Coronavirus : Faire un test antigénique pour pouvoir passer Noël en famille, la fausse bonne idée ?

EPIDEMIE Au lendemain des annonces d’Emmanuel Macron sur le déconfinement envisagé le 15 décembre, beaucoup s’interrogent sur l’organisation de Noël en temps de coronavirus

Oihana Gabriel

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Illustration d'un repas de Noël.
Illustration d'un repas de Noël. — Pixabay
  • Le 24 décembre, c’est dans un mois. Mardi soir, le chef de l’Etat a indiqué envisager une « levée du confinement » le 15 décembre. Les Français pourront se déplacer sans autorisation et « passer Noël en famille », si le nombre de nouveaux cas ne repart pas à la hausse.
  • Dans ce contexte de déconfinement et de précautions, les tests antigéniques, rapides, disponibles en pharmacie et remboursés, peuvent ressembler à une solution avant de retrouver ses proches.
  • Mais les soignants préviennent : un test négatif ne peut pas totalement rassurer, et ils invitent les Français à maintenir les gestes barrières, même pendant les fêtes de fin d’année.

Un mois tout pile avant le réveillon, et alors qu’Emmanuel Macron a annoncé mardi soir la levée du confinement le 15 décembre si le nombre de nouveaux cas reste sous les 5.000 par jour, beaucoup de familles se posent la même question : comment va-t-on s’organiser cette année pour Noël ? Un grand repas intergénérationnel serait-il la meilleure ou la pire façon de clore cette année marquée par la pandémie de coronavirus ? Faudra-t-il se faire tester si on souhaite inviter ou aller voir la tante diabétique, le grand-père en Ehpad ou la sœur qui se bat contre un cancer ? Et pour fêter le Nouvel An, où l’alcool et la danse vont faire tomber masques et distances ?

On n’a pas encore trouvé de façon de manger avec un masque. Et on sait désormais que les rassemblements privés nourrissent la diffusion de l’épidémie. En revanche, les tests antigéniques, accessibles et remboursés en pharmacie depuis début novembre, ressemblent à une solution pour que 2020 ne se termine pas dans la solitude et la tristesse.

Qui peut demander un test antigénique ?

Petit rappel : ces tests, autorisés en octobre en France, permettent de dire si vous êtes actuellement infecté par le Covid-19 grâce à un prélèvement au fond du nez. On n’échappe donc pas à l’écouvillon de 6 cm, mais la grosse différence par rapport au test RT-PCR, c’est qu’on va chercher les protéïnes produites par le virus, et non le matériel génétique, amplifié ensuite en laboratoire. Le résultat du test antigénique s’affiche donc sur une bandelette en quinze à vingt minutes, à l’image d’un test de grossesse. Pratique, donc. D’autant que vous pouvez le faire sans ordonnance en pharmacie, chez votre médecin ou dans un cabinet d’infirmiers. Le gouvernement semble miser sur cette nouvelle arme pour combattre l’épidémie.

Mais il n’est pas recommandé pour tous et en toutes circonstances. Première limite : dans un premier temps, les plus de 65 ans ne pouvaient le demander. Mais depuis le décret du 16 novembre, ce verrou a sauté. De même, le public visé a été élargi. Ainsi les symptomatiques sont prioritaires, à condition que le test soit réalisé dans les quatre jours suivant les premiers symptômes. Par ailleurs, les personnes asymptomatiques (excepté les cas contacts et les personnes identifiées au sein d’un cluster) peuvent y avoir accès.

Les pharmacies seront-elles dévalisées le 23 et le 24 décembre, non pour remplir la hotte du Père Noël, mais pour permettre aux familles de faire la fête ? Il est possible qu’on assiste à un embouteillage… Et que tous les Français, en particulier ceux qui n’ont aucun symptôme mais veulent le faire par précaution, ne pourront pas être servis. L’État aurait déjà commandé 9 millions de tests à la société américaine Abbott, selon l’Usine nouvelle. Cela suffira-t-il pour éviter la pénurie ?

