Coronavirus : Plus que Noël, le réveillon du Nouvel an peut-il causer une troisième vague ?

RISQUE SANITAIRE Si le chef de l’Etat autorise les Français à retrouver leurs proches pour célébrer les fêtes de fin d’année, sa décision fait toutefois naître la crainte d’une troisième vague à l’issue des réveillons. Surtout celui du 31 décembre

Anissa Boumediene

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Coronavirus : Plus que Noël, le réveillon du Nouvel an peut-il causer une troisième vague ?
Coronavirus : Plus que Noël, le réveillon du Nouvel an peut-il causer une troisième vague ? — Pexels / Pixabay
  • Lors de son allocution télévisée mardi soir, Emmanuel Macron a indiqué que les Françaises et Français pourraient fêter Noël et le Nouvel An avec famille et amis.
  • Une bonne nouvelle pour la population, mais qui suscite chez les médecins la peur d’une troisième vague.
  • Une crainte partagée jusqu’au sommet de l’Europe.

On va pouvoir célébrer Noël et le Nouvel an. Emmanuel Macron l’a annoncé mardi lors de son allocution : dès ce samedi, la France amorcera l’assouplissement de son confinement. Les commerces vont rouvrir. Et dès le 15 décembre, le confinement tel qu’on le connaît aujourd’hui sera remplacé par un  couvre-feu nocturne de 21 h à 7 h, au moins jusqu’à la fin janvier. Un couvre-feu qui sera toutefois levé lors des soirées de réveillon de Noël et du Nouvel an. « Nous pourrons circuler librement les soirs des 24 et 31 décembre pour partager ces moments en famille », a ainsi assuré le chef de l’Etat.

Après des semaines d’incertitudes, Emmanuel Macron a donc fait le choix de permettre aux Français de célébrer ces fêtes avec leurs proches. De quoi réjouir toutes celles et ceux qui craignaient de ne pas retrouver famille et amis pour ces festivités. De quoi susciter aussi la crainte d’une troisième vague épidémique de Covid-19 dès le début de l’année 2021. Après Noël donc. Mais aussi et surtout après la Saint-Sylvestre.

« Le 31, c’est là où le virus va circuler plus »

« Moi, ce qui me fait peur, c’est le réveillon du 31 [décembre], sans couvre-feu », a réagi mercredi sur France 5 Rémi Salomon, président de la commission médicale de l’AP-HP. En pratique, il redoute que « les gens se retrouvent assez nombreux les uns chez les autres. On boit un peu d’alcool, on n’a pas de masque. Le 31, c’est là où le virus va circuler le plus », craint-il, rappelant que le coronavirus « est diabolique : on peut le transmettre sans le savoir, sans n’avoir aucun symptôme ». Une inquiétude en particulier à propos des jeunes adultes, qui sont particulièrement concernés par les formes asymptomatiques du Covid-19, et qui pourraient se contaminer en masse à l’occasion d’un réveillon du Nouvel an alcoolisé.

Une crainte visiblement partagée par le chef du gouvernement, Jean Castex. « La première chose que nous avons devant nous, ce sont les réveillons, qui sont des usines à Covid, estime le Premier ministre. Nous ne pouvons pas baisser la garde », a-t-il martelé ce jeudi, alors qu’il détaillait les modalités de l’assouplissement du confinement. « Notre objectif est de permettre un retour par étapes à une vie plus normale, de vous permettre de passer les fêtes de fin d’année avec vos proches tout en limitant les risques de reprise épidémique » a-t-il déclaré. Et si « le couvre-feu sera levé à titre dérogatoire les 24 et 31 décembre afin de retrouver vos proches, cela ne veut pas dire que nous pourrons fêter Noël et le Nouvel an comme les années précédentes », a souligné le Premier ministre.

Tirer les leçons de cet été

« La littérature scientifique et notre propre expérience, notamment les vacances d’été, ont montré que ces rassemblements festifs et amicaux, où l’on baisse la garde, où l’on porte moins le masque, sont particulièrement risqués. Il est donc impératif que vous limitiez le nombre de personnes à table et évitiez les rassemblements ». Pour le Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et membre du syndicat MG France, « il est normal de craindre une vague de contaminations après une période de relâchement comme celle que représentent les fêtes de fin d’année. On en a fait l’expérience en juillet et en août, les mesures barrières – et en premier lieu la distanciation physique – ont été nettement moins respectées, et inéluctablement, on a observé une flambée des contaminations dès septembre, qui a mené à la seconde vague et au reconfinement. C’est donc normal que le chef du gouvernement mette en avant les risques. Car c’est évident qu’au Nouvel an, ils sont importants : on est plus nombreux, donc on va avoir envie de s’embrasser pour se souhaiter la bonne année ». Le médecin généraliste se prépare ainsi à « renouveler les conseils, et à rappeler qu’on va pouvoir célébrer les fêtes de fin d’année, mais pas comme il était possible de le faire les autres années ».

L’objectif est évidemment d’éviter une nouvelle flambée de l’épidémie aussitôt après les fêtes. « J’espère que le mois de décembre ne va pas se traduire par une hausse de la circulation du virus », a confié Rémi Salomon. Et « j’espère qu’il n’y aura pas de troisième vague, parce que ce serait une catastrophe pour tout le monde, notamment pour l’hôpital ».

Et ce risque de troisième vague épidémique post-fêtes de fin d’année, la présidente de la Commission européenne le voit aussi venir. « Nous devons tirer les leçons de l’été, ne pas répéter les mêmes erreurs et ne pas assouplir trop vite [le confinement] », a insisté Ursula von der Leyen ce mercredi devant le Parlement européen. La cheffe de l’exécutif européen prévient : « relâcher trop rapidement et trop largement, c’est le risque d’une troisième vague après Noël », reconnaissant que ces fêtes seraient cette année « différentes » et « plus mornes » qu’à l’habitude.

La cheffe de l’Europe alerte contre un relâchement trop rapide

A l’heure où la France, l’Allemagne ou encore l’Espagne annoncent un allégement des restrictions à l’approche des fêtes, l’Europe surveille la pandémie comme le lait sur le feu. Dans son dernier bulletin publié en début de semaine, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) juge la situation « gravement préoccupante » pour la majorité des Etats de l’UE, y compris la France et l’Allemagne.

Car « dans la mesure où le président a dit qu’il n’y aurait pas de couvre-feu les nuits du 24 et du 31 décembre, cela veut dire qu’on laisse les gens un peu plus libres. C’était attendu par le grand public mais c’est aussi à double tranchant, relève le Dr Bensoussan. S’il faut effectivement arriver à vivre ces fêtes presque normalement, il faut garder à l’esprit qu’elles ne pourront pas se dérouler comme d’habitude. Et il ne faut surtout pas négliger les gestes barrières. Cela signifie qu’il faut porter le masque, y compris avec sa famille et ses amis proches, et même – et surtout – pendant les fêtes ».

Conscient du risque de reprise épidémique dans l’Hexagone, Jean Castex a assuré ce jeudi que le gouvernement​ communiquerait incessamment ses recommandations sanitaires spécifiques pour les fêtes de fin d’année