Coronavirus : « Les enfants constituent la principale menace de transmission à Noël »

INTERVIEW Selon Michaël Rochoy, médecin généraliste et cofondateur du collectif « Stop Postillon », les enfants doivent être comptabilisés lors des repas de fin d'années, car ce sont de potentiels transmetteurs du virus

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Les enfants seront-ils les supercontaminateurs de Noël ?
Les enfants seront-ils les supercontaminateurs de Noël ? — GUIBBAUD-POOL/SIPA
  • Ce jeudi, Jean Castex a recommandé des rassemblements de maximum six adultes pour les repas des fêtes, mais a indiqué que les enfants ne seraient pas comptabilisés dans cette jauge.
  • Une décision qui interroge : pourquoi ne pas aussi limiter le nombre d’enfants, pourtant transmetteurs du coronavirus ?
  • Pour le médecin Michaël Rochoy, les enfants ne doivent pas être sous-estimés comme éléments de propagation de l’épidémie.

Pour les fêtes de fin d’année, le gouvernement a recommandé une jauge de six personnes à table au maximum, enfants non-compris. Un choix qui interroge : pourquoi seul les adultes sont limités en raison du  coronavirus ?

Ce n’est pas la première fois que les enfants sont un peu « oubliés » lors des recommandations gouvernementales. Ainsi, dans les magasins, la jauge est de huit mètres carrés par client. Mais si ce dernier vient avec son ou ses enfants, ceux-ci ne comptent pas dans la jauge et le total du groupe reste d’une personne. Le port du masque a également mis des mois – et une seconde vague – pour être imposé aux enfants dès six ans.

Des « oublis » que condamne le docteur Michaël Rochoy, généraliste à Outreau et cofondateur du collectif Stop Postillon.

Que pensez de cette décision gouvernementale de ne pas limiter le nombre d’enfants pour les rassemblements de fin d’année, d’un point de vue scientifique ?

C’est un non-sens. Le gouvernement a reconnu que les enfants pouvaient être contagieux et contaminants, notamment en abaissant l’âge du port du masque de 11 à six ans. C’est désormais un fait acté pour tout le monde que les enfants sont transmetteurs, bien que le gouvernement s’y soit farouchement opposé, ainsi que la société française de pédiatrie. Maintenant que ce fait est reconnu, que les règles à l’école vont enfin dans le bon sens, cette décision pour Noël est d’autant plus incompréhensible. La seule argumentation scientifique serait que le virus serait plus sympa le jour de Noël et qu’il mute comme un lutin.

C’est d’autant plus étrange que le gouvernement ne parle que des adultes, mettant dans le même sac tous les enfants et adolescents sans distinction, quel que soit leur âge ou leurs rapports sociaux. Ça ne repose absolument sur aucun fondement scientifique.

On pourrait argumenter qu’il y a peu de cas graves chez les enfants…

Il est vrai que les enfants sont plus souvent asymptomatiques et développent moins de formes graves, c’est un fait, mais ils ont la même charge virale et sont donc tout aussi transmetteurs. C’est en cela qu’ils constituent un réel danger pour les fêtes de fin d’année, moins pour eux-mêmes – même si le fait qu’il y ait peu de formes graves ne signifie pas qu’il n’y en ait aucune – que dans la propagation du virus et le risque d’une nouvelle vague.

Ils constituent même peut-être la principale menace de transmission car les enfants ne sont pas vraiment confinés actuellement, se croisent et se contaminent à l’école, a fortiori à la cantine, qui est un lieu clos sans masque donc supercontaminant. Ce sont eux qui peuvent potentiellement le plus transmettre le coronavirus dans les familles.

Comment expliquez-vous que le rôle de transmetteurs des enfants semble si sous-estimé en France ?

Il y a eu en France plusieurs biais qui ont fait qu’on a sous-estimé le rôle des enfants. Le premier biais, c’est le confinement en mars-avril-mai, lorsque toute la France était confinée. Généralement, les enfants restaient totalement à la maison alors que les adultes sortaient au moins faire les courses, généralement sans masque, voire allaient au travail. Les adultes étaient donc plus contaminés que les enfants lorsqu’on a commencé à tester la population et non pas seulement les malades, et on en a déduit que les enfants étaient moins susceptibles d’attraper le virus, mais c’est simplement parce qu’ils sortaient moins. En Suède, où aucun vrai confinement n’a eu lieu, les enfants ont été aussi porteurs du virus que les autres classes d’âges.

Deuxièmement, les enfants sont plus asymptomatiques, or on teste généralement plus les personnes avec des symptômes, donc on retrouve un plus grand pourcentage de positifs chez les personnes plus symptomatiques.

Tout cela entraîne de plus un cercle vicieux : à force de considérer les enfants non porteurs, on ne les teste pas comme cas contact, quand certains laboratoires refusent même de leur faire des tests PCR. Du coup, plus on pense que les enfants ne sont pas des positifs, moins on les teste, plus les chiffres semblent attester qu’effectivement, c’est une population avec un très faible taux de positivité.

Au-delà du cas des enfants, cette jauge de six adultes vous semble-t-elle bonne ?

La jauge est forcément arbitraire. Surtout, il faut faire du cas par cas. Six adultes qui ont passé le second confinement en télétravail sans sortir qui se retrouvent dans un lieu aéré et assez spacieux pour Noël avec un seul enfant chez les six adultes, ça ne devrait poser aucun risque. Six adultes avec chacun deux ou trois enfants et qui ont fait du présentiel dans des métiers physiques en lieu clos, se retrouvant pour Noël dans un espace réduit et clos, ça ressemble déjà bien plus à un cluster en puissance. C’est aussi le problème de ne pas mettre de jauge pour les enfants, on ne peut pas faire comme si c’était pareil un Noël à six adultes et un enfant et un Noël à six adultes et quinze enfants.

Le principal risque, au-delà des fêtes de fin d’année, c’est le message envoyé par le gouvernement, qui incite la population à sous-estimer le danger de transmission des enfants. Or, une fois encore, ils sont aussi porteurs que d’autres, et doivent être traités comme tels.