Coronavirus : Chiens, chats, porcs… Quels risques pour les animaux ?

CONTAMINATIONS Après l’abattage de millions de visons en Europe, dont un millier en France, les scientifiques se veulent (très) rassurants sur le rôle des animaux dans la propagation de l’épidémie

Lucie Bras

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Les chats sont sensibles au coronavirus, mais présentent peu de symptômes.
Les chats sont sensibles au coronavirus, mais présentent peu de symptômes. — Manan VATSYAYANA / AFP
  • La présence du Covid-19 a été détectée dans un élevage de visons en Eure-et-Loir, où le ministère de l’Agriculture a donné l’ordre d’abattre la totalité des mille animaux de l’exploitation.
  • Alors que le vison semble être l’une des seules espèces animales à pouvoir transmettre ce virus à l’être humain, faut-il s’inquiéter pour les autres élevages du territoire français ou pour les animaux de compagnie ?
  • Non, selon des spécialistes, qui confirment que le risque est faible.

Des milliers de visons abattus en France, plusieurs millions au Danemark et aux Pays-Bas après la découverte de cas de coronavirus dans les exploitations. Doit-on craindre une transmission à d’autres animaux d’élevage ou de compagnie en France ?

Pour y voir plus clair, 20 Minutes a interrogé deux spécialistes : Jeanne Brugère-Picoux, professeure honoraire de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, membre de l’Académie nationale de médecine et Vincent Legros, enseignant-chercheur à VetAgro Sup, en charge de l’étude COVIDAC et chercheur au Centre international de recherche en infectiologie (Ciri).

Poulets, vaches… D’autres élevages peuvent-ils être impactés ?

En l’état actuel des connaissances, non. Le terrible sort connu par les exploitations de visons tient au caractère particulier de l’animal face au virus, indique Vincent Legros. « Ce que l’on sait pour l’heure, c’est qu’ils peuvent se contaminer entre eux mais ils peuvent aussi transmettre le virus aux humains », indique-t-il. Douze contaminations de ce type ont été recensées au Danemark. C’est d’ailleurs le seul animal qui en est capable. « Aucune transmission du SARS-CoV-2 à l’être humain n’a été décrite jusqu’à présent à partir d’animaux d’élevage domestique (bovins, ovins, porc, volailles), à l’exception des visons d’élevage », affirme Jeanne Brugère-Picoux.

Alors que 75 % des maladies émergentes chez les humains sont d'origine animale, la question de la transmission du coronavirus à l’homme a intéressé très tôt les chercheurs dans la pandémie. Résultat : « Chez les poulets, les canards et les porcs, on n’observe pas de retour de l’infection vers l’homme », affirme Vincent Legros. Impossible pour ces élevages de contaminer les humains. Idem pour les bovins : « Il y a eu une étude sur les vaches en Allemagne : elle a montré qu’elles sont très peu sensibles au coronavirus », rappelle Jeanne Brugère-Picoux. « S’il y avait eu un passage des bovins aux humains, vu le nombre d’animaux qu’il y a en France, on l’aurait probablement déjà observé », ajoute Vincent Legros.

Les animaux de compagnie sont-ils à risque ?

« Aucun cas de transmission d’un chien ou chat à l’être humain en condition naturelle » n’a été repéré, rappelle Vincent Legros. Idem pour les animaux de compagnie, où les seules infections constatées par les études l’ont été… du propriétaire vers son animal. Les chats, hamsters et autres furets ont huit fois plus de chance d’être infectés quand leur maître est positif, selon l’étude Covidac. Les chiens semblent moins sensibles à la maladie.

D’où l’importance de prendre des précautions en cas d’infection : « Il faut maintenir les gestes barrières, même avec son animal de compagnie. Ce qu’on cherche à éviter, c’est que le virus infecte trop d’animaux et qu’il s’adapte à une autre espèce, qu’il utilise ensuite comme réservoir de la maladie », commente Vincent Legros, qui préconise de respecter la distanciation jusqu’à ce que le test soit négatif.

Dans une étude rendue publique la semaine dernière, l'Anses a confirmé que « les animaux domestiques et sauvages ne jouent pas un rôle épidémiologique dans le maintien et la propagation du SARS-CoV-2. A ce stade, cette diffusion est le résultat d’une transmission interhumaine par voie respiratoire. » Ce qui n’empêche pas les spécialistes d’être prudents. « Aucun rôle n’a été démontré pour l’instant », nuance Jeanne Brugère-Picoux mais une mutation du virus transmissible aux humains reste possible. Elle conseille de renforcer la surveillance des espèces animales « car tout virus qui change d’espèce présente un risque ».