aura moins de formes graves, ce qui est une excellente nouvelle sanitaire pour l’ensemble de la population, car quand les hôpitaux sont sous pression à cause du coronavirus, de nombreuses opérations sont annulées et des pathologies ne sont pas traitées.

Les gestes barrières seront donc encore de mises pour de nombreux mois ?

Oui, on ne peut pas se contenter de seulement vacciner les personnes âgées pour relâcher la pression, et les gestes barrières ne disparaîtront pas de suite. Des formes graves peuvent se développer chez toutes les catégories d’âges, il y a de nombreuses comorbidités chez des personnes plus jeunes, sans parler du Covid-long… Il faudra donc faire attention et il est important de se mettre en tête que tout ne va pas être réglé à la suite de la vaccination. En Allemagne, malgré l’arrivée du vaccin, on parle de reconfiner totalement après les fêtes par exemple, cela montre bien que tout sera loin d’être réglé.

Dans les mois à venir, il y aura encore des gestes barrières, des masques, voire des reconfinements selon l’évolution du virus. Le vaccin mettra longtemps avant de vraiment nous débarrasser de cela.