Coronavirus à Toulouse : Près de 20 % de diagnostics de cancers en moins à cause du confinement

SOINS Le professeur Jean-Pierre Delord, à la tête de l’Institut universitaire du cancer Toulouse-Oncopole, demande aux patients de ne pas repousser leurs rendez-vous, sous peine d’avoir des diagnostics trop tardifs

Béatrice Colin

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Illustration d'une femme passant mammographie pour le dépistage précoce du cancer du sein.
Illustration d'une femme passant mammographie pour le dépistage précoce du cancer du sein. — S.POUZET/SIPA
  • Au cours du premier confinement, les oncologues d’Occitanie ont enregistré un sous-diagnostic de cancers de l’ordre de 20 %.
  • Des patients ont tendance à annuler leur rendez-vous, au risque de voir repousser un diagnostic, les oncologues les exhortent à s’y rendre.

« Ne lâchez pas l’affaire, ne remettez pas au lendemain les actions de dépistage, c’est important ». Le professeur Jean-Pierre Delord, à la tête de l’Institut universitaire du cancer Toulouse-Oncopole, sait de quoi il parle. Au cours des trois dernières semaines, ses équipes ont pu constater que des rendez-vous en oncologie étaient encore spontanément annulés par les patients. Certes cette fois-ci, cela concerne moins de 5 % des consultations pour un second avis, un diagnostic ou encore de la surveillance.

Mais cela vient s’ajouter aux annulations déjà enregistrées lors du premier confinement et qui ne sont pas sans conséquence. « Nous avons observé à l’échelle de notre région que durant la période mars-avril-mai nous avions eu un sous-diagnostic de cancers de l’ordre de 20 %, ce qui est important », indique le responsable de l’un des plus gros centres spécialisés en oncologie d’Occitanie.

Moins de coloscopies ou de scanners

Pour l’instant, il est difficile de connaître les conséquences en termes de perte de chance pour ces patients. Mais ce constat, la Caisse primaire d’assurance maladie l’a aussi fait, certains indicateurs permettant de confirmer cette tendance.

Entre mi-mars et mi-septembre, elle a aussi enregistré une diminution de l’utilisation de certains produits servant à réaliser des diagnostics médicaux comparés à la même période l’année précédente. Ainsi, 250.000 préparations en moins pour la coloscopie ont été réalisées, ce chiffre monte à 500.000 injections pour les produits iodés pour scanner et 280.000 utilisations de produits de contraste pour les IRM2. Autant d’actes de diagnostic qui n’auront donc pas été faits et de prise en charge précoce des cancers pas réalisée.

Ou plus tardivement. Les médecins de l’Oncopole de Toulouse ont ainsi vu arriver des cas de patients avec des situations très avancées. « Clairement, le fait de ne pas avoir accès assez rapidement à une prise de sang toute simple s’il y a une leucémie, ne pas avoir accès à un scanner si on a de la toux ou des troubles digestifs, le fait d’avoir arrêté massivement les mammographies de dépistage, a donné l’impression à beaucoup de cliniciens qu’ils recevaient une proportion de patients avec des maladies plus grosses, plus volumineuses, plus avancées ou plus symptomatiques qu’en dehors de la phase Covid », souligne Jean-Pierre Delord.

Conséquences sur le moyen et long terme

Ce dernier exhorte donc les malades à continuer à se rendre à leur rendez-vous, les mesures de sécurité sanitaire étant importantes dans les hôpitaux, en particulier dans leurs centres spécialisés. Les patients atteints d’un cancer ont eux-mêmes pris des précautions de leurs côtés, « le niveau de prévalence des infections à Covid est plus faible chez les gens qui sont en phase de traitement actif pour un cancer », relève le praticien. Par contre, ses conséquences, notamment le confinement, auront certainement eu un impact psychologique sur les malades qui, souvent, après une chimiothérapie aspirent à revenir à une vie sociale et professionnelle normale, aujourd’hui bouleversée.

Pour l’heure, cette crise sanitaire n’a pas encore produit tous ses effets sur la prise en charge des malades du cancer. « Mais les conséquences du Covid sur la désorganisation des soins primaires pourraient avoir des conséquences sur le moyen et long terme, même si je ne sais pas les mesurer aujourd’hui », confirme celui qui dirige l’Institut universitaire du cancer de la Ville rose. En particulier les pathologies découvertes précocement grâce aux campagnes de dépistage.

Et pour les cancers qui ne font pas l’objet d’un dépistage organisé, il y aura certainement un impact sur la probabilité de guérison. Une étude parue dans le British Medical Journal a démontré que retarder d’un mois son traitement contre le cancer augmentait la mortalité de 6 à 13 %.