Coronavirus : Les quatre informations clés sur la campagne de vaccination en France

EPIDEMIE Ce jeudi, Jean Castex et plusieurs de ses ministres ont annoncé les différentes phases et les conditions pratiques de la campagne de vaccination

Oihana Gabriel

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Le Premier ministre, Jean Castex, décrit la stratégie vaccinale pour lutter contre le Covid-19, lors d’une conférence de presse à Paris, le 3 décembre 2020.
Le Premier ministre, Jean Castex, décrit la stratégie vaccinale pour lutter contre le Covid-19, lors d’une conférence de presse à Paris, le 3 décembre 2020. — BENOIT TESSIER / POOL / AFP
  • Alors que le Royaume-Uni est devenu mercredi le premier pays à approuver l’utilisation massive du vaccin de Pfizer/BioNTech, qui sera déployé dès la semaine prochaine, le gouvernement français entend lui aussi prendre ce tournant, mais prudemment.
  • Ce jeudi, Jean Castex a annoncé comment et quand pourrait se tenir la campagne de vaccination en France.
  • Calendrier, moyens mis en place, présence ou non d’un médecin, lieux de vaccination… 20 Minutes vous résume tout dans cet article.

Si les laboratoires qui ont mis au point un vaccin contre le Covid-19 obtiennent le feu vert de la Commission européenne, 2021 devrait (peut-être) clore la parenthèse coronavirus dans notre quotidien. Une question de semaines ? De mois ?

Ce jeudi, Jean Castex et Olivier Véran, notamment, ont précisé la stratégie de vaccination en France. Qui pourra vacciner ? A partir de quand ? 20 Minutes fait le tour des principales annonces.

Retrouvez notre live de jeudi 3 décembre

Quand et pour qui ?

Le calendrier se précise. Lundi, Moderna a déposé une demande de mise sur le marché européen, suivi de près, mardi, par Pfizer/BioNTech. C’est l’agence européenne des médicaments (EMA) qui donnera, ou non, son feu vert. Elle a déjà commencé, au fil des études, à étudier les dossiers, et annoncé mardi qu’elle se prononcerait sur le vaccin Pfizer/BioNTech et Moderna le 29 décembre « au plus tard ». Un accord qui devra être confirmé ensuite par la Commission européenne. Ce qui devrait aller vite, au vu des enjeux de la lutte contre le coronavirus.

Jean Castex a annoncé qu’ensuite, c’est la Haute Autorité de Santé qui évaluera ces vaccins. « Aucun ne sera utilisé s’il n’a pas été autorisé », a martelé Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie.

Si tout se passe de façon optimale, le gouvernement table sur un début de vaccination en janvier. Il a choisi de suivre les recommandations de la HAS sur la priorisation des publics. Cela commencera donc par les Ehpad, « à la fois les résidents et les personnels y travaillant quand ils sont à risque, a expliqué le Premier ministre. Cela représente 1 million de personnes, ce qui correspond aux quantités de vaccins qui nous seront livrés au cours du premier mois ». La vaccination sera ensuite élargie en février aux personnes de plus de 75 ans (puis plus de 65 ans) et à celles présentant des pathologies à risque, soit 14 millions de personnes. Puis elle sera ouverte au printemps à l’ensemble de la population. « Les dates peuvent être amenées à bouger, ce sont les références qui nous permettent de nous organiser », a nuancé Olivier Véran.

D’ici là, le gouvernement doit relever l’immense défi de convaincre les Français de se faire vacciner. Pour ce faire, Emmanuel Macron avait prévenu qu’il souhaitait qu’un collectif de citoyens soit associé à la stratégie de vaccination. Il devrait être composé de professionnels de santé, de membres d’associations de patients et de citoyens du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Et il sera piloté par le « Monsieur vaccination », Alain Fischer, professeur d’immunologie pédiatrique, qui a pris la parole après le Premier ministre ce jeudi.

Combien de doses ?

Sans même savoir lequel des candidats vaccins obtiendra un laissez-passer, l’Union européenne a pré-commandé un certain nombre de doses. La Commission européenne a signé six contrats de pré-commande, assortis d’options d’achat. Ils concernent le Suédo-Britannique AstraZeneca et l’Américain Johnson & Johnson (jusqu’à 400 millions de doses chacun), le duo franco-britannique Sanofi-GSK (jusqu’à 300 millions de doses), l’alliance américano-germanique Pfizer-BioNTech (jusqu’à 300 millions de doses), l’allemand CureVac (jusqu’à 405 millions de doses) et l’américain Moderna (jusqu’à 160 millions de doses). « Pour peser plus fort dans les négociations avec les laboratoires et éviter la logique du premier arrivé, premier servi », a expliqué le Premier ministre.

Ces vaccins seront alloués, produits et acheminés dans chaque pays dans le cadre d’une stratégie européenne, puis la stratégie vaccinale sera déterminée au niveau national par chaque Etat membre, a précisé Emmanuel Macron mardi. Le nombre de doses étant réparti en fonction de la population de chaque pays. Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée à l’Industrie, a confirmé jeudi soir que 15 % des volumes acquis par l’UE iront à la France.

« La France aura un potentiel de 200 millions de doses, ce qui permettra de vacciner 100 millions de personnes [il faut deux injections], a annoncé Jean Castex jeudi soir. C’est plus que nos besoins, mais c’est la marge que nous prenons car des vaccins en cours de développement pourraient ne pas obtenir de feu vert. Nous ne paierons à la fin que ce qui nous sera effectivement livré. »

Le groupe pharmaceutique Pfizer, interrogé par 20 Minutes, précise qu’« au 18 novembre, 20 millions de doses ont été produites à destination du monde entier. L’objectif annoncé est de fournir jusqu’à 50 millions de doses dans le monde d’ici à fin 2020 et 1,3 milliard d’ici à fin 2021. »

Comment seront vaccinés les publics ?

La vaccination sera gratuite. Le PLFSS 2021 prévoit donc 1,5 milliard d’euros pour cette campagne vaccinale. « Les personnes prioritaires [résidents et soignants vulnérables des Ehpad] se verront proposer une consultation médicale pour informer, voir s’il y a des contre-indications et recueillir leur consentement, a annoncé le ministre de la Santé. Elle pourra donner lieu tout de suite à la vaccination quand ce sera envisageable. » Les familles seront associées à cette décision quand la personne est très dépendante.

Comme il y a besoin de deux injections réalisées à 21 jours d’écart pour le vaccin Pfizer, « il faut, quand on réalise la première injection, prévoir la deuxième, a prévenu Olivier Véran. Un suivi médical sera garanti. Les recommandations de la HAS seront actualisées en fonction des données recueillies au fil de l’eau sur la sécurité et les éventuelles pénuries. »

Qui pourra vacciner ?

« Il est souhaitable que le généraliste soit au cœur du dispositif, et en particulier le médecin traitant, a précisé Jean Castex. Chacun doit pouvoir se faire vacciner par un professionnel de santé à côté de chez lui qu’il connaît et en qui il a confiance. » Le gouvernement a autorisé mercredi par ordonnance les services de santé au travail à participer jusqu’au 16 avril 2021 à la vaccination.

« Les médecins vont s’assurer de la vaccination pendant toute l’étape 1, a précisé Olivier Véran. L’extension vers la médecine de ville se fera plus forte à mesure qu’elle sera étendue. Et la question se posera de savoir si on en reste aux seuls médecins ou si on associera d’autres professionnels comme les pharmaciens. » C’est la HAS qui décidera, comme elle l’a fait par le passé sur la vaccination contre la grippe.