Coronavirus : Cinq professionnels appellent le gouvernement à « agir vite » sur la santé mentale

CRISE SANITAIRE Le 18 novembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait assuré que le gouvernement voulait « à tout prix éviter une troisième vague, qui serait celle de la santé mentale »

20 Minutes avec AFP

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La santé mentale de la population s'est détériorée, sans beaucoup d'augmentation de moyens pour les soins
La santé mentale de la population s'est détériorée, sans beaucoup d'augmentation de moyens pour les soins — Pixabay

Alors que la crise sanitaire dure depuis près de dix mois, quatre psychiatres et une psychanalyste réputés ont appelé, ce jeudi, le gouvernement à « passer à l’action » de façon urgente pour que tous les Français qui en ont besoin puissent accéder à des soins psychiatriques.

« La troisième vague psychiatrique est là », alertent dans un communiqué les psychiatres Rachel Bocher, Serge Hefez, Marion Leboyer et Marie-Rose Moro, et la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury.

La psychiatrie, un secteur déjà saturé

Ils reprennent ainsi les mots du ministre de la Santé Olivier Véran, qui avait assuré le 18 novembre que le gouvernement voulait « à tout prix éviter une troisième vague, qui serait celle de la santé mentale ». « Il faut agir et il faut agir vite », a plaidé Serge Hefez, regrettant qu’Emmanuel Macron n’ait pas évoqué le sujet lors de son allocution le 24 novembre. « Nous voyons l’émergence de symptômes : fatigue, sidération psychique, de la peur, de l'anxiété, des angoisses, de l'insomnie, de la colère aussi», a décrit le psychiatre et psychanalyste, soulignant que « tout le monde peut basculer » et pas seulement les personnes déjà fragiles avant la pandémie.

« Les conséquences psychiatriques de la Covid sont là (…) et elles s’inscrivent dans le temps long », a ajouté Marion Leboyer, professeur à l’université Paris Est-Créteil, évoquant une hausse de 30 % des risques de nouveaux cas de dépression et de 20 % de nouveaux cas de troubles d’anxiété, selon plusieurs études. Or cette situation intervient alors que les consultations sont déjà souvent « saturées » et que le secteur de la psychiatrie évoque depuis de nombreuses années un « manque de moyens », s’estimant le « parent pauvre » de la santé en France. Aussi, des « solutions d’urgence », « simples », pour pouvoir prendre en charge ces nouveaux patients doivent être « très rapidement déployées », a réclamé Marion Leboyer.

« Covid Psy »

Les cinq professionnels de la santé mentale suggèrent une « campagne d’information pour contribuer à (…) la déstigmatisation » des problèmes psychiatriques, car « aujourd’hui en France, ça reste difficile de dire (…) qu’on est déprimé, qu’on est anxieux ». Ils demandent aussi que « l’effort de déploiement de plateformes » d’information et d’aide « soit renforcé avec la mise à disposition d’outils d’autodiagnostic, d’auto-aide et de moyens de faciliter l’accès aux professionnels de santé mentale », soulignant que les parcours de soins sont aujourd’hui « peu lisibles ».

Enfin, ils jugent nécessaires des « moyens supplémentaires, pour ouvrir le temps de la pandémie des consultations dédiées (…) qui pourraient s’appeler Covid Psy » dans les établissements hospitaliers. A plus long terme, ils réclament une « mission interministérielle de six mois » pour élaborer « un projet de loi psychiatrie et santé mentale », prévoyant notamment « un accès de proximité pour tous » aux soins psychiatriques et « un soutien à la prévention et au repérage précoce ».