Confinement : Le nouveau protocole sanitaire pour les commerces tient-il la route ?

EPIDEMIE Issu d’une concertation avec les professionnels du secteur, le nouveau protocole sanitaire pour les commerces se veut plus strict mais aussi plus lisible

Rachel Garrat-Valcarcel

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Un commerçant complète une pancarte où il est indiqué combien de personnes peuvent rentrer dans sa boutique.
Un commerçant complète une pancarte où il est indiqué combien de personnes peuvent rentrer dans sa boutique. — PHILIPPE LOPEZ / AFP
  • Les commerces dits « non-essentiels » vont pouvoir rouvrir dès samedi partout en France, à moins d’un mois de Noël.
  • Pour ce faire, le gouvernement a fixé un nouveau cadre qui comprend l'accueil d’une personne pour 8 mètres carrés.
  • Les spécialistes interrogées par 20 Minutes sont plutôt convaincues par les nouvelles règles.

Plus « simple » et plus « lisible » mais aussi « renforcé ». Voilà comment le gouvernement a qualifié le nouveau protocole sanitaire contre le Covid-19 qui doit s’appliquer aux commerces à partir de samedi. Lors de cet « assouplissement » du  confinement les commerces appelés jusque-là « non-essentiels » vont en effet pouvoir rouvrir.

Voici les nouvelles règles qui vont s’appliquer : pas plus d’une personne pour 8 mètres carrés ; on compte toute la surface du commerce ouverte au public, sans enlever les étals ou le mobilier comme c’était le cas jusqu’à présent ; les salariés et salariées ne sont pas comptées, seulement les clients et clientes ; les membres d’une même famille ne comptent que pour un ; il est demandé de régulièrement aérer les boutiques.

Ce nouveau protocole est, on en a l’habitude, le fruit d’un compromis entre différentes contraintes. Est-il cohérent ? « Ce n’est pas absurde du tout », trouve Marie-Aline Bloch, chercheuse en science de gestion, spécialiste du système de santé à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). Elle rappelle que, la base, c’est quand même de faire en sorte que « les gens ne soient pas trop près les uns des autres ». « Après, que l’on fixe la limite à 6, 8, 10 ou 12 mètres carrés, il faut bien faire un choix à un moment », tranche-t-elle.

Donner des règles simples

Les diverses exceptions de cette règle des 8 mètres carrés pour une personne, pour les familles et les salariés, ne posent-elle pas problème ? Anne Senequier, chercheuse et codirectrice de l’Observatoire de la santé mondiale à l’Iris, interrogée par 20 Minutes, se veut pragmatique. « Cette règle ne cherche pas à diminuer les risques de contaminations entre membres d’une même famille au sein des commerces, mais bien à diminuer les risques de contaminations entre clients ne se connaissant pas, et qui pourraient alors augmenter la chaîne de transmission du virus. » C’est pour elle le même principe pour les salariés et salariées des commerces. Sans compter que « si le salarié était compté dans cette règle, les très petites surfaces ne pourraient pas ouvrir…. ».

Il s’agit de faire simple. Et il ne faut jamais oublier qu’en matière de réduction des risques, il vaut mieux faire simple mais un peu moins efficace que complexe et prétendre être imparable. « Si vous faites un truc trop compliqué, les gens ne vont pas respecter la règle, observe Marie-Aline Bloch. Le mieux est l’ennemi du bien en matière de santé publique. » Sachant que la contagiositée baisse fortement après une semaine, c’est en suivant ce même principe qu’à la rentrée il a été décidé de réduire la durée de confinement des personnes contaminées de quatorze à sept jours.

La fondamentale aération des boutiques

Dans le nouveau protocole sanitaire, nos deux spécialistes insistent sur la fondamentale aération des locaux. Le gouvernement la recommande, que ce soit en ouvrant les portes et fenêtres ou par un système d’aération. Marie-Aline Bloch craint que le climat hivernal ne refroidisse les petits commerçants à ce sujet. La chercheuse ajoute une recommandation : prendre en compte le volume global de locaux. « Si vous avez huit mètres sous plafond il est bien évident que les aérosols peuvent plus facilement se diluer dans l’air », et ainsi représenter un moins grand danger pour les personnes présentes.

Reste à savoir si les conditions de réouverture vont satisfaire les commerçants. Même si Alain Griset, le ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, a précisé ce matin que ce nouveau protocole était le résultat de concertations avec les organisations du secteur, ce n’est pas forcément gagné. Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des indépendants estime déjà que le nouveau protocole « augmente les contraintes » des professionnels, alors que les compensations annoncées, comme la possibilité d’ouvrir les dimanches, lui paraissent inutiles car c’est de toute façon déjà le cas en cette période de l’année, d’habitude.

Les petites boutiques moins bien loties

Du côté de la Confédération des commerçants de France, on ne cache en revanche pas son soulagement. « Rouvrir c’est déjà beaucoup et la plupart des commerçants faisaient déjà 80 % de ce qui est demandé dans le nouveau protocole. » La confédération dit avoir été entendue sur les règles d’aération (on pourra donc ouvrir portes et fenêtres, avoir un appareillage spécial n’est pas obligatoire) mais regrette ne pas avoir obtenu d’exception sur la jauge pour les commerces de moins de 100 mètres carrés. Lionel Saugue, vice-président de la Fédération des associations de commerçants se félicite des consultations et assure que les commerçants ont été proactifs en faisant des propositions pour le protocole. Mais il craint aussi que ce soit plus dur pour les petites surfaces.

Anne Senequier reconnaît que pour les petites surfaces, cela va rester difficile puisqu’elles ne pourront accepter qu’une ou deux personnes en même temps. Elle recommande donc de combiner la réouverture avec du « « click and collect », pour offrir un plus large éventail des possibles aux clients mais aussi aux commerçants ». La preuve que comme le dit le gouvernement, il ne s’agit pas d’un déconfinement, mais d’un assouplissement du confinement.