Des tests moins fiables

Même dans le cas où vous obtiendriez le précieux sésame, les soignants préviennent que cette solution ne doit pas faire illusion. Si votre test antigénique est positif, vous avez une charge virale forte. Donc que vous êtes sans doute contagieux, et il faut absolument s’isoler. C’est loupé pour partager cadeaux et chapon avec vos proches…

Mais si vous avez un test négatif, ce n’est pas l’assurance que vous n’avez pas le Covid-19. D’ailleurs, l’Assurance maladie précise bien que si vous avez plus de 65 ans ou si vous vivez avec des comorbidités, vous devriez confirmer ce résultat par un test PCR. « Le problème, ce sont les faux négatifs, avertit Franck Perez, directeur de l’unité Biologie cellulaire et cancer à l’ Institut Curie. Ces tests auraient une fiabilité de 65 à 80 %. Il faut donc se battre contre l’idée que si on est négatif avec ce test antigénique, on n’est ni malade, ni contagieux. »

Mais ce test, qui repère les charges virales les plus élevées, ne peut-il pas trier ceux qui sont, du coup, les plus contagieux ? Pas forcément. Notamment parce que vous pouvez être contagieux 48 heures avant les premiers symptômes. « La recherche est en cours sur ce qui fait qu’une personne est plus ou moins contagieuse, reprend Franck Perez. Pour le moment, les études montrent que la charge virale n’est pas le seul facteur qui explique que certains sont des supercontaminateurs. »

Respect des gestes barrières malgré tout

Illustration d'un père Noël avec un masque.
Illustration d'un père Noël avec un masque. - Pixabay

On peut donc oublier dès aujourd’hui le réveillon joyeux ? « Le test antigénique ne doit pas être une façon de se rassurer pour les fêtes, insiste Luc Duquesnel, président du syndicat Les Généralistes-CSMF. Mais c’est important de se réunir cette année, de prendre soin de ses aînés. On peut fêter Noël dans le respect des gestes barrières. » Une gageure quand on parle de repas partagés autour d’une table et de familles nombreuses…

« On peut nettoyer les poignées de porte, se laver les mains, aérer les pièces, porter le masque quand on se rapproche des gens fragiles », liste Luc Duquesnel. « Faire plusieurs célébrations sera beaucoup plus sûr qu’avoir un test antigénique négatif », complète Franck Perez. Certains médecins suggèrent aussi de faire une quatorzaine préventive juste avant le 25 ou le 31 décembre. « Les tests antigéniques, c’est une arme supplémentaire, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga, renchérit Jimmy Mohamed, généraliste pour SOS médecin. Après, on peut stratifier le risque : si vous êtes un groupe de jeunes et qu’après les festivités, vous faites attention, ce n’est pas la même chose qu’une réunion intergénérationnelle. »

Un exemple qui nous vient du Canada

L’Organisation mondiale de la santé invite à la plus grande prudence. Elle a prévenu lundi qu’un Noël en petit comité, sans grande réunion de famille, est sans doute « la meilleure option », cette année.

En effet, une alerte nous vient tout droit du Canada. Le pays a fêté Thanksgiving, où traditionnellement les familles et proches partagent un bon repas, le lundi 12 octobre, un peu plus d’un mois avant son voisin américain. Date à laquelle le pays répertoriait environ 1.700 contaminations au Covid-19 par jour. Deux semaines plus tard, c’était 2.500 et mi-novembre 4.800.

« Le déconfinement ne veut pas dire fin de l’épidémie, avertit Jimmy Mohamed. Ce ne sera pas un Noël comme les autres, il faut le marteler. Le coronavirus a besoin de supers événements pour se diffuser : mariages, enterrements, fêtes familiales… Si on relâche tous les efforts à Noël, on remet une pièce dans la machine pour février. Ce que montre bien l’exemple canadien. »