Coronavirus : Que sait-on vraiment de l’immunité après l’infection par le SARS-CoV2 ?

IMMUNISE ? La Haute Autorité de santé (HAS) dévoile ce mardi une synthèse de la littérature scientifique portant sur l’immunité développée par les malades après avoir contracté le Covid-19

Anissa Boumediene

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La Haute Autorité de santé (HAS) dévoile ce mardi une synthèse de la littérature scientifique portant sur l'immunité développée par les malades après avoir contracté le Covid-19.
La Haute Autorité de santé (HAS) dévoile ce mardi une synthèse de la littérature scientifique portant sur l'immunité développée par les malades après avoir contracté le Covid-19. — Frederic DIDES/SIPA
  • La Commission technique des vaccinations, rattachée à la Haute Autorité de santé, publie ce mardi une synthèse de la littérature scientifique sur l’immunité au Covid-19.
  • Un document qui décortique les mécanismes de l’immunité développée par les malades après leur infection par le SARS-CoV2, et les compare aux mécanismes immunitaires induits par d’autres coronavirus.
  • Il explique comment ces données ont permis l’élaboration rapide de candidats vaccins.

Est-on immunisé après avoir eu le Covid-19 ? Combien de temps dure cette immunité ? Les vaccins bientôt disponibles sur le marché induiront-ils une immunité suffisamment protectrice ? Pour faire la lumière sur le sujet, la Haute Autorité de santé (HAS) publie ce mardi une synthèse de la littérature scientifique disponible sur le sujet. Un document élaboré par des experts de la Commission technique des vaccinations (CTV) de la HAS qui compile les connaissances mises au jour depuis les précédentes épidémies d’autres coronavirus (comme le MERS) et depuis de la pandémie de Covid-19.

L’objectif, à quelques semaines du lancement d’un plan de vaccination anti-Covid en cinq phases, est de fournir des éléments pour la compréhension et l’interprétation des résultats des essais cliniques sur les candidats vaccins. Quels sont les mécanismes de l’immunité développée après une infection par ce coronavirus ? Comment les vaccins sont-ils créés pour reproduire cette immunité ? Et comment ont-ils pu être élaborés aussi vite ?

L’immunité par les anticorps proportionnelle à la gravité de la forme développée

Lorsqu’on a été infecté par le coronavirus, plusieurs tests peuvent être pratiqués. D’abord le test PCR ou le test antigénique, qui recherche la présence du virus chez une personne qui développe des symptômes de la maladie ou encore chez un cas contact asymptomatique. Le test sérologique, lui, est pratiqué ultérieurement : quand on n’est plus malade. Il permet d’identifier la présence d’anticorps neutralisants, ce qui indique – si la personne n’avait pas été dépistée au préalable – qu’elle a effectivement été infectée, et par ailleurs qu’elle a développé une immunité contre la maladie.

Mais les résultats de ces recherches d’anticorps montrent que les malades ne sont pas égaux face à la maladie, et face à l’immunité qu’elle procure. L’immunité développée après l’infection par le SARS-CoV2 est proportionnelle à la sévérité de la forme développée. En clair, plus on a été malade du Covid-19, et plus on est immunisé. A l’inverse, l’immunité des personnes ayant développé une forme asymptomatique ou avec peu de symptômes est plus faible, rappelle le document.

En outre, si ces anticorps neutralisants sont protecteurs, la littérature scientifique démontre qu’ils ne sont pas présents très longtemps dans l’organisme. Ainsi, s’ils passaient aujourd’hui un test sérologique, nombre de contaminés de la première vague auraient un résultat négatif : leur sang ne contiendrait plus d’anticorps neutralisants.

Une immunité par la mémoire cellulaire

Outre la protection induite par les anticorps, l’organisme développerait une autre forme d’immunité. Si les anticorps d’une personne infectée disparaissent vraisemblablement après quelques mois, une immunité logée au cœur même de nos cellules pourrait quant à elle durer plusieurs années. En pratique, après avoir contracté le virus, les personnes infectées garderaient une forme de mémoire de la réponse immunitaire actionnée par l’organisme. Une mémoire logée au cœur de cellules immunitaires : les lymphocytes T, qui détruisent les cellules infectées par le SARS-CoV2.

