Coronavirus : Comment éviter une troisième vague (et un troisième confinement) ?

EPIDEMIE Alors que l’on voit petit à petit le bout de cette seconde vague et de ce reconfinement, comment éviter (déjà) un troisième rebond épidémique ?

Jean-Loup Delmas

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Jamais deux sans trois ?
Jamais deux sans trois ? — LOUAI-BARAKAT/SIPA
  • Tous les chiffres liés au coronavirus sont à la décrue cette semaine en France, et le pic de la seconde vague est passé depuis quelques jours.
  • A la suite de cette amélioration sanitaire, Emmanuel Macron devrait annoncer ce mardi soir un allégement progressif des mesures de confinement.
  • L'enjeu de cette décrue et de ce déconfinement est de tout faire pour échapper à une troisième vague.

Ce lundi, la France est passée sous le cap symbolique des 5.000 nouvelles contaminations au coronavirus en 24 heures pour la première fois depuis le 28 septembre. Certes, les chiffres du lundi sont à nuancer, étant traditionnellement les plus faibles de la semaine, mais difficile de ne pas y voir un nouveau signe que  le pic de la seconde vague est derrière nous. Baisse du nombre de patients en réanimation, solde négatif des cas graves, baisse du nombre d’hospitalisations… L’heure est à la décrue.

Maintenant que le pic est passé, et alors qu’Emmanuel Macron devrait annoncer les premiers assouplissements de ce second confinement ce mardi soir, le plus dur est peut-être – encore – à venir : comment réussir ce second déconfinement et éviter une troisième vague, et donc un troisième confinement dans quelques mois ?

Agir au lieu de réagir

On va tout de suite zapper l’idée des vaccins, même dans l’hypothèse où ils seraient définitivement validés par l’Union européenne. « Attendre une campagne de vaccination massive, c’est encore courir après l’épidémie et ne pas être proactif, ce qui fut l’erreur du premier déconfinement », tranche Franck Clarot, médecin du collectif « Du côté de la Science ».

Être proactif, au-delà de ne pas attendre les vaccins, cela signifie aussi agir vite en cas de frémissement épidémique. « On ne peut plus attendre que les chiffres des réanimations augmentent pour agir, car c’est avoir trois semaines de retard », plaide le médecin. En effet, entre le moment où l’on contracte la maladie et un éventuel passage en réanimation s’écoulent en moyenne trois à quatre semaines. De fait, prendre une mesure lorsque les chiffres de réanimation commencent à devenir inquiétants, c’est en réalité avoir laisser au coronavirus trois à quatre semaines d’avance pour encore plus se répandre. Et quand on connaît la vitesse des exponentielles…

En clair, « cette fois-ci, il faudra anticiper et agir vite et fort, au lieu d’attendre de constater les dégâts pour se décider », argumente Franck Clarot. Quitte à être moins laxiste sur le taux d’incidence, le docteur rappelant que les Allemands prennent des mesures au bout d’un taux d’incidence de 50 sur 100.000 quand la France hésitait à un taux de 150.

La vie d’avant, ce n’est pas pour maintenant

Parmi les erreurs à éviter pour ce second déconfinement, se trouve également la précipitation. Hélène Rossinot, médecin spécialiste de la Santé Publique, dénonce : « Au bout d’un mois, un mois et demi après le 11 mai, ce n’était plus un déconfinement, c’était le retour à la vie d’avant avec quelques masques ici et là. » Pas question cette fois-ci d’aller trop vite en besogne.

Pour le dire plus clairement, les restaurants, bars et salles de sport, plus que soupçonnés d’être de supercluster, ne devraient pas rouvrir rapidement. Une décision bien sûr difficile, mais « si les lieux hypercontaminants restent cette fois-ci fermées, cela peut faire une énorme différence dans la reprise épidémique », note Franck Clarot.

Meilleur suivi et protocole plus strict

D’autres mesures devront être améliorées, par rapport au confinement actuel. Hélène Rossinot cite notamment les protocoles sanitaires dans les écoles, un protocole plus strict dans les grandes surfaces – jusque-là exemptées – et une meilleure pédagogie sur les gestes barrières et l’aération notamment, pour le moment grande oubliée de la communication gouvernementale.

Apprendre de nos erreurs et s’améliorer, toujours. En ce sens, Franck Clarot espère que ce deuxième déconfinement sera suivi d’une meilleure identification des clusters afin d’identifier au mieux les lieux à surveiller, voire à proscrire, une mission ratée lors du premier déconfinement.

Plus concrets que les vaccins et déjà dans l’arsenal sanitaire, les tests antigéniques pourraient être la solution qui a manqué en mai. Un test rapide, livrant son résultat en quinze minutes montre en main, loin des plusieurs jours de délai que prenaient les tests PCR avant de fournir leur résultat. Et ça, ça change beaucoup de choses. « On passe de test de diagnostic, où on apprend qu’on était malade il y a plusieurs jours, à des tests de contagiosité, qui nous indique si oui ou non nous sommes malades maintenant. On peut alors de suite appliquer les mesures nécessaires d’isolation », s’enthousiasme Franck Clarot. Reste que ces tests antigéniques n’ont pas la même fiabilité que les PCR, et ne pourront donc pas être une formule magique.

Le danger des fêtes et de la pulsion de vie

En soi donc, rien qui semble totalement insurmontable ou inapplicable. Le problème qui arrive dès la fin de cette seconde vague demeure : Noël, le Nouvel An et les fêtes de fin d’année, période d’engouement, de contact, bref de relâchement. Le médecin sonne l’alerte : « On peut facilement être restrictif sur les lieux publics, mais il faudra faire très attention à la sphère privée durant ces fêtes, que ce soit les regroupements intergénérationnels à Noël ou les contacts festifs au Nouvel An. »

Hélène Rossinot plaide pour une action dès maintenant : « Le premier confinement a été tellement mal vécu qu’il y a eu un besoin de relâchement après… Il faut éviter cela à nouveau, avec un meilleur suivi, autrement qu’un empilement de numéros verts. » Elle note une certaine lassitude même chez les personnes les plus respectueuses des règles et des consignes sanitaires. « Il faudra impliquer la population, avec des débats, des consultations, de la pédagogie, au lieu d’énoncer une suite de règles », plaide-t-elle.

« Tout cela fonctionnera grâce à l’adhésion de la population, du respect du télétravail, la pédagogie sur l’aération, éviter les bises et les câlins, ne pas tout lâcher d’un coup… En attendant un vaccin, il va falloir réussir à vivre avec le virus, en s’adaptant », estime Franck Clarot. Définitivement un retour à la problématique du premier déconfinement.