Coronavirus : L’objectif des 5.000 cas par jour au 15 décembre loin d’être atteint, le déconfinement repoussé ?

EPIDEMIE Cette condition préalable au déconfinement posée par le président Macron ne sera très certainement pas atteinte le 15 décembre

Anissa Boumediene

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L'objectif de passer sous la barre des 5.000 nouveaux cas Covid par jour, condition posée par le président Macron pour déconfiner, ne sera probablement pas atteint.
L'objectif de passer sous la barre des 5.000 nouveaux cas Covid par jour, condition posée par le président Macron pour déconfiner, ne sera probablement pas atteint. — Ludovic Marin/AP/SIPA
  • Emmanuel Macron avait annoncé le 24 novembre que le déconfinement, ou confinement allégé, interviendrait au 15 décembre si la France passait de nouveau sous la barre des 5.000 nouvelles contaminations quotidiennes au Covid-19.
  • Problème : le niveau actuel des contaminations – plus de 11.000 dimanche – laisse à penser que cette condition ne sera pas remplie dans les temps, comme l’a confirmé ce lundi le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.
  • Reste à savoir si le chef de l’Etat déconfinera comme prévu ou non.

Déconfinera ou déconfinera pas ? Emmanuel Macron l’avait annoncé lors de son allocution télévisée le 24 novembre : « Le 15 décembre, si nous sommes bien arrivés autour des 5.000 contaminations par jour et environ 2.500 à 3.000 personnes en réanimation, (…) alors le confinement pourra être levé ». « Nous pourrons donc à nouveau nous déplacer, sans autorisation, y compris entre régions, et passer Noël en famille (…) Les salles de cinéma, les théâtres, les musées pourront reprendre leur activité » avec des protocoles sanitaires, avait développé le chef de l’Etat.

Sauf que les jours passent, les nouvelles contaminations quotidiennes ne baissent pas assez vite, et l’objectif de passer sous la barre des 5.000 cas par jour apparaît de plus en plus difficile – voire impossible – à atteindre. L’exécutif l’a bien compris et s’est montré pessimiste ce lundi lors d’une réunion avec les chefs des groupes parlementaires où, selon des participants, Jean Castex et  Olivier Véran ont estimé qu'« on ne sera pas à l’objectif au 15 décembre ». « Ce qui a donné la tonalité de la réunion, c’est le "plateau" des cas de Covid évoqué par Jean Castex », a rapporté le Jean-Christophe Lagarde (UDI). Selon lui, le Premier ministre a dit qu’il y « aura des décisions à prendre ». Autre participant à cette réunion dans le cadre du Comité de contrôle et de liaison Covid-19, Bertrand Pancher (Libertés et territoires) a senti les membres du gouvernement « inquiets ». « Nous sommes encore loin de l’objectif », a reconnu pour sa part, en début de soirée, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Après l’avoir annoncé – certes avec des conditions –, le chef de l’Etat peut-il alors faire marche arrière et ne pas déconfiner ?

Le nombre des contaminations « en plateau »

Fin novembre, Emmanuel Macron avait pourtant joué, on l’a dit, la carte de l’optimisme. Et il y a moins d’une semaine, l’Institut Pasteur, selon ses dernières modélisations, pensait que ces objectifs seraient atteints. « Si on regarde le rythme de décroissance du nombre de personnes testées positives par RT-PCR, on s’attend à ce qu’on passe en dessous de la barre des 5.000 (…) dans la première moitié de décembre, sans doute plutôt entre le 9 et le 15 décembre », indiquait Simon Cauchemez, l’un des auteurs de l’étude.

Le nombre de cas par jour, après avoir atteint un pic à plus de 50.000, voir 60.000 certains jours fin octobre, a certes diminué avec régularité, jusqu’à atteindre 10.000 à 11.000 cas par jour en moyenne fin novembre. Mais la semaine dernière, la baisse a stagné, en se maintenant autour des 10.000 par jour, selon les données de Santé publique France, « contre 5.000 au cœur de l’été », a rappelé Jérôme Salomon lundi soir. « Malgré tous nos efforts, nous sommes toujours face à un risque élevé de rebond épidémique », a-t-il prévenu, rappelant la dégradation mondiale de la situation épidémiologique. « Depuis quelques jours, le niveau des contaminations quotidiennes ne baisse plus et reste particulièrement élevé chez les plus de 75 ans ». Et l’impact de l’épidémie sur le système hospitalier « reste majeur », a-t-il souligné, évoquant une « stabilisation [qui] touche de façon presque uniforme le territoire » et un « taux d’incidence [qui] demeure supérieure à 100 voire 150 dans certaines régions ».

« Il sera très difficile d’atteindre cet objectif »

Dans ces conditions, est-il possible d’inverser la tendance en une semaine ? Le déconfinement au 15 décembre est-il toujours possible ? « Il est difficile de prévoir l’évolution mais si les conditions actuelles se poursuivent, il sera très difficile d’atteindre cet objectif », a reconnu Jérôme Salomon. Pas désireux de doucher les espoirs des Français, le numéro deux du ministère de la Santé s’est refusé à annoncer un report du déconfinement, expliquant que les autorités sanitaires étaient « dans une phase de diagnostic. (…) Tout dépendra de l’évolution dans les prochains jours. Les mesures seront prises en temps utile avec l’ensemble des éléments disponibles », a-t-il ajouté, saluant toutefois le « bon sens des Français, qui ont déjà parfaitement compris l’importance des mesures barrières ».

Pour le Pr Yves Buisson, président de la cellule Covid-19 de l’Académie nationale de médecine, il n’y a pas de doute : « cet objectif ne sera pas atteint, et il faut dès aujourd’hui renforcer les mesures de prévention », a-t-il réagi lundi sur franceinfo. L’épidémiologiste a en outre pointé le « manque de données épidémiologiques récentes sur où et comment le virus se transmet aujourd’hui », alors que depuis plusieurs semaines, les restaurants sont fermés et les transports en commun accessibles aux seules personnes munies d’un masque. « Les modes de transmission ont évolué : il reste le milieu familial, un endroit sans doute critique pour la transmission ».

« Message de prudence » pour les fêtes de fin d’année et risque de troisième vague en janvier

Au-delà de la date du 15 décembre, le directeur général de la Santé a lancé un « message de prudence » concernant les fêtes de fin d’année, qui « font craindre que des contaminations importantes intrafamiliales aient lieu ». Une peur qui fait écho au fort rebond épidémique que connaissent les Etats-Unis, qui font face à une troisième vague consécutive aux rassemblements familiaux durant la fête de Thanksgiving fin novembre. Et qui est d’autant plus forte que « la saison hivernale est idéale pour la propagation des virus à transmission respiratoire », a insisté Jérôme Salomon.

Côté chiffres, « 3.411 cas de plus » ont été enregistrés au cours des dernières 24 heures, contre plus de 11.000 la veille, a précisé Jérôme Salomon. Mais les données de début de semaine marquent toujours un creux car moins de tests sont réalisés le dimanche. Pour les prochaines semaines, le Pr Gilbert Deray, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, estime que c’est plutôt à un nouveau rebond que doit se préparer le gouvernement. « Sur le rythme actuel, le nombre de cas quotidiens inférieur à 5.000 cas par jour au 15 décembre pour déconfiner ne sera pas atteint, a-t-il déclaré sur Twitter. Si l’on ajoute les fêtes de fin d’année et la tendance à une hausse dans certaines régions, le risque est plutôt à une troisième vague en janvier ».

Jérôme Salomon en a d’ailleurs convenu, « il faudra du temps pour arriver à un contrôle de l’épidémie ».