Cette mémoire immunitaire concerne même les patients asymptomatiques ou paucisymptomatiques. Des tests d’ampleur démontrent la présence de ces lymphocytes T chez les malades pas ou peu symptomatiques qui n’ont pas (ou peu) développé d’anticorps protecteurs contre le Covid-19. Ces cellules pourraient entrer en action pour démarrer une nouvelle réponse immunitaire en cas de réexposition au Covid-19, et permettre de ne pas contracter de nouveau la maladie ou d’en développer une forme plus bénigne. La littérature scientifique l’a démontré avec d’autres coronavirus, comme le SARS-CoV1 (le SRAS) et le MERS, « la durée de persistance de la réponse lymphocytaire T semble longue », supérieure à dix ans, et « est importante dans la guérison et la protection contre l’infection ». Et selon les experts de la HAS, « la réponse lymphocitaire T anti-SARS-CoV2 semble également importante pour contrôler l’infection ».

Des connaissances déterminantes pour induire l’immunité par les vaccins

Que faire de ces données en pratique ? Elles sont déterminantes non seulement pour mieux connaître la maladie et ses mécanismes, mais aussi pour interpréter les résultats de l’ensemble des essais cliniques menés sur les candidats vaccins. « Ce document vise à donner des bases immunologiques pour expliquer comment la recherche a pu mettre au point des vaccins aussi vite. Et ce parce que le SARS-CoV2 est semblable au SARS-CoV et au MERS CoV », indique-t-on du côté de la HAS, qui insiste sur « la nécessité [d’allier] une réponse anticorps et lymphocytaire T pour assurer la protection » contre le Covid-19.

Car il faut d’abord avoir décrypté les mécanismes de l’immunité naturelle pour tenter de recréer une immunité sans avoir été infecté, induite par des vaccins. Dans cette synthèse, les experts de la Commission technique des vaccinations reviennent donc sur les « différentes plateformes vaccinales » développées contre le Covid-19. Classiquement, les chercheurs créent un antigène qui, au contact du système immunitaire, poussera ce dernier à produire les fameux anticorps. Pour cela, il est possible d’utiliser le virus entier, qui est alors inactivé ou atténué. Ou seulement un « morceau » du virus. Ou encore de l’associer à un autre virus connu et maîtrisé. La méthode nouvelle du vaccin dit à ARN messager, qui n’emploie qu’un fragment du génome du virus, ne repose pas sur les mêmes mécanismes. Il s’agit ici d’injecter dans l’organisme des brins d’instructions génétiques appelées ARN messager, qui vont dicter aux cellules les instructions pour lutter contre le coronavirus. Une technologie encore jamais utilisée pour la vaccination humaine. Et qui a été choisie par le duo Pfizer-BioNTech, qui a déposé ce mardi une demande d’autorisation en Europe. Idem pour  Moderna, dont le vaccin à ARN messager est en ce moment même examiné par la FDA, l’agence américaine du médicament.

L’avantage de ces vaccins à ARN est qu’ils sont très rapides à produire, souligne le document, et occasionnent le moins d’effets indésirables puisqu’ils induisent une réponse immunitaire plus ciblée. Avec une efficacité annoncée de plus de 95 % – qui doit être confirmée par des publications officielles – et des effets indésirables mineurs déclarés, ces vaccins à ARN dépassent les attentes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui misait sur un vaccin efficace au moins à 50 % et dénué d’effets indésirables graves pour endiguer massivement et durablement la pandémie de Covid-19. De son côté, la HAS compte poursuivre et actualiser la compilation de ces données scientifiques. Elle suivra ainsi l’évolution des données qui restent à éclaircir, notamment celles sur l’efficacité et l’innocuité des candidats vaccins sur les populations fragiles et prioritaires, le dosage le plus efficace ou encore la durée de la protection qu’ils offriront. Et rappelle que si l’Etat prévoit un lancement imminent de sa campagne de vaccination – après la phase réservée aux publics les plus fragiles, celle concernant  le grand public aura lieu « entre avril et juin », a indiqué le président –, l’Inserm va démarrer dès les prochaines semaines ses essais cliniques d’ampleur sur les vaccins qui ont bouclé leurs essais de phase 